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Homélie du 4 décembre 2022

L’évangéliste Matthieu nous dit qu’Isaïe parlait de Jean-Baptiste quand il prophétisait en disant : « Voix de celui qui crie dans le désert ».
Jean-Baptiste est « la voix de celui qui crie » et non « la voix qui crie dans le désert ».
 Il n’est pas celui qui crie, il en est la voix. Alors qui est-il celui qui crie ?
Qui est-il si ce n’est Jésus lui-même ?
Lui la Parole, lui le Verbe, c’est lui « celui qui crie dans le désert ».

Jean le Baptiste est la voix qui donne le son, Jésus le Christ en est le Verbe qui donne le sens. Jésus-Christ est le crieur.
Jean-Baptiste est la voix.
Tous deux, bien distincts, sont unis dans la même mission.
Ne proclament-ils pas d’ailleurs tous deux le même message : « Repentez-vous car le Royaume des cieux est tout proche ». Jean-Baptiste a été la voix ultime avant la manifestation du Verbe-fait-Chair.

Ce cri résonne jusqu’à nous aujourd’hui. Mais il est si facile de ne pas l’entendre. Jean-Baptiste en fait l’expérience au désert.
Cette surdité volontaire est un refus d’entendre l’appel à la conversion, un refus de prêter l’oreille de son cœur au murmure amoureux du Seigneur : « J’ai soif ».
Aujourd’hui, si nous entendons cette voix de celui qui crie dans le désert, n’endurcissons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur (cf. Ps 95,7-8).

La conversion à laquelle invite cette voix est l’occasion d’un nouveau départ. Si l’arbre mort de nos œuvres stériles va être coupé à la racine, c’est pour que pousse le rameau vert de cette souche enracinée en Dieu. Isaïe l’annonce : « Un rejeton jaillira de ses racines » (Is 11,1). Rien de plus fragile que cette petite pousse comparée à la grandeur de l’arbre. Mais c’est la vie de Dieu qui veut grandir en nous. Ce surgeon contient la puissance de la vie. La plénitude de l’Esprit habite en lui : « Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Is 11,2).

Au matin de Pâques, Jésus, le Germe nouveau est sorti de terre, victorieux de la mort. C’est cette même vie, remplie d’Esprit-Saint, qui veut, telle une sève fortifiante, nourrir notre vie en Christ. Cet appel de Jean-Baptiste au désert nous rappelle que le Christ vient aujourd’hui dans notre vie. Les germes de la vie nouvelle sont là en nous. Convertissons-nous pour que ces germes deviennent un grand arbre auprès duquel beaucoup pourront venir s’abriter. Dieu a pris le chemin le plus fragile pour venir à nous, celui de l’incarnation. Il vient par des voies qui nous surprennent peut-être. Mais prenons-nous au sérieux sa venue ?

Oui, il vient ! Sachons le voir. Il vient par le sourire de l’enfant. Il vient par la tendresse du regard échangé dans l’amour. Il vient par la promesse tenue dans l’épreuve. Il vient par l’aide apportée à celui qui cherche à dire et ne trouve pas les mots. Il vient par l’écoute qui entend au-delà des mots celui ou celle qui parle. Il vient par la beauté qui élève le cœur. Il vient par celui qui ne renonce pas à dire vrai. Il vient dans le dévouement de ceux qui savent prendre de leur nécessaire pour le service d’autrui. Il vient dans le pain que l’on partage et dans la coupe eucharistique qui est présentée à ceux qui veulent vivre de Sa vie. Il vient, oui !

Heureux sommes-nous d’être dans l’attente de sa venue. Heureux celui qui cherche Dieu et qui se laisse chercher par lui.


Abbé Philippe Link