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Homélie du 29 janvier 2023

La route des Béatitudes, c’est la route de Dieu vers l’homme, c’est son chemin d’enfouissement. Celui qui est tout devient ce qui n’est rien, ver non point homme, honte du genre humain, rebut du peuple. Dieu s’est fait homme jusqu’à perdre toute ressemblance humaine car il a voulu embrasser toute l’humanité jusque dans sa défiguration extrême. Élevé sur la croix, Jésus dit : « Tout est accompli ». Tout est accompli car Dieu est allé jusqu’au bout de notre humanité. À la croix, l’homme s’est voilé la face car il a eu peur de lui-même, peur de voir son humanité vulnérable. Mais Dieu est allé rencontrer l’homme jusque dans sa fragilité. Là, au Golgotha, il ne reste plus que l’affligé, l’humble, le persécuté. Car le riche, l’orgueilleux, le satisfait ont fui devant leur frère exposé dans sa nudité. Oui, c’est une route de béatitude ce chemin de Dieu vers l’homme car c’est une route de vérité. Dépouillé du superflu, de la vaine gloire, du factice, du mensonge, l’homme visité par Dieu est l’homme vrai. Joie de cet enfouissement qui est révélation de l’homme.

« Mais ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » (1 Co 1,29) nous dit saint Paul. Les Béatitudes ont conduit Dieu à l’homme mais désormais elles conduisent l’homme à Dieu. Le crucifié est ressuscité ! L’homme blessé a été glorifié. Dieu entraîne l’homme sur ce chemin de kénose car c’est au plus bas que l’homme peut trouver le Très-Haut, le Sauveur de l’humanité. L’homme est glorifié en Dieu quand il accepte de s’abaisser. L’homme est libéré quand il sait se voir tel qu’il est en vérité. Sur la route des Béatitudes, Jésus dit à chacun : « Reconnais que tu es cet homme blessé, bien souvent affligé par le cours de la vie, pauvre au plus profond de toi-même, crucifié par ton péché qui veut te faire trébucher. Regarde la croix et vois ta pauvreté. Accueille cette blessure en toi et offre-la moi. Toi le riche qui veut secourir le pauvre, tu ne rencontreras pas le pauvre tant que tu ne t’accepteras pas comme un pauvre. Toi qui es dans la joie, tu ne consoleras pas celui qui est triste tant que tu n’auras pas pleuré sur ton manque d’amour ». Il ne peut pas se connaître celui qui n’a pas connu ou reconnu sa pauvreté ni son indigence. Les Béatitudes sont route de vérité sur soi et par là-même route vers Dieu qui est le seul Sauveur de l’homme. Plus on est lucide sur soi, plus on voit Dieu qui fait des merveilles dans nos vies. Alors au creux de nos misères, nous pouvons dire « heureux sommes-nous » car nous savons combien c’est la miséricorde de Dieu qui nous rend notre dignité.

Si la croix, transfigurée par la résurrection, a été le terme de la route des Béatitudes conduisant Dieu à l’homme, la croix est aussi la porte d’entrée des Béatitudes pour l’homme qui vient à Dieu. Jésus ne dit pas : « Bienheureuse ta souffrance, ta blessure, … ». Non, il dit : « Bienheureux es-tu, car je suis avec toi dans ta souffrance. Ma croix plantée dans ta blessure va donner un fruit de vie. Par ma résurrection, j’ai ouvert la voie du bonheur dans ton humanité. Réjouis-toi car, si tu es ce crucifié, celui qui n’est rien, alors tu es ce ressuscité, le tout de Dieu ». Oui, bienheureux sommes-nous d’avoir un tel Sauveur. Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse.


Abbé Philippe Link