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Homélie du 28 janvier 2023

« Passons sur l’autre rive » : cette invitation, apparemment motivée pour permettre au Seigneur d’échapper quelques instants à la foule, résume en fait toute la mission de Jésus. Elle dévoile le sens profond des « paraboles » que Jésus avait partagées tout au long de la journée avec ceux qui étaient venus l’entendre. Notre-Seigneur est venu se mêler à notre humanité marquée par le péché, et que menacent sans cesse la dégradation et la mort, pour nous conduire « sur l’autre rive », celle de la vie en plénitude. Là « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien aura disparu, et la mort ne sera plus » (Ap 21, 4). Telle est la joyeuse espérance qui devrait nous faire affronter sereinement les épreuves, les tempêtes, les souffrances de notre vie. Certes, nous aurons encore à affronter la mort : la Pâque de Jésus ne l’a pas supprimée ; elle l’a seulement traversée. Mais désormais nous ne sommes plus seuls pour ce grand passage vers l’autre rive, et même si « les vagues se jettent sur notre barque, au point qu’elle se remplisse d’eau », nous croyons que Jésus nous a déjà sauvé.

Tout cela est sans doute relativement facile à confesser lorsque la mer est calme ; et certes c’est en ces moments-là qu’il nous faut fortifier notre foi et nourrir notre espérance, afin de « tenir » dans les bourrasques. Ceci dit, celles-ci nous surprendront toujours, car elles sont par définition inattendues et importunes. N’est-ce pas lorsque le Seigneur « dort sur le coussin, à l’arrière de notre barque », c’est-à-dire dans ces moments où il nous semble être seuls, abandonnés, que l’Ennemi déchaîne la tempête, dans l’espoir de nous faire chavirer ? C’est déjà un miracle si dans notre désarroi nous avons le réflexe des apôtres, qui réveillent leur Maître par leurs cris, au lieu de chercher à nous en sortir par nous-mêmes. Certes « l’amour parfait bannit la crainte », mais en attendant, il vaut mieux subir le doux reproche de Jésus devant le manque de vigueur de notre foi, que de couler à pic !

On peut d’ailleurs s’étonner que le Seigneur demande aux disciples : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Leur appel de détresse n’était-il pas tout au contraire une manifestation de confiance ? S’ils n’avaient pas cru en sa puissance sur les éléments déchaînés, à quoi bon le réveiller ?

Il faut nous rendre à l’évidence que le Seigneur attendait autre chose de ses disciples, à savoir qu’ils aient non seulement foi en leur Maître, mais qu’ils aient aussi la certitude que leur communion d’amour avec lui leur donnait part à sa puissance sur l’Ennemi. Car c’est bien de ce dernier qu’il s’agit : pour désigner l’action de Jésus sur le vent – « il l’interpella avec vivacité » – saint Marc utilise en effet le même verbe que celui par lequel il décrivait la prise de pouvoir de Notre-Seigneur sur les démons.

Puisse notre foi être de plus en plus vivifiée par une vraie charité, afin qu’étroitement unis à notre Maître par une communion d’amour de chaque instant, nous puissions participer à son autorité souveraine et demeurer en toutes circonstances dans la paix de l’Esprit.


Abbé Philippe Link