Homélie de Mgr Ravel pour la Sainte-Odile

Homélie de Mgr Luc Ravel prononcée à l’occasion de la Fête d’Hiver de Sainte-Odile, le 13 décembre au Mont Sainte-Odile.

 

Clairement nos seules forces humaines plient devant les défis colossaux que l’esprit du monde impose à nos sociétés modernes.

Pensons à l’effervescence numérique, à la rupture démographique ou à nos incapacités à magnifier le cosmos, à maîtriser le temps, à déployer une liberté d’amour.

Il s’agit alors de gravir à nouveau la montagne, la montagne sacrée où la prière s’étend en nappe de feu comme une bénédiction toute chaude couvant l’Alsace et l’Europe.

 

L’Alsace. La patronne de l’Alsace.

De là-haut, on voit loin : notre vue enveloppe ces pentes raides chargées de sapins, ces premières rondeurs rayées de vignes et cette plaine tendre traversée d’eaux.

Rien ni personne en Alsace ne doit être exclu de cette protection de sainte Odile. La vocation actuelle de ce lieu ne déroge pas à cette règle ferme issue de sa tradition : ici on veille sur, on sur-veille cette bonne Alsace qui pense perdre sa foi chrétienne quand elle se sent chamboulée par des vents contraires.

Mais le Maître nous rassure et nous redit : « Veillez ». Ici, on veille le monde assoupi, cuvant l’ivresse des idéologies.

La sainte du Mont, toujours vivante par la prière des adorateurs et des pèlerins, veille l’Alsace comme une maman veille son enfant rêvant dans son berceau. Il n’y a là rien de magique.

Tout vient du Mystère de la vigilance chrétienne sur lequel nous pouvons nous arrêter quelques instants.

Que signifie « veillez » dans la bouche de Jésus ? « Veillez et priez » : Quelle attitude intérieure nous presse-t-il de garder comme gardienne de la prière ?

La parabole des dix vierges à la lampe d’huile nous éclaire, si j’ose l’expression…

Les vierges folles le sont parce qu’elles ne s’éclairent qu’à l’huile de leur raison. Les vierges sages le sont parce qu’elles ajoutent à l’huile de leur raison la réserve d’huile de la foi.

Et c’est une belle réserve d’intelligence à laquelle on puise quand l’autre vient à manquer.

En effet, les temps de la vie sont tels qu’à un moment donné tout homme touche les limites de sa raison livrée à elle-même.

La réalité la déborde et elle ne suffit plus à donner à l’homme le sens des choses, le but de sa vie, la source de son être. Il devient pour lui-même un énorme mystère. Les ressources de son intelligence laissée à la seule raison sont épuisées.

Il ne comprend plus rien à la vie à moins que « quelque chose » d’autre ne les remplisse d’une lumière nouvelle. Ce surplus, cette réserve d’huile, ce supplément de lumière, c’est la foi. Elle ne manque pas aux vierges sages.

L’appel à la vigilance suggère donc cette union intérieure étrange mais efficace entre la foi et la raison à l’intérieur même de l’intelligence humaine.

Cette alliance peut bien déranger les hommes modernes qui n’arrivent plus à voir plus loin que le bon bout de leur raison.

Elle n’en demeure pas moins le seul avenir véritable de l’homme qui ne se fuit pas lui-même. La vigilance se trouve être le composé réussi de la raison et de la foi en un esprit humain. Elle forme alors le sol fertile de la prière.

Dieu fasse qu’on trouve ici, au mont saint Odile, un lieu où se consomment les noces de l’esprit humain et de l’Esprit divin, de la lumière de la raison, toute ravivée par la beauté de l’endroit, et de la lumière de la foi, toute annoncée et déployée par la sainteté et l’accueil du monastère.

C’est ainsi que l’Alsace ne sera pas délaissée de Dieu en étant laissée à ses seules forces.

C’est ainsi qu’elle trouvera sur ces remparts et dans cette chapelle, une source créatrice de la vigilance chrétienne.

C’est ainsi que sainte Odile continuera de relier la terre alsacienne au Ciel chrétien.

C’est ainsi que les alsaciens, de souche ou de résidence, élèveront leur cœur pour honorer la vie de la joie divine.

 

L’Europe. La mère de l’Europe.

De là-haut, on voit encore plus loin : au-delà de la belle plaine française, le regard va jusque sur l’Allemagne.

Avec elle, nous cheminons par beaucoup de beautés, depuis que les bruits de nos guerres intestines se sont tues et se tairont à jamais.

Portée par l’Esprit, notre vue va même jusqu’à embrasser cette Europe qui est née chrétienne.

Une Europe qui retrouvera au Mont Saint Odile le seul Souffle  à même d’animer son organisation complexe pour en faire un organisme vivant.

Car un organisme vivant n’est rien d’autre qu’un ensemble coordonné, rempli de sève et de sens, un corps composé de membres dont les ambitions différentes s’ajustent les unes aux autres grâce à une source et une finalité communes.

Cet élan de l’âme manque à l’Europe.

La nécessité économique ne peut suffire à elle seule à concentrer et coordonner ces vitalités nationales souvent profondément divergentes.

