Paul-Irénée Fransen : le prédicateur belge fête ses 100 ans à Strasbourg

Ce dimanche 18 avril lors de la messe de 11h, Strasbourg rend grâce pour le centenaire du père Paul-Irénée Fransen, prédicateur de Carême à la cathédrale depuis 1971.

Père Irénée Fransen au milieu de ses nombreux livres d'études bibliques.
Père Irénée Fransen

Cent ans ! Difficile à imaginer, encore plus difficile à croire lorsqu’on voit le père Paul-Irénée monter allègrement les marches de l’escalier monumental de la cathédrale de Strasbourg et l’écouter prêcher certains dimanches… sans la moindre note. Depuis 50 ans, ce bénédictin belge au cœur alsacien impose sa marque de fabrique comme prédicateur des Carême de Strasbourg. Avec simplicité, il présente sa sélection des moments marquants du centenaire écoulé.

Une date ?
Celle de ma naissance : Je suis né le 17 avril 1921 à Pepinster, petite ville de Belgique, entre Liège et Verviers, aux confins de l’Ardenne.

Paul ou Irénée ?
Paul est mon nom de baptême ; Irénée mon nom de religieux. Je signe mes articles Paul-Irénée !

Une madeleine de Proust ?
Toutes les tartes, en particulier la tarte au riz, spécialité de Verviers.

Le moment le plus heureux de votre enfance ?
Ma première communion, à sept ans, mes parents à ma droite et à ma gauche sur le banc de communion.

Vos études ?
Une première année chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à Pepinster. Six ans d’Humanités gréco-latines chez les pères Jésuites du Collège Saint François Xavier à Verviers et cinq années d’étude au Conservatoire de Musique de la ville. Puis, comme séminariste et jeune prêtre, doctorat de théologie à la Faculté Catholique de Lyon.

Un lieu ?
L’abbaye bénédictine de Maredsous, à une trentaine de kilomètres au sud de Namur.

L'abbaye bénédictine de Maredsous, en Belgique
L’abbaye bénédictine de Maredsous, en Belgique.

J’y suis entré le 2 octobre 1939. Je connaissais l’abbaye depuis 1932 pour y avoir fait une retraire avec d’autres dirigeants de la paroisse Saint-Joseph à Verviers. Retraite décisive car elle a été marquée par ma décision d’adopter la vie monastique. A Maredsous, je trouvais ce qu’était ma vie de famille : une communauté vivante où la foi s’exprimait aussi dans la liturgie paroissiale et dans une vie musicale intense.

Deux dates-clés de votre vie à Maredsous ?
Ma profession monastique le 8 septembre 1941 et mon ordination sacerdotale le 25 juillet 1946.

Le plus grand moment de votre vie ?
L’eucharistie célébrée au sommet du Mont Sinaï.

Une prière ?
« Mon Dieu en qui je me fie ».

Un livre ?
Les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet.

Un instrument de musique ?
L’orgue. Chez les Fransen, on est organistes de père en fils depuis trois générations ! Cela m’a d’ailleurs valu une expérience forte, lorsque j’ai accompagné le salut au Saint-Sacrement pour la première fois à 13 ans.

Une musique ?
Le choral final de la Passion selon saint Jean de J.-S. Bach.

Le moment le plus éprouvant ?
Le cercueil de mon frère aîné quittant la maison familiale.

Les rencontres les plus marquantes ? 
Mes rencontres avec Henri de Lubac, théologien expert pendant le Concile Vatican II avant d’être nommé cardinal, Paul Evdokimov théologien orthodoxe, observateur invité au Concile Vatican II, et Alphonse Maillot, éminent bibliste protestant. Il me faut également mentionner mon « recrutement » par le diocèse de Strasbourg au début des années 1970. J’étais rédacteur pour la revue Bible et Terre Sainte. Au cours d’un conseil de rédaction, Pierre Bockel qui était alors l’archiprêtre me demande de venir prêcher le Carême à la cathédrale ; ce que je fis avec la permission de mon abbé en mars 1971. D’ailleurs, quelques années auparavant, Dom Hilaire Duesberg, un autre moine de Maredsous et grand ami de Monseigneur Fischer s’était déjà prêté à l’exercice. Au presbytère où je logeais lors de mes premières homélies de Carême cohabitaient quatre vicaires, dont Michel Wackenheim, qui devint tout de suite un ami.
Premier sermon dans la fameuse chaire de Geiler de Kaisersberg ! Je ne me doutais pas de ce que 50 ans après, je serais encore là ! Je suis devenu, comme disent certains de mes proches « le bouche-trou officiel » de la cathédrale ! Je fais désormais partie des meubles.

L’Alsace ou les Ardennes belges ?
Comme l’Ardennais l’Alsacien est croyant, travailleur, bon vivant. Il est l’héritier d’une double culture qu’il vit avec une sérénité joyeuse qui lui ouvre toutes les portes. Il est accueillant, bienveillant, confiant, et surtout disponible : il en a tant vu dans son histoire !

Le père Fransen porte un bob rouge à chacun de ses voyages.
Le père Fransen porte un bob rouge à chacun de ses voyages.

 

Un objet ?
Dès mon premier périple en Israël, j’ai adopté un bob rouge, devenu le compagnon fidèle de tous mes voyages. Pour les groupes que j’accompagne, c’est un excellent point de repère. Et pour moi, il est le rappel constant de très bons moments de ma vie en Terre Sainte. J’aspire à y retourner.

Qu’emporteriez-vous sur une île déserte ?
La Bible, évidemment.

Votre souhait le plus cher ?
La paix au Proche-Orient.

Un dernier mot ?
Merci.

EN IMAGES. Les 100 ans du Père Irénée Fransen à la cathédrale de Strasbourg