Je verrai le ciel ouvert

Un spectacle sur le premier acte de l’Église…

Une pièce de Juliane Stern avec :

  • Cédric Danielo, jeu
  • Louis-Jean Perreau / Mathieu Schmaltz, violon.

Vendredi 22 mars de 19h à 20h au Collège Episcopal Saint Etienne (entrée : place Saint Etienne, Strasbourg)

Étienne sait ce qui l’attend, il sait comment tout cela va finir. Les accusations, le ciel ouvert, les pierres, le martyre. Il le sait bien. Mais avant cela, et puisque nous voilà présents, autour de lui quelques instants, il reprend le fil de sa vie : ce tissu de rencontres qui lui ont dévoilé le vrai visage du Christ. La scène donne corps aux mots de l’évangile, mais aussi à ce que les évangélistes n’ont pas écrit, ces blancs laissés entre les lignes où le réel prend du relief.

Un comédien endosse à lui seul les rôles d’Étienne et de tous les personnages qui surgissent, au fil de sa mémoire et dans cette ultime confrontation avec ses juges. Un violoniste partage avec lui la scène, créant une altérité qui sort du dialogue habituel et, en résonance avec la parole, un espace pour l’émotion et l’imaginaire.

Le dispositif scénique quant à lui va à l’essentiel : lumière et scénographie dessinent avec précision les espaces mis au jour par Étienne, et disent à leur façon l’intemporalité de son expérience.

Note d’intention

Écrire sur Étienne c’est partir de rien et en même temps naviguer en haute mer : de rien parce qu’on sait très peu de choses sur Étienne, qui n’apparaît que dans deux chapitres des Actes des apôtres, occupés en partie par un très long discours. Ce que l’on apprend de lui tient en peu de mots : c’est un Juif helléniste, accusé de blasphème par le sanhédrin. Il a un visage d’ange, voit les cieux s’ouvrir, se fait lapider et meurt en pardonnant à ses agresseurs. Le récit est expéditif mais n’en a pas moins suscité une imagerie prolixe, jusqu’à de véritables oeuvres d’art si l’on s’en réfère au tableau de Rembrandt ou aux vitraux de Chagall, à Metz, et une dévotion non moins féconde, et populaire. Tel est le premier paradoxe d’Étienne : la brièveté de son apparition dans le livre des Actes est à la mesure inversée de sa fécondité dans la culture chrétienne qu’il a contribué à faire naître.

Paradoxal Étienne, encore, parce qu’il est à la fois entièrement juif, pétri des rites et de la parole enseignée par les Rabbins, et en même temps héraut/héros d’une parole nouvelle inaugurée par les prêches de Jésus, et en cela, malgré sa perpétuelle jeunesse, il est parmi les ancêtres le plus vieux de tous. Étienne, enfin, au coeur de nos propres paradoxes : figé dans les statues de nos églises, saint, patron, porteur de cathédrale – et même d’un diocèse ! – premier martyr, premier diacre, premier chrétien… autant d’attributs qui pèsent lourd sur celui  qui pourrait à lui seul condenser l’élan vital et radical du livre des Actes, comme le bois léger de la flèche que nous voudrions  suivre des yeux !

Par tous les moyens que nous offre le théâtre, j’ai tenté de recueillir au berceau de l’Église la sève de ce jeune ancêtre pour l’Église d’aujourd’hui, une Église de 2000 ans sans cesse travaillée par le désir de naître. L’écriture et la mise en scène emmènent le spectateur sur les pas des premiers chrétiens, faisant descendre Étienne de son socle de pierre, lui donnant l’occasion de se tenir, vivant, devant nous. Les mots comme les blancs de l’Écriture ont ouvert un espace idéal pour la scène : la place qu’Étienne a occupé devant le sanhédrin, celle d’un orateur et d’un visionnaire seul face à tous, dans le risque de la parole et du Ciel ouvert.

Juliane Stern

Conception musicale

Le répertoire pour violon seul n’est pas infini, mais il regorge de petites pépites comme de pièces devenues connues du grand public. Le but ici était de partir de musiques moins facilement  identifiables au premier abord, afin qu’elles n’attirent pas le spectateur trop loin du texte. Les sonates d’Ysaÿe s’imposent de fait assez vite, tout comme de très courts extraits de celles de Bartok.

En résonance avec Ysaÿe, des extraits de Nigun d’Ernest Bloch, improvisation yiddish, venant appuyer les soupirs et les respirations du texte parlé. Enfin, Jean-Sébastien Bach, inévitable lorsqu’on parle de violon seul et de spiritualité ou de religion, apparaît d’abord au travers d’une citation d’Ysaÿe puis dans une de ses propres sonates. Il ne s’agit pas ici d’un concert bien sûr (ce sont donc de larges extraits), mais d’un véritable dialogue avec le texte parlé, et avec le comédien lui-même.

Louis-Jean Perreau

Scénographie

Il s’agit de ne pas faire d’Étienne-le-premier-diacre un pseudo prêtre qui aurait ici sa chaire toute prête. Il faut découper dans l’espace et offrir aux spectateurs une possible concentration, un temps détaché du réel, un temps de contemplation.

On a tout enlevé : une économie de la pauvreté, à l’école d’Étienne, qui abandonne tout pour le Christ.

Demeurent six tabourets et les plans gris d’un feutre épais. Mais les tabourets vivent par la force de conviction du comédien, ils sont volière ou pilori, et les feutres sont chatoyants et chaleureux quand ils sont caressés, enlevés, retournés par les lumières fines d’Hugo Fleurance. Par ce jeu, les oiseaux volent un temps et puis les pierres tombent, et Étienne est conduit de la Jérusalem de son enfance à la Jérusalem du procès.

Jean Stern

Partager