Éloge spirituel de la patience

Sainte patience, priez pour nous… ! Devant la difficulté, à laquelle personne n'échappe à mettre cette vertu en pratique, comment progresser ? Un peu de patience… commençons d'abord par analyser les mécanismes psychologiques et spirituels expliquant le pourquoi de toutes nos impatiences. Prenons ensuite le temps de découvrir et contempler dans l'Évangile la sainte patience de Dieu. Nous pourrons alors mettre en oeuvre tous les exercices clés proposés dans cet ouvrage qui nous permettent de sortir des impasses de l'impatience. Notre croissance spirituelle et notre vie quotidienne n'en seront que plus heureuses et pacifiées. J.L.

Parution :
Maison d’édition : Artege Presse
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Extrait :

SAINTE PATIENCE,
PRIEZ POUR NOUS !

« Bien que soient nombreuses les vertus
par lesquelles nous tentons d’obtenir une vie heureuse
[…],
elles entrent toutes, pour ainsi dire, dans le port de la patience. »

Zénon de Vérone, Traité de la patience, PL 11, 1,1.

Je suis dé-bor-dé !

Du matin au soir, je cours partout, avec la désagréable impression de ne plus être présent à ma vie. Mes proches me le font parfois remarquer. C’est gentil de leur part, mais s’ils savaient tout ce que j’ai à faire ! Pas le temps de m’arrêter : je regarde à peine les paysages autour de moi, je ne rencontre plus vraiment les autres. Trop d’urgences à gérer, trop de fatigue accumulée. Même la perspective de devoir débloquer du temps pour le repos en vient à m’épuiser.

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Dans ma boîte mail, les courriers électroniques s’amoncellent. Dans ma chambre, le linge à repasser aussi. Ma liste des choses à faire s’allonge de jour en jour.

Avec tout cela, j’ai bien l’intention d’expédier rapidement la corvée des courses au supermarché. Jamais l’expression « faire les courses » n’a eu pour moi autant de sens : en courant, je slalome entre des caddies mal garés. Je peste contre leurs mauvais conducteurs, qui m’ont déjà fait perdre un temps précieux. J’arrive enfin aux caisses. Je déploie alors toute mon énergie pour sélectionner la file d’attente visiblement la plus rapide. Je choisis la caisse n° 2 ; c’est le bon choix, j’en suis convaincu.

La cadence est satisfaisante. On se parle à peine, on paye par carte bancaire sans contact, et hop ! Deux, trois, quatre clients sont vite expédiés.

Mais tout à coup, c’est la catastrophe : la grand-mère devant moi a oublié de peser ses tomates. Le temps qu’une hôtesse se rende au rayon primeur, les clients des autres caisses me dépassent.

J’ai même l’impression qu’ils me narguent, eux qui ont fait le bon choix. J’aurais dû choisir la caisse n° 1 ou la n° 3, je le savais ! D’autant que, ses tomates pesées, la mamie sort lentement de son sac à main des bons de réduction. Et voilà encore un temps fou perdu à enregistrer ses coupons… De précieuses secondes me glissent entre les doigts pour 30 centimes sur un paquet de café !

Les clients arrivés aux autres caisses en même temps que moi sont désormais tous sortis du super-marché. Il n’y a qu’à moi à qui ça arrive ! J’éprouve alors un sentiment de défaite, d’injustice et même de vol : on m’a pris mon temps !

J’en veux à cette mamie retraitée qui ne respecte pas ceux qui travaillent. J’en veux aux clients des caisses voisines qui m’ont volé la victoire. J’en veux à la sympathique caissière, restée tellement aimable malgré la lenteur de cette grand-mère. Je m’en veux d’avoir des principes : j’aurais dû passer par les caisses automatiques, même si j’ai horreur de ces machines impersonnelles. J’en veux au monde entier parce qu’on m’a pris mon temps ! J’en veux au temps lui-même de me faire de tels coups bas…

Je n’ai pas su patienter.

J’y parviens rarement.

Je ne sais même pas si j’y suis déjà parvenu un jour.

Je me console en constatant que beaucoup sont comme moi : la patience n’est pas une vertu très répandue ! Je pense alors au grand théologien de Carthage, Tertullien, qui écrivit autour de l’an 200 : « J’avoue devant Dieu avoir eu la hardiesse, voire la témérité, de rédiger un traité sur la patience ; en fait, je suis absolument incapable de pratiquer cette vertu1. » Voilà qui me rassure sur ma propre prétention à écrire sur le sujet.

Sainte patience, priez pour nous : l’invocation me vient à l’esprit quand il faut attendre un bus en retard.

Sainte patience, priez pour nous : ce refrain me chatouille l’oreille quand je peste devant mon ordinateur qui rame.

Sainte patience, priez pour nous : cette prière traverse mon esprit quand je vois des conjoints s’agacer l’un envers l’autre pour des broutilles.

Sainte patience, priez pour nous… car nous savons si mal patienter !

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Prêtre du diocèse de Gap et d'Embrun (Hautes-Alpes), le père Ludovic Frère est licencié en théologie biblique. Recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus depuis 2010, il est déjà l'auteur de plusieurs ouvrages sur de grandes questions de vie et de spiritualité.