L’église Sainte-Marie-Madeleine de Linthal

 

Un peu d’histoire…

La première mention connue de Linthal remonte à 1154 et apparaît dans une charte du « Codex Guta Sintram », rédigé au couvent augustin de Schwarzenthann, près de Wintzfelden. Ce remarquable document nous apprend que Dom Berthold, prieur du chapitre de Lautenbach, céda à cette communauté de moniales un pré et deux fermes « in loco qui dicitur Lindal » (au lieu-dit Lindal). Placé sous la tutelle temporelle des chanoines de Lautenbach en 1367, le village de Linthal n’accéda au statut de commune indépendante qu’au lendemain de la Révolution Française. L’une des premières préoccupations de la jeune municipalité, présidée depuis le 15 brumaire de l’an IV (6 novembre 1795) par Jean FISCHER, fut l’édification d’un lieu de culte. Il fallut pourtant plus de quarante années de de tractations et une forte augmentation de la population (1227 habitants en 1836) pour que ce projet finisse enfin par se concrétiser.

Une jeune paroisse

Litographie ENGELMANN Père & fils – Mulhouse – 1838

C’est un décret du 13 décembre 1836 pris par le roi Louis-Philippe qui autorisa la création de la paroisse de Linthal. Le 3 janvier 1837, Monseigneur Jean-François LEPAPPE DE TREVERN, évêque de Strasbourg, nomma le premier curé, l’abbé François-Joseph SCHMIDT, natif de Berrwiller. Celui-ci conçut lui-même les plans du futur sanctuaire et s’entoura d’une véritable « armée » de 200 bénévoles, répartis en vingt sections de dix membres. Tandis que les hommes acheminaient, à l’aide de schlittes, de gros blocs de pierre depuis les hauteurs du Belchenbach, les femmes et les enfants transportaient dans des corbeilles le sable prélevé dans le cours du Klein Soultzbach, à Lautenbach.

La bénédiction de l’église, consacrée à Sainte Marie Madeleine, se déroula le 25 septembre 1838. Le jeune abbé Régnard FISCHER, petit-fils du premier maire, eut ce jour le bonheur de célébrer sa première messe. Il sera plus tard inhumé dans le cimetière du village, tout comme l’abbé SCHMIDT.

Litographie G. Bruckert – Guebwiller – 1838

Cloches et clocher

L’église était à l’origine surmontée d’un clocheton de petite dimension, adapté aux deux cloches initiales. En 1877 furent installées quatre nouvelles cloches, issues des établissements Jules ROBERT fils, d’Urville (Vosges). Mais leur poids allait détériorer le beffroi et leur carillon finit par dégrader la sonorité de l’orgue. Il fallut donc se résoudre à faire ériger en 1908 un clocher-porche d’une hauteur de 42 mètres, inauguré au cours d’une grande fête le 7 mars 1909.

L’armée allemande réquisitionna trois cloches le 19 avril 1917. Elles furent remplacées en 1924 par un nouveau carillon de quatre cloches, livré par le fondeur CAUSARD de Colmar. Le 10 janvier 1944, les deux plus grandes, dédiées à Ste Marie Madeleine et à Saint Arbogast, furent à leur tour la proie de l’occupant. Ce sont deux cloches issues des ateliers Louis BOLLEE d’Orléans qui leur succéderont, baptisées le 2 juin1950.

L’horloge : pour tout savoir sur l’horloge de 1904 des Frères UNGERER, téléchargez le fichier PDF en cliquant sur le lien suivant : Article Horloge UNGERER Eglise de LINTHAL

L’orgue

Il n’existe que peu d’informations sur le premier orgue de 1837, acquis auprès d’un dénommé STEIGER de Steinbach. L’instrument actuel est l’œuvre du facteur mosellan Frédéric VERSCHNEIDER et a été installé en juin 1862. Après la réquisition des tuyaux en 1917, l’orgue fut rénové et complété en 1924 par les ateliers BERGER de Rouffach. Il fut ensuite doté de trois nouveaux registres par l’entreprise SCHWENKEDEL entre 1927 et 1929, puis restauré en 1985 par Gaston KERN de Hattmatt (67).