Après tout, pourquoi ne pas être pauvre tout seul plutôt que riche à plusieurs ? Surtout si cette richesse ce paie d’une amputation de sa liberté.

Cette nécessité économique, prise dans un contexte de globalisation, ne donne pas sens même si elle fait signe.

Une ambition matérialiste ne donne pas la clef pour unir des contraires.

Un « quelque chose » de supérieur fait toujours défaut. Comme l’âme n’est pas la simple somme des organes du corps, l’âme de l’Europe ne peut être la simple résultante des ambitions nationales ou la division mathématique de nos pauvretés personnelles.

L’Europe des nations ne sera pas un composé chimique  qui fonctionne en tant que mélange de produits élémentaires.

Une solution chimique n’est pas un être vivant. Celui-ci ajoute à la complexité organique un élément qui n’en provient pas, l’âme.

A partir de la tentative de construire une Europe seulement chimique, l’âme fait un nouvel être vivant, dont chaque membre bénéficie de l’énergie créatrice du tout.

C’est cette Europe là que nous voulons et non un agglomérat discordant et instable d’intérêts moléculaires singuliers.

L’Europe attend donc de renaître de la même matrice qui l’a fait naître comme un grand corps vivant il y a mille ans, par la grâce des monastères.

Mais, en règne de laïcité aiguë, plus ou moins embarrassée selon les nations, elle ne voudra pas se soumettre à une autre liberté que la sienne, elle refusera de se plier aux exigences d’une Église souveraine qui lui dicte sa conduite.

En revanche, elle acceptera d’aller puiser à ces puits spirituels qui s’offrent à elle.

Elle refera ainsi le pèlerinage qu’à chaque saison la sève de l’arbre accomplit en puisant aux racines.

Elle pourra bien se vanter d’être nouvelle. Elle n’est pas sans racines.

Et la nouveauté de l’Europe du 21ème siècle sera celle du printemps et non celle de la mode aussi créatrice soit-elle.

Sainte Odile, patronne de l’Alsace, peut devenir aussi mère de l’Europe, car, en elle, tant qu’elle vibre en ces lieux, se trouve replié le Souffle de Dieu qui tombe sur la glaise de nos volontés terreuses pour en faire un être vivant.

L’Europe dont nous parlons est une Europe concrète qui commence par unir son centre solide avant ou afin de s’étendre à des pourtours incertains.

Une Europe intéressée à cultiver les liens frontaliers qui opèrent la réalisation concrète de l’Europe. C

Car les frontières tissent sa géographie tels les nerfs dans le corps animal. Jadis obstacle, chaque frontière se mute en occasion d’entrecroisement de deux maillons jusque-là juxtaposés.

Dans son contexte géographique singulier, le mont saint Odile peut porter l’Europe telle une chaîne de peuples mitoyens, faisant des limites anciennes qui cloisonnaient des lieux nouveaux qui unissent.

Le grand sanctuaire du Mont saint Odile est appelé à drainer vers lui, par-delà le Rhin, toutes les vitalités fraternelles.

Il me semble nécessaire de rappeler cette mission européenne du Mont saint Odile.

Nombreux sont les pèlerins qui partent à pied sur les routes pour atteindre le bout de l’Europe à saint Jacques de Compostelle.

Plus nombreux encore devront être les marcheurs qui viseront le centre de l’Europe, ici, sur ce promontoire de grès rose dont on fit les cathédrales de Strasbourg, de Fribourg et de Bâle.

Là aussi, dans cette carrière spirituelle qu’est le saint Odile, ces pèlerins marcheurs découperont les blocs spirituels dont ils feront la cathédrale Europe.

Sainte Odile, patronne de l’Alsace, garde à l’Alsace la chaude lumière de la foi.

Sainte Odile, mère de l’Europe, souffle à l’Europe la grandeur de Dieu.

+ Luc Ravel, archevêque de Strasbourg

POUR ALLER PLUS LOIN

« …Il ne faut pas trouver étrange qu’Odile ait dit qu’elle avait été unie à la compagnie de sainte Lucie. (…) Sainte Odile quitta ce monde et, pour ainsi dire, échangea cette vie pour une meilleure aux ides de décembre. »

Ainsi se termine la Vita Odiliæ, premier document du Xe s. à relater la vie de sainte Odile.

Sainte Lucie étant fêtée le 13 décembre au calendrier romain, Sainte Odile est fêtée le même jour en Alsace. Dans les autres régions et sur le calendrier romain, sa fête est fixée au 14 décembre.

 

Extrait du site autour-du-mont-sainte-odile , relu et complété par Marie-Thérèse Fischer

La Tapisserie

À l’occasion des 1300 ans de l’abbaye Saint-Étienne, fondée par Adalbert, frère de sainte Odile, et gouvernée par l’abbesse sainte Attale, nièce de sainte Odile, un fac-similé de la tapisserie relatant sa vie sera installé dans le cloître du Mont.

L’occasion de la mettre en parallèle avec un fac-similé de celle de sainte Odile, aux couleurs plus vives que la copie installée dans le hall d’accueil.

Tissées vers 1450, ces tapisseries étaient destinées à l’abbaye SaintÉtienne. Elles sont aujourd’hui déposées au Musée de l’OEuvre Notre-Dame à Strasbourg.

La Pâtisserie

La recette d’un gâteau appelé Mont Sainte-Odile, retrouvée par hasard, a été confiée à Claude Baumert, pâtissier à Barr, qui l’a améliorée pour le Mont. Les Gâteaux Mont Sainte-Odile seront disponibles à la salle des Pèlerins et au magasin du Mont Sainte-Odile à partir de ce 13 décembre.

La Tapisserie d’Attale

Les deux moitiés de tapisseries présentées ci-dessous relatent quelques épisodes de la vie de sainte Attale. Comme la tapisserie de Sainte Odile, ces deux chefs-d’oeuvre dédiés à Attale ont été tissés pour l’abbaye Saint-Étienne. Au départ, chacune des tapisseries étaient d’une pièce et ornaient le choeur de l’église abbatiale lors des cérémonies.

On y retrouve les blasons de Rathsamhausen zum Stein et de Hewen, puisque, de 1438 à 1460, l’abbesse de Saint-Étienne était Clementine de Ratsamhausen zum Stein, dont la mère s’appelait Anne de Hewen. Il  s’agit donc des blasons des parents de l’abbesse qui permettent également de dater la réalisation des tapisseries, vers 1450-1457.

Fond rouge presque uni, cortège de fleurs, phylactères en lettres gothiques portés par des anges, la tapisserie d’Attale est un véritable chef-d’oeuvre. Indépendamment du thème traité, nous sommes en présence d’une réussite artistique remarquable. Unité de ton, mise en relief des détails, les artistes ont su donner à la tapisserie d’Attale une dimension rarement égalée.

De droite à gauche, Attale reçoit des mains de son père, le duc Adalbert les clefs du couvent. Derrière le duc, peu mérovingien mais habillé et coiffé plutôt à la mode de l’époque en Alsace, on croit reconnaître Gerlinde, son épouse. Au fond, l’abbaye Saint-Étienne avec des créneaux : était-elle bâtie contre la muraille de la ville ou elle-même fortifiée ?

Le phylactère ‘Wie herzog Obrecht sante Athal siner dochter disen stift befalch und gewalt dar über gab’ peut se traduire par : ‘Où le Duc Adalbert offrit à sa fille Attale ce chapitre et lui en donna commandement et pouvoir’.

Au centre, le corps d’Attale repose sur une civière. Tout autour, les chanoinesses, désolées, récitent les prières de recommandations des défunts. Au milieu de cette scène de désolation, Werner se penche sur le corps et tranche la main. En bas de l’image, le blason des Rathsamhausen zum Stein. Le phylactère : ‘Wie Athala starb unf auf der bore lag und ir die hant abgesnit wart’ raconte : ‘Où Attale mourut et, étendue sur son lit de mort, la main lui fut coupée.’

Devant les soeurs émerveillées, deux ouvriers, en creusant à la pelle, découvrent le précieux reliquaire contenant la main d’Attale que s’empresse de saisie une des chanoinesses. Il s’agit peut-être d’Hemma, citée par Koenigshoven. Le phylactère : ‘wie sant Athalen hant funden wart in einem schrine’ explique : ‘Où l’on retrouva la main de sainte Attale dans un reliquaire‘.

La deuxième partie de la tapisserie raconte en deux tableaux la découverte des restes de la famille d’Attale. Les chanoinesses considéraient toute la famille comme des saints. Pour elles, il ne s’agissait pas de leurs « restes », mais de vraies reliques. D’où l’importance accordée à la trouvaille sur la tapisserie. Le phylactère « Wie safina, sancte athalen swester funden wart » ‘Où l’on a retrouvé Savine, la soeur de sainte Attale’.

Au centre, dans la tombe mise à jour, les deux femmes portant coiffe blanche sont respectivement Gerlinde, mère d’Attale, et Bathilde, seconde femme du duc Adalbert. Les dimensions sont curieuses, parce que les deux autres personnages devraient être des enfants en bas âge. Le phylactère ‘Wie gerlindis sant athale mutter und ir stieffmutter balthilt mit zweyen kinden funden wart’ raconte : ‘Où l’on a retrouvé Gerlinde, la mère de sainte Attale, sa marâtre Bathilde et deux enfants’.

La tapisserie se termine par une représentation en pied de Saint Etienne, saint patron du monastère d’Attale, premier martyr lapidé devant Jérusalem en l’an 33. Il porte un vêtement richement brodé, la dalmatique des diacres, et tient dans sa main droite la palme du martyre et dans la gauche des pierres, rappel de sa lapidation.

Un fragment de la Tapisserie d’Attale aurait été séparé lors de la dernière restauration en 1950. Il représenterait un homme et une femme ainsi qu’un animal voltigeant autour. Faute d’éléments et de clichés suffisamment précis pour déchiffrer le phylactère, il est assez difficile de donner sens à ce fragment qui pourrait avoir été conservé au collège Saint-Étienne.

Extrait du site autour-du-mont-sainte-odile , relu et complété par Marie-Thérèse Fischer

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