La Petite Vigne présente le spectacle Djihad

Avec la pièce Djihad, le radicalisme est mis sur scène et nous assistons à un spectacle qui fait rire et réfléchir.

Le centre d’accueil et de formation de La Petite Vigne de Bennwihr vous invite à découvrir cette pièce qui tourne à guichet fermé le samedi 9 février 2019 à 20 h à la salle culturelle de Bennwihr.

Il est vivement conseillé de réserver ses places au 03 89 47 83 47.

Spectacle pour tous, à partir de 12 ans, 10 € la place.

Découvrez la pièce mis en scène par Ismaël Saidi à travers ces quelques liens :

Renseignements et réservations :Nathalie Hammer • 03 89 47 83 47

le djihad avec son humour

Ancien flic, lui-même passé par le culte du Coran, Ismaël Saidi fait un tabac avec ses pièces comiques sur la radicalisation. Son objectif : libérer la parole et éviter le pire.

Il a choisi A la bonne bière, où cinq personnes ont perdu la vie le 13 novembre 2015, mitraillées par des islamistes belges. Il donne souvent ses rendez-vous dans ce bar situé à deux pas du Palais des Glaces, où il a joué « Géhenne », sa dernière pièce.

« Prendre un café ici, c’est les faire chier, ces abrutis. Je viens de Belgique aussi, j’ai fait le même chemin qu’eux, mais pas pour les mêmes raisons. »

Ismaël Saidi, 40 ans, affiche un sourire franc et radieux. Belge d’origine marocaine, dramaturge, scénariste et réalisateur après quinze années passés dans la police de Bruxelles, l’homme respire la bienveillance, encore surpris du succès fou de sa pièce « Djihad ».

Créée à Bruxelles fin 2014, sa tragicomédie sur les déboires de trois jeunes radicalisés qui se cassent les dents en Syrie n’en finit pas de tourner.

85 dates sont prévues cet automne, en France, au Maroc et au Canada, pour beaucoup devant un public scolaire ou de jeunes en difficulté.

Déclarée d’utilité publique en Belgique, « Djihad » est recommandée en France par l’Education nationale pour prévenir la radicalisation en milieu scolaire. Ismaël parvient par le rire à toucher ceux qui sont parmi les plus exposés : sur les 150 000 spectateurs qui ont vu la pièce, plus de la moitié sont des adolescents.

Drôle et émouvante, grave et loufoque, elle aborde des thèmes que beaucoup évitent : la ghettoïsation, l’immigration mal gérée, ce terreau propice à la radicalisation.

Il entend libérer la parole. Après ses représentations, il encourage les spectateurs à parler. Les propos sont parfois rudes, nourris aux amalgames et aux angoisses.

 «En rupture identitaire, comme j’ai pu l’être»

« C’est un exutoire, ça fait du bien, commente-t-il. Un homme m’a dit un jour qu’il avait peur des femmes voilées, il y en avait une à trois chaises, je les ai invités à se rapprocher, ils ont discuté pendant une heure, ils se souriaient. »

Avec les jeunes, c’est encore plus fort. « Quand j’étais au collège, j’ai entendu un prof dire : C’est des sauvages, je ne vais pas les emmener au théâtre. J’aurais été heureux qu’un auteur nous dise qu’on était les bienvenus. »

Le sujet de la guerre sainte s’est presque imposé à lui, entendant un jour « Marine Le Pen dire qu’elle se foutait que les jeunes partent tant qu’ils ne revenaient pas ».

Ça pourrait être n’importe qui de son entourage, ses amis et voisins du quartier de Schaerbeek où il a grandi, proche du tristement célèbre Molenbeek, d’où venaient les terroristes du 13-Novembre. Il imagine donc cette histoire de Reda, Ismaël et Ben, trois paumés prenant les armes.

« Trois mecs nés comme moi dans un pays qui ne devait pas être le leur au départ, en rupture identitaire, comme j’ai pu l’être. » Les gamins s’y reconnaissent. En quête de sens, ils trouvent sur Internet « un imam wesh-wesh qui leur sert un islam fast-food ».

Vertige du vide identitaire. Il l’a connu. Longtemps, il a considéré comme une tare cette double culture, lui qui a fréquenté une école catholique puis celle de son quartier ghettoïsé.

Sauvé par Goldman

« Cette quête identitaire l’a plongé dans des livres religieux écrits au Moyen-Orient, l’éloignant de l’Européen qu’il était. Mal à l’extérieur, bien à la mosquée, il y a vu des listes circuler pour partir combattre en Afghanistan… « Est-ce que j’aurais pu finir comme ça ? C’est pour cela que j’ai écrit la pièce… Ça va tellement vite. »

C’est Jean-Jacques Goldman qui l’a sauvé, son idole de jeunesse qu’il écoutait en boucle dans son Walkman. « C’est un juif, si tu écoutes ça, t’iras en enfer ! » s’est un jour alarmé un condisciple de l’école d’arabe à la mosquée.

« Juif, je ne savais même pas ce que c’était, mais j’adorais Goldman, et je trouvais vicieux qu’un dieu laisse aimer tant une musique interdite. »

Un doute qui fait du bien

Et si on lui faisait dire n’importe quoi, à ce dieu ? En vérifiant dans le Coran, il se rend compte que 80 % de ce qu’on lui avait dit n’y est pas… En même temps, il se lie d’amitié avec un fille extra, Gabrielle. Juive, aussi. Il doute encore.

« Le doute est l’essence même de la foi », écrit-il dans sa passionnante biographie parue fin mai*.

Son « esprit rationnel » ne s’accorde pas, non plus, avec un dieu édictant la façon de s’habiller, de penser… « Avant, je croyais en Dieu, aujourd’hui, je pense à lui et je me demande s’il pense à moi…

Ce doute fait du bien, c’est la certitude qui est néfaste. »

Ce père de trois garçons de 9 à 17 ans raconte tout ça aux gamins qu’il croise après les représentations. Il sait ce qu’ils peuvent ressentir. « Quand je vois un ado refuser de serrer la main à une fille, ça me parle, je l’ai fait. Je sais ce qui se passe dans leur crâne.

Si je peux entrer y glisser une faille, comme ça s’est passé pour moi à l’époque… » Se sent-il investi d’une mission ?

« Non, moi, je raconte des blagues, mais je crois que ça me fait du bien de discuter avec eux. J’aimerais que quelqu’un le fasse pour mes gamins. »

Une trilogie et bientôt un film

Après « Djihad » et les mésaventures de trois jeunes paumés radicalisés, la noire « Géhenne », dans laquelle un islamiste incarcéré à vie se met à douter d’Allah, Ismaël Saidi écrit actuellement le dernier volet de ce qui sera une trilogie.

Intitulée « Eden », il s’agira d’une pièce « sur la façon d’éviter que les gens vous détestent quand vous ressemblez à des gens qui ont commis des atrocités ». Notamment en essayant de renouer. « Quand on renoue, il n’y a plus d’amalgames », estime l’auteur, qui promet que cela se terminera bien, dans le ton léger de « Djihad ».

Au même moment, en 2019, il devrait débuter le tournage de « Djihad » le long-métrage.

Approfondir votre lecture