CoVID19 et foi

En tant que citoyen, chacun d’entre nous doit se conformer aux directives sanitaires, afin de combattre le CoVID19. L’Etat nous demande de « mettre notre confiance dans la science ».
Mais comme chrétien, nous ne mettons pas notre confiance dans la seule science. Avec Saint Paul, nous pouvons aussi affirmer que « nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes ».

Vendredi saint
L’année dernière, à l’approche du Vendredi Saint, les flammes emportaient la charpente de Notre-Dame de Paris.
Cette année, c’est encore plus profondément que les chrétiens sont associés à la passion du Christ.
En chrétiens, nous tentons d’ordinaire de tenir quelques efforts de Carême.
Par la force des choses, aujourd’hui, certains s’imposent à nous.

Parole de Dieu
Parmi les premières mesures prises dans le cadre du confinement généralisé, la suppression des messes publiques a commencé à creuser notre chemin de Carême. Privés d’eucharistie, ce n’est maintenant plus que de la Parole que nous devons nous nourrir pour quelques semaines.
Quand certains font des stocks de pâtes et de riz, choisissons plutôt d’intérioriser la Parole de Dieu et de nous laisser travailler par les Ecritures.

Communion
A défaut de pouvoir communier sacramentellement (avec une hostie consacrée), il est possible de communier spirituellement devant la télévision ou l’ordinateur. L’Eglise a toujours distingué dans les sacrements le sacramentum, c’est-à-dire le signe, et la res sacramenti, c’est-à-dire la réalité que porte le sacrement.
Ainsi, si les sacrements sont le moyen voulu par Dieu pour donner sa grâce aux hommes, Dieu peut aussi, pour le plus grand bien des âmes, donner sa grâce en dehors des sacrements. La différence entre la communion sacramentelle et la communion spirituelle, est que dans cette dernière le geste n’est pas posé, mais la grâce du sacrement est accordée par Dieu. Le désir atteint la réalité sans passer par le geste.
Les fruits de cette communion spirituelle sont identiques à ceux de communion sacramentelle, à condition toutefois, comme cela est requis pour la communion sacramentelle, que la personne soit en état de grâce et que son désir soit inspiré par la foi et la charité.

Désert
Mais au-delà de la communion, n’avons-nous pas chanté il y a quelques semaines « Seigneur avec Toi nous irons au désert » ?
D’habitude si loin, ce désert relationnel est maintenant dans nos rues, dans nos villages.
Espérons qu’il ne soit pas déjà dans nos cœurs : comme nous l’a précisé notre archevêque « ne confondons pas confinement chez soi et enfermement sur soi ».
Que nos gestes barrières pour freiner la pandémie soient malgré tout associés à des paroles réconfortantes, à défaut de signes d’affection.
Tentons de remplacer la proximité physique par le souci de l’autre et des plus vulnérables dans la prise de nouvelles à distance.

Conversion
Tous ces événements doivent être lus à la lumière de ce temps de carême, sous la forme d’une invitation à la conversion. Et si cette épidémie, qui vient paralyser toute l’activité humaine au moment où l’homme se pensait en maître de l’univers, pouvait nous aider à nous tourner aussi vers Dieu ? A commencer par nous, chrétiens, qui sommes parfois contaminés par le virus de l’activisme.
L’existence humaine est une traversée que nous vivons tous de manière particulière depuis quelques semaines. La nuit de Pâques nous rappelle que nous sommes faits pour passer de la mort à la vie avec le Christ. Cette année chacun la vivra confiné dans son foyer. Mais ce sera aussi l’occasion de se sentir relié par la prière à tous les chrétiens du monde, tous confinés !

Fragilité
Si on pouvait penser il y a encore quelques semaines que notre société négligeait la vie des plus fragiles, des plus vieux, il est indéniable qu’aujourd’hui l’économie s’agenouille pour les servir et les protéger. Cela donne beaucoup d’espoir pour l’avenir ! Ainsi, on peut malgré tout louer le Seigneur pour ces moments qui nous réapprennent l’humilité, la valeur de la vie, et la faim eucharistique.

Prière
Enfin, que ce temps de ralentissement par le confinement, nous ouvre à la prière : « Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ». Entendue au début du Carême, cette invitation au confinement dans la prière résonne aujourd’hui avec force.
La communauté catholique a un rôle social à déployer au travers de la prière. Même en l’absence de messe, le travail souterrain de la prière se poursuit. Nous sommes un ferment pour accompagner ce renouveau du monde. Notre condition de chrétien ne nous dispense pas du monde, ne nous immunise pas contre lui, mais nous épousons fraternellement ses tribulations.
Notre tâche n’est pas de rester tétanisés, mais de faire ressortir le meilleur de l’Homme dans cette épreuve. C’est le travail des chrétiens, qu’ils soient confinés chez eux ou sur le front de la pandémie avec les médecins et les soignants. L’homme est toujours dans la main de Dieu et son histoire aussi. Le projet de Dieu sur l’homme demeure d’actualité, même si on pourrait penser qu’il traverse des contradictions depuis quelques semaines.

Plus encore en ce temps de crise sanitaire avec le CoVID19, comme nous y engage saint Ignace, « nous devons agir comme si tout dépendait de nous et prier en sachant que tout dépend de Dieu ».

Diacre Jérôme MUTIN