Pour une conversion ecclésiale

édito de Marc LarchetLa gravité de la situation n’échappe à personne : l’Église catholique est prise dans une déferlante de discrédits qui appelle l’urgence de la conversion, individuelle et collective, et du changement dans notre manière de faire Église.

La lettre pastorale de notre archevêque Mgr Luc Ravel, « Mieux vaut tard », que je vous recommande, si ce n’est déjà fait, de lire, de méditer, de prier et d’échanger en communauté, prolonge la « Lettre au Peuple de Dieu » du pape François sortie le 20 août dernier dans le flot constant des révélations dramatiques des crimes proférés par des prêtres sur des enfants.

Mgr Ravel parle de gangrène qui s’étend à tous les membres de l’Église, évêques, prêtres, laïcs baptisés, fautifs ou pas. Car, comme le dit le pape François, au-delà des auteurs de ces atrocités, le silence sidérant de l’Église, la non prise en compte pendant tant d’années de la parole de victimes, nous rendent solidaires des conséquences de ces drames.

Soyons justes avec nous-mêmes. N’avons-nous pas été pris de malaise dans certaines situations où des doutes existaient, où des familles exprimaient timidement leur désarroi devant des faits inadmissibles, mais pour lesquels nous sommes restés volontairement sourds par « amour » de notre Église et par respect de notre prêtre ?

Cette surdité, cette indifférence sont bien sûr coupables.

Quand un doute s’exprime concernant la détresse d’une victime, aucun silence n’est possible. La solidarité est nécessairement du côté du souffrant et non du bourreau, quelle que soit son aura.

Quand il y a suspicion, le bon réflexe est d’en informer l’évêque et les instances judiciaires.

Comme baptisés, nous ne pouvons taire l’inadmissible même si cela fait mal au corps ecclésial dont nous sommes membres. Il en va du crédit de la vérité, il en va de l’attention première à porter à la victime.

Comment rendre audible l’annonce de la Bonne Nouvelle quand ceux qui en sont les témoins la souillent par leurs actes ou par leur silence ?

Aujourd’hui nous sommes confrontés à l’urgence de poser les bases nouvelles de ce qu’est faire Église ensemble. Si nous avons une souffrance collective à porter et à guérir, nous avons aussi à travailler en communauté, dans l’espérance du Christ, au renouveau de l’Église.

Acceptons d’être guidés par l’Esprit de Dieu pour, pas-à-pas, sortir des ténèbres et laisser la lumière illuminer le monde.

Le Seigneur n’abandonne pas son Église, il nous invite à en être les acteurs vivants et fraternels, capables, par leur manière de vivre, d’incarner la joie de l’Évangile.

Je rêve à un élan de notre Église diocésaine qui nous met en marche pour construire, dans l’écoute et le partage, les bases d’une vie ecclésiale renouvelée, intergénérationnelle, missionnaire, joyeuse et solidaire.

Nous avons besoin de toi, Seigneur.

Donne-nous le désir de nous engager, la fraîcheur nécessaire à l’innovation, l’écoute pour que personne ne se sente exclu de ce chantier. Particulièrement les jeunes !

Accorde nous la sagesse de prendre le temps nécessaire, sans tarder à se mettre en route.

Accompagne-nous dans le discernement pour poser les bons choix, vivre fraternellement et dans la joie notre mission de baptisés.

Notre amour pour l’Église appelle à faire Vérité.

Osons transformer une organisation qui pendant plusieurs décennies a permis l’impensable.

Avançons dans la confiance et la vérité !

Mar Larchet • Carrefours d’Alsace octobre 2018