Le presbytère de Berrwiller

Le voilà préservé, notre presbytère, joyau de notre patrimoine !

Construit  en 1732, il y a près de trois siècles, inhabité depuis 2014, autorisé à la désaffectation, notre ancien presbytère va pouvoir revivre.

Son histoire commence par une contribution paradoxale, celle des descendants  des Waldner von Freundstein, luthériens, à la construction d’une  demeure digne du prêtre qui desservirait les villages  de Berrwiller  et  Bertschwiller : ils autorisèrent  en 1718 l’utilisation des pierres de leur château, le Weckenthal, incendié un siècle plus tôt, tombé en ruines, et participèrent  au financement du chantier à côté de l’église qui renfermait les tombes d’une partie de leur famille. A vrai dire, en tant que « seigneurs décimateurs », ce n’était qu’un juste retour des choses puisqu’ils étaient chargés de prélever la dîme, l’impôt ecclésial.

L’édification de notre « Pfarrhaus », comme celle de  notre église, remonte donc au règne de Louis XV, en territoire français depuis bientôt un siècle, alors que la vie paroissiale dépendait encore de l’archevêché de Bâle. ….

La quiétude fut de courte durée : son cinquième occupant, le curé Jean-Pierre Dietrich, en place depuis dix-sept ans, fut délogé par la Révolution. Il était « prêtre réfractaire », c’est-à-dire ayant refusé de se soumettre à la « Constitution civile du clergé », et fut remplacé par le capucin François Bathélémy Bernou qui s’était soumis aux « lois du peuple ». Pendant cette période le presbytère fut vendu le 27 ventose de l’an 7 (17 mars 1797) à Jean Fury. Ayant repris sa charge en 1795, le curé Dietrich fut hébergé ailleurs dans le village, chez son beau-frère. Mais dès 1818 la commune pu le reloger, le propriétaire transitoire, ruiné, étant acculé à lui revendre la maison curiale. Ce rachat fut financé, en partie,  par la vente  de deux vieilles bâtisses communales sises au n° 62, rue d’Or qui devint terrain de construction de  l