Construire ensemble l’Église d’Alsace

édito de Marc LarchetNotre Église diocésaine, comme l’Église universelle, est contrainte de faire face à deux mouvements antagonistes : répondre en urgence au discrédit qui ne cesse d’enfler devant les révélations d’actes pédophiles toujours plus nombreuses à travers le monde ;

et se laisser le temps, sans attendre, de dialoguer au sein de nos communautés pour se dire en vérité ce qui ne va pas et chercher ensemble à reconstruire notre corps ecclésial pour porter de manière crédible la Parole vivante de Dieu au monde.

Si l’urgence est là, car notre Église est malade, et nous devons trouver les remèdes pour la soigner, elle ne doit pas nous entraîner sur le chemin du soupçon continu.

Le risque qui nous guette est de verser dans la tentation du lynchage sans retenue.

Je m’explique : je sens la lourdeur des non-dits qui pourrit peu à peu notre relation aux prêtres.

S’il est urgent de dénoncer les coupables d’actes inadmissibles pour que justice soit faite et que les cris des victimes soient entendus, il est tout aussi urgent de ne pas faire d’amalgame et de ne pas regarder un prêtre comme un pédophile potentiel.

Quelle souffrance pour nos prêtres que de craindre d’être, parce que prêtres, considérés comme un danger possible.

Nous devons comme baptisés résister à cette pression mortifère et chercher les chemins de la vérité et de la justice.

Justice pour que les coupables soient condamnés. Cette petite minorité de prêtres, qui par leurs actes criminels, et en se servant de leur pouvoir spirituel, a souillé l’Église et mis une nouvelle fois le Christ sur la Croix.

Justice pour tous nos prêtres, la quasi-totalité, qui servent le Peuple de Dieu et l’humanité d’aujourd’hui et qui méritent que, dans la confiance, nous cherchions ensemble à affermir notre vie communautaire pour qu’elle soit témoin de l’amour inconditionnel de Dieu pour tout homme.

Je nous invite à faire nôtre la prière du pape François :

« que nous ayons la grâce de reconnaître notre honte devant des actes abominables qui salissent le visage du Seigneur, que nous demandions la miséricorde de Dieu pour dépasser les drames actuels, pour trouver la voie de la réconciliation. »

Car dans toute crise, et celle que traverse l’Église n’est pas mineure, le chemin de reconstruction passe par la réconciliation et la conversion de nos coeurs.

Ne nous laissons pas attirer par le gouffre des ténèbres, laissons-nous habiter par l’espérance que nous propose le Seigneur. Nous sommes invités à être portés par le Souffle de l’Esprit de Dieu, les étapes qui nous mèneront vers la lumière seront, à n’en pas douter, exigeantes et décapantes, mais elles sont sources de vie.

Notre archevêque, Mgr Luc Ravel, nous appelle à la mobilisation.

Dans chaque communauté, nous sommes invités à une réflexion partagée sur la situation actuelle, dans un premier temps, pour poser sur la table tout ce qui peut être source d’incompréhension, de division, pour accueillir la parole de l’autre et être capable de se regarder droit dans les yeux, dans le respect de la vérité de chacun.

Dans un second temps, nous sommes appelés à faire des propositions qui permettront l’élaboration collective d’un code de bonnes conduites.

Celui-ci ne se limitera pas à recenser des points d’attention pour éviter le pire, mais guidera notre manière de faire Église ensemble.

Cette démarche « synodale » implique toutes celles et tous ceux qui acceptent de s’y engager.

Je souhaite que nous soyons très nombreux à y répondre pour témoigner que la co-responsabilité au service d’un projet ecclésial est possible.

Dès maintenant, mettons-nous au travail.

Mgr Ravel a fixé Noël 2019 pour rendre publiques les décisions prises.

Si le temps est donné pour l’expression la plus large possible, le compte à rebours est néanmoins lancé ! Il est urgent de vivre avec le temps qui nous est donné.

Marc Larchet – Édito Carrefours d’Alsace Nov.2018