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Homélie du 25 septembre 2021

Rebondissant sur la confession de foi de Saint Pierre, Jésus avait essayé une première fois d’annoncer sa Passion désormais proche ; mais en vain : le premier des Apôtres n’avait pas pu entendre cette prophétie qui n’entrait pas dans ses vues sur les conditions de l’avènement du Règne de son Maître. Entre la première et la seconde annonce que nous venons d’entendre, se situent la Transfiguration et la libération-guérison d’un enfant possédé. D’une part une confirmation par le Père de l’identité profonde de Jésus : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le » (9, 36) ; de l’autre une guérison suivie d’un geste symbolique : « Jésus menaça l’esprit impur, il guérit l’enfant et le remit à son père » (9, 43).

L’inclusion de ces épisodes entre les deux annonces de la Passion du Fils de l’homme, nous invite à établir un lien étroit entre les événements relatés et la Pâque de Notre-Seigneur : par sa Passion victorieuse, Jésus va nous arracher à l’emprise de l’ennemi qui nous tient en son pouvoir, et nous remettre à son Père afin qu’il soit aussi notre Père.

Dieu désire faire de nous ses enfants : tel est le cœur de la Bonne Nouvelle ; et c’est pour réaliser ce dessein de salut qu’il a envoyé son Fils unique, car lui seul est « digne de prendre le livre et d’en ouvrir le sceau » (Ap 5, 2). Or, comment a-t-il « remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David » (Ap 5, 5) ? Ni par puissance, ni par force, mais par la folie de la Croix (1 Co 1,18). C’est par son immolation que l’Agneau triomphe ; c’est par l’effusion de son sang qu’il « rachète pour Dieu des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation » (Ap 5, 9).

Voilà ce que nous avons « à bien nous mettre en tête nous aussi : le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes » pour triompher de la violence aveugle par sa patience et sa douceur ; pour tuer la haine par le glaive de l’amour et de la miséricorde. Si nous voulons travailler et nous mettre en peine avec Jésus pour le salut du monde, il nous faut réentendre ce qu’il vient de dire à ses proches quelques versets plus haut : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9, 23).

« Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles, elles restaient voilées pour eux ». Ils ne pouvaient pas envisager que le Messie se fasse proche de l’homme au point de s’en rendre solidaire dans la souffrance et la mort. Le pouvons-nous davantage de nos jours ? Un Dieu qui s’humilie à ce point entre-t-il dans nos vues sur ce que devrait être sa toute-puissance ? Pourtant que vaudrait pour nous l’amour de Dieu s’il était incapable de nous arracher à la tombe ? Et comment nous en arracherait-il sans y descendre ? Certes nous pouvons adhérer rationnellement à cette explication. et néanmoins, nous aussi, « nous avons peur d’interroger le Maître sur ces paroles » concernant sa Passion, tant elles heurtent notre a priori et révèlent notre peur de la souffrance.

Puisse la Parole de Dieu triompher de nos résistances et nous donner l’audace de l’espérance afin de pouvoir discerner, au cœur des épreuves et des contradictions qui nous accablent, l’aube du jour de Dieu qui s’annonce. Jour de joie et de victoire pour ceux qui se seront engagés de tout leur cœur dans le combat de l’amour contre la haine, du pardon contre la rancœur, de la réconciliation contre la discorde, fusse au prix de leur propre vie : « Qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 24).

Seigneur, Père Saint, toi seul peut nous révéler l’insondable mystère de la Rédemption et nous faire pressentir dans la folie de la Croix de ton Fils, la révélation de son Amour miséricordieux. Envoie sur nous l’Esprit de vérité, car sans lui, nous sommes aussi démunis que les Apôtres et nous ne comprenons pas davantage qu’eux les Paroles de Jésus. Que le Paraclet nous conduise à la vérité toute entière en dévoilant pour nous le sens caché des Ecritures. Nous t’en prions, Père : plonge-nous dans le Feu de Pentecôte, car comment pourrions-nous témoigner au cœur du monde de la victoire du Ressuscité, si nous ne vivons pas de sa vie ?


Abbé Philippe Link