Mobilier et ornements

  • La pièce maîtresse du patrimoine d’art sacré est sans aucun doute la Vierge à l’Enfant en bois polychrome, dite « Notre-Dame de la Kuppelstatt », qui orne l’autel de la Vierge, sur le côté gauche. Cette oeuvre de la Renaissance (datée 1480-1515) est issue d’un ancien oratoire situé aux avant-postes des tranchées de la Grande Guerre et a été sauvée in extrémis des destructions de l’hiver 1914.
  • Au fond de l’église, côté gauche, est présentée la seule station survivante de l’ancien Chemin de Croix de 1840, réalisé par le peintre Othmar-Eusèbe BELTZ (1764-1850), originaire de Soultz.
  • Sur la façade de ce même côté gauche se trouve le retable–tableau d’autel d’origine, « Le repas chez Simon », réalisé vers 1839 par Jules-Claude ZIEGLER (1804-1856), un artiste de renom, natif de Langres et d’ascendance mulhousienne. Il est notamment l’auteur de la monumentale fresque « L’Histoire du christianisme » qui orne la coupole de l’abside de l’église de la Madeleine à Paris.
  • L’autel de la Vierge est dominé par une toile majestueuse représentant « La remise du Rosaire à Saint François d’Assise et Saint Dominique ». Réalisé en 1856 par Henri BELTZ (1802-1869), le fils d’Othmar-Eusèbe, ce tableau offre la particularité de représenter, entre les deux religieux, l’église avec son clocher initial.
  • L’autel de Saint-Joseph est surmonté d’une autre réalisation d’Henri BELTZ, datée de la même année 1856, qui rend hommage au patron des menuisiers et charpentiers, particulièrement vénéré dans les communes forestières. « La mort de Saint-Joseph » est l’adaptation d’une œuvre du peintre baroque Giuseppe CRESPI, conservée à Saint Petersbourg.
  • Dans le chœur, le tableau de la contretable « Sainte Marie Madeleine aux pieds du Christ » a été signé en 1897 par l’artiste suisse Heinrich KEYSER (1813-1900). Ayant connu les honneurs à Milan et à Rome avant de devenir le portraitiste du pape Grégoire XVI, il sera aussi le beau-père du peintre alsacien Martin FEUERSTEIN, grand artisan de la restauration de la basilique de Thierenbach.
  • Le maître-autel et les autels latéraux, les boiseries et les stalles du chœur ainsi que le nouveau Chemin de Croix, ont été réalisés entre 1903 et 1908 par le sculpteur Paul BRUTSCHI de Ribeauvillé.
  • Les vitraux du chœur (seconde moitié du XIXe siècle), représentant Saint Pierre et Saint Paul, sont l’œuvre des verriers HOENER père et fils, précurseurs de l’Art Nouveau au sein de l’Ecole de Nancy. Les vitraux actuels de la nef, dus aux ateliers OTT Frères de Strasbourg, ont remplacé en 1938 les verres ordinaires d’origine. Financés par souscription, ils évoquent la vie de huit saints particulièrement vénérés en Alsace.

La Chapelle Notre Dame des sept douleurs

Notre Dame des 7 douleurs à Linthal 68610

La chapelle Sainte Marie Madeleine de Linthal  a très certainement été construite à l’issue de la dévastatrice Guerre de Trente Ans (1618-1648), au cœur de l’Oberdorf, près du « Dorfplatz » de l’ancien village originel. Il est possible que sa réalisation soit consécutive à un vœu prononcé par les survivants de cette ère de destructions, de famine et d’épidémies : il s’agirait ainsi d’une chapelle votive.

La cloche du campanile hexagonal a été coulée en 1655 par le fondeur bâlois Hans Ulrich RODT à la demande du chapitre de Lautenbach. Ses parrains sont Theobald RITTER et Andreas CLAD (orthographié GLOD, transition phonétique de l’origine lorraine de ce patronyme : CLAUDE/CLAUDEL). Elle est aujourd’hui la plus ancienne cloche en activité du Florival.

Le 22 juillet 1666, jour de fête de sa patronne, y est célébré le mariage du tailleur Joseph VETTER, natif de Schlanders, dans le HautAdige, et de Marguerite RAGOTT, fille du maçon Jean RAGOTT dont la famille est originaire de Chur dans les Grisons. Nous sommes alors en pleine période d’immigration lorraine, suisse et autrichienne encouragée par Louis XIV et la Couronne de France.

Le choeur de la chapelle

Comme en témoigne la date gravée dans le linteau de la porte d’entrée, la chapelle a été remaniée (peut-être agrandie ?) en 1761, en prévision de la grande Mission de 1762 chargée d’affermir la foi des paroissiens du Chapitre.

 

 

La Croix de Mission (1762)

LeChrist en Croix monumental, en bois initialement polychrome, qui surplombe l’entrée a été sculpté pour ce temps fort spirituel d’une durée de quatre semaines.

Le mobilier du lieu de culte date de cette même seconde moitié du XVIIIe siècle, avec une remarquable Piéta en bois polychrome, l’ancien tableau d’autel représentant la Crucifixion avec Ste Marie Madeleine aux pieds de la Croix et un ensemble de quatre toiles réalisées en 1768 par le peintre d’origine morave Anton NEYSSER, installé à Soultz : la Vierge de l’Immaculée Conception – Saint Joseph, patron des charpentiers, particulièrement vénéré dans les communes forestières – Saint Gangolph et  son proche pèlerinage de Schweighouse – Sainte Apolline, patronne des chirurgiens-dentistes.

La Piéta (XVIIIe s.)

Saint Gangolph et Sainte Appoline (Anton NEYSSER – 1764)

Au début du XIXe siècle, la jeune commune de Linthal issue de la Révolution envisagea d’agrandir la chapelle afin de la transformer en église paroissiale. Mais l’accroissement démographique consécutif à l’essor industriel incita la nouvelle paroisse, fondée en 1836, à faire le choix de la construction d’une vaste église dans le bas du village, elle aussi consacrée à Sainte Marie Madeleine.

La chapelle fut alors placée sous la protection de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, peut-être par référence à ses origines enracinées dans le deuil et les souffrances des rescapés de la Guerre de Trente Ans.

Le culte rendu à la « Mater Dolorosa » est né en 1221, au monastère de Schönau (Forêt-Noire). Les Sept Douleurs de Marie sont :

  • La prophétie de Siméon (Lc 2, 34-35)
  • La fuite de la Sainte Famille en Egypte (Mat 2, 1321)
  • La disparition de Jésus pendant trois jours au temple (Lc 2, 41-51)
  • La rencontre de Marie et Jésus sur la « Via crucis » (Lc 23, 27-31)
  • Marie au pied de la Croix face aux souffrances et à la mort de Jésus (Jn 19, 25-27) 
  • Marie recueillant son Fils lors de la Descente de Croix (Mat 27, 57-59)
  • Marie abandonnant le corps de son Fils lors de la mise au tombeau (Jn 19, 40-42).

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est souvent représentée avec sept glaives transperçant le cœur. Elle est la sainte patronne de la Slovaquie.

Au fil des ans, l’état du sanctuaire allait se dégrader de manière dramatique : une rénovation complète fut entreprise entre 1980 et 1983 à l’initiative d’une équipe de volontaires constituée à l’initiative de Louis MARCK, président du Conseil de Fabrique, et de Daniel HEID, soutenue par la commune dirigée par le maire Lucien MARTIN, puis par son successeur Vincent DENINGER. Au terme de 2400 heures de travail bénévole, la chapelle rénovée a pu être bénite le

29 mai 1983 par l’abbé Robert DENNINGER, prêtre retraité remplaçant Monsieur le curé François-Xavier MICLO, souffrant.

Depuis sa restauration, la chapelle poursuit sa mission paisible au cœur de la vie cultuelle et culturelle locale : messe annuelle aux abords de la fête de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (15 septembre), quelques mariages et baptêmes, des temps forts de catéchèse des enfants, des concerts dans le cadre des animations estivales, des valorisations historiques lors des Journées du Patrimoine, de la Marche Populaire ou de visites guidées à la demande.

De nouveaux projets sont actuellement envisagés, en partenariat avec la Pastorale des Réalités du Tourisme et des Loisirs (PRTL) du diocèse de Strasbourg, afin de redonner vie et âme à ce lieu d’art et histoire, de dévotion et de recueillement, de mémoire et de sérénité…