L’église catholique St Martin de Barr

Un peu d’histoire

église BarrOn peut situer l’origine de la paroisse Saint-Martin et de sa première église, au VIème siècle. Celle-ci se trouvait sur une petite éminence, au pied du Kirchberg. Une nouvelle église fut construite vers le milieu du XIIème siècle. Il en reste l’imposante tour romane de l’actuelle église protestante.

En 1545, la ville de Barr passa à la réforme. L’église Saint Martin devint lieu de culte protestant. En 1685, Louis XIV imposa de concéder l’usage du choeur au petit nombre de Catholiques de la ville. Ceci s’appelle le »Simultanéum ». Cette cohabitation ne fut pas toujours bien vécue, car les Catholiques devinrent une minorité de plus en plus importante au cours des décennies. En 1826, ils obtinrent leur propre église. Elle fut installée dans l’ancien manège d’une caserne désaffectée en bordure ouest de la vieille ville.

Saint Martin, titulaire séculaire de l’église ancienne et patron de la ville, lui fut donné comme titulaire. Par bonheur, le bâtiment était orienté comme devrait l’être toute église, c’est à dire, le choeur tourné vers le soleil levant, symbole du Christ Ressuscité. L’édifice ne revêt aucun caractère artistique particulier. Deux rangées de colonnes qui sont en fait des troncs d’arbres lui donnent un aspect un peu basilical.

Les tableaux

CPBarr église Barr tableau St MartinAu chevet du chœur se trouve un grand tableau représentant Saint Martin partageant son manteau. C’est une copie de Van Dyck (1599-1641) dont l’original se trouve au château de Buckingham à Londres, un autre, ou une copie au château de Weissenstein à Pommersfelden en Allemagne et à l’église St Martin de Bruxelles. Ici, le tableau est trop haut placé et mal éclairé pour être vraiment apprécié. En effet, Van Dyck excellait dans les portraits, -il était peintre de la cour d’Angleterre- et c’est le visage de Saint Martin qui est la pièce maîtresse de la composition.

Le bas du chœur est décoré d’une série de tableaux en camaïeu. Des recherches sont actuellement faites pour en retrouver l’artiste. Il semblerait que ce soit un peintre alsacien connu par le curé Nicolas Eck qui fut le premier curé de cette nouvelle église.

Les trois panneaux centraux représentent trois sacrifices de l’Ancien Testament, annonciateurs du Sacrifice du Christ et de l’Eucharistie :

  1. CPBarr église Barr tableau NoëlAbel offre son agneau, avant de devenir lui-même victime innocente.
  2. Le grand prêtre Melchisédech bénit Abraham victorieux, en offrant du pain et du vin.
  3. Abraham est prêt à donner son fils unique, mais le sacrifice humain est récusé par Dieu.

Sur les côtés, les tableaux sont consacrés à l’enfance du Christ :

  1. À gauche, l’Annonciation, la Visitation à Elisabeth, la Nativité.
  2. À droite, l’adoration des mages, la Présentation au temple et Jésus, à 12 ans, retrouvé au temple.

Il est remarquable, particulièrement à la nativité, que Jésus est le point lumineux de la composition.

Ces panneaux sont flanqués par les quatre évangélistes avec leur symbole, Matthieu (l’ange) et Marc (le lion), à gauche; Luc (le taureau) et Jean (l’aigle) à droite.

Dans l’angle à droite, on voit les objets de culte de l’Ancienne Alliance: l’Arche d’Alliance avec les chérubins et les barres, les vases sacrés, des cymbales et une lampe.

À gauche, il y a les objets du culte nouveau: calice et ciboire, missel, encensoir, cierge, étole, mitre, crosse et la croix.

Un chemin de croix orne les murs latéraux de la nef, peut-être une reproduction du peintre Martin Feuerstein.

Le mobilier

CPBarr église Barr tabernacleLe tabernacle de bronze doré est moderne. Il est inspiré par l’arche d’Alliance de Moïse, non par les dimensions, mais par les proportions et la présence des deux anges.
Il est surmonté par la lampe du sanctuaire, allumée jour et nuit, signe de la présence réelle du Christ-Eucharistie. Ici, au chœur de la maison de Dieu, le croyant vient donner au Christ, l’hommage de sa foi.

CPBarr église Barr autel

À l’entrée du chœur, l’autel est décoré par le motif eucharistique des pains multipliés et celui du poisson, symbole antique du Christ. En effet, en grec, poisson se dit « ICHTUS » mot dont les lettres sont les initiales du titre grec complet du Christ et qui se traduit : Jésus Christ, fils de Dieu, Sauveur.

Le statuaire

 Dans le chœur, se trouve la statue en bronze doré du Sacré Coeur et celle polychrome, de Saint Joseph.

CPBarr église Barr Ste familleSur le côté, à la montée au chœur, se trouve l’imposant ensemble statuaire de la Sainte Famille, grandeur nature. C’est un très beau travail en bois sculpté polychrome, réalisé sans doute, dans la deuxième moitié du XIXème siècle par le sculpteur tyrolien Joseph Riffesser. C’est à l’occasion de l’année de la Famille, en 1994, que fut entreprise la restauration de l’ensemble, abîmé par les années et la guerre.

CPBarr église Barr Ste OdileAu mur gauche, juste avant le chœur, on peut admirer une très belle statue de Sainte Odile, patronne de l’Alsace, due au ciseau du même artiste, remise en honneur par le curé Piguenet, et restaurée à nouveau, après un sinistre par le feu, en 1994.

CPBarr église Barr MarieAu pilier droit, est adossée une Vierge couronnée sculptée (vers 1800) qui écrase la tête du serpent.

Une belle icône de Notre Dame du Perpétuel Secours a retrouvé une place dans la chapelle de semaine.

CPBarr église Barr st AntoineSous la tribune à gauche se trouve une Pieta en bois sculptée polychrome, restaurée par Richard Beyler, en 1998. Elle date de la même époque que les statues de Sainte Odile et de la Sainte Famille, et provient du même sculpteur, dont les descendants exercent toujours le même art au Tyrol.

Dans l’entrée, sous le clocher, se trouve la statue de Saint Antoine de Padoue, un des saints populaires auprès des fidèles.

Les vitraux

Les vitraux sont consacrés à des saints choisis à cause de leur popularité régionale ou nationale ou pour le patronyme du donateur. Ils ont été réalisés en 1927 par le maître verrier Bartholomé deTurckheim.

Iconographie des vitraux :

à gauche à droite
1 Sainte Marguerite
moniale (+1690)
Sainte Richarde
impératrice (+896)
2 Sainte Mathilde
reine (+968)
Saint Florent
évêque de Strasbourg (+590)
3 Sainte Anne
mère de Marie
Sainte Famille de Nazareth
4 Sainte Agnès
martyre (+305)
Saint Antoine
franciscain (+1231)
5 Sainte Jeanne d’Arc
Vierge (+1431)
Notre Dame de Lourdes
apparue en 1858
6 Sainte Elisabeth de Thuringe
(+1231)
Saint Louis
roi de France (+1270)
7 Sainte Madeleine
disciple pénitente
Saint Arbogast
évêque de Strasbourg (+550)
8 Sainte Cécile
martyre (+235?)
Saint Martin
évêque (+397)

L’orgue

À la tribune, un orgue imposant, (pneumatique de Kriess 1932) peut donner l’illusion de fastes musicaux. Malheureusement, l’instrument, propriété de la ville, est muet depuis des années. Son buffet Stiehr-Mockers (1826) et quelques jeux sont « classés ». Dans la conjoncture actuelle, le devis (plusieurs milliers d’euros) est absolument dissuasif pour une restauration.

Les cloches

Dans le beffroi, trois cloches rythment les heures et appellent les fidèles au culte et à la prière de l’Angelus:

Grande cloche Do 1950 kg Ste Marie Fondue par Fr. Roussel à Metz en 1869
Moyenne cloche Mi 1180 kg St Joseph Fondues  par l’entreprise Caussard de Colmar en 1925
Petite cloche Sol 700kg St Martin

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La chapelle Sainte Anne près de Barr

CPBarr chapelle sainte AnneLe promeneur qui se rend au château d’Andlau rencontre à trois quarts d’heure de la ville, dans la forêt du Silberberg, les ruines de la chapelle Ste Anne: Un pan de mur de la façade ouest et les vestiges d’un ermitage annexé.

Les historiens, et à leur suite, les rédacteurs de guides touristiques, ont glané ce qu’on sait de ce sanctuaire :
Il date certainement de la fin du Moyen Âge, époque à laquelle se développe la dévotion à Ste Anne, mère de la Ste Vierge. La chapelle fut délaissée après l’adoption de la réforme à Barr en 1543. En 1580, la ville de Strasbourg, propriétaire de la Seigneurie de Barr depuis 1556, y trouve encore des ustensiles liturgiques: chandeliers, burettes en étain, deux missels, une cloche (d’après un plan de 1603, le clocheton était en flèche, ein Dachreiter). Ce matériel d’église fut sans doute vendu comme celui de l’église St Martin de Barr. Les décomptes de cette vente se trouvent actuellement aux archives de la ville de Strasbourg.

La maison attenante fut réparée et servit encore en 1610 de résidence au garde forestier de la ville de Strasbourg.

L’appellation populaire de la ruine est : S’Tannekirchel; altération de l’expression (Sank)t Annakirche, tout comme le village de Tannenkirch = (Sank)t Annakirch.

Notre chapelle Ste Anne, encore mentionnée en 1663, est un témoin de la dévotion, fort répandue à l’époque, à Ste Anne. (prières, images, confréries, chapelles).

On comptait en France 36 ermitages Ste Anne, dont 23 dans le Nord-Est. C’est dans les pays rhénans que cette dévotion trouva ses plus ardents propagandistes: Trithemius, Abbé de Sponheim près de Kreuznach, l’humaniste Erasme, l’écrivain strasbourgeois Sébastien Brant et bien d’autres. Tout près de Barr, Nicolas Salicet, abbé de l’abbaye cistercienne de Baumgarten près de Reischsfeld mort en 1494 composa un hymne à Ste Anne:

Anna, pia mater, ave cujus nomen est suave, Anna sonat gratian, …

L’ordre religieux le plus appliqué à propager le culte de Ste Anne était celui des Franciscains. Or à Barr, existait le couvent franciscain St Ulrich (Klostergarten). Il est vraisemblable qu’il est à l’origine de l’Ermitage -Chapelle Ste Anne.

En 1781, l’historien Silbermann signalait encore à proximité de la chapelle dans un sentier à l’Est, une croix datée de 1504 et portant la sculpture du groupe Ste Anne, Marie et Jésus enfant, ce qu’on appelait « Anna Seldbritt », la famille de Jésus. Un bas-relief en bois sculpté d’un pareil groupe se trouve encore à l’église protestante St Pierre le Vieux à Strasbourg. On a voulu reconnaître dans ces groupes, d’inspiration byzantine et répandus dans toute la chrétienté aux 15ème et 16ème siècles, une déformation superstitieuse de la trinité divine. À tort: C’était une forme, aujourd’hui dépassée, de la piété populaire envers les saints personnages de l’histoire du salut.

Vous ne pourrez plus constater ce qu’était cette croix de Ste Anne car même le socle de la croix, encore en place en 1904, a disparu et orne sans doute à l’heure actuelle quelque pelouse fleurie de géraniums.

texte écrit en 1966 par Mr l’aumônier André Stehle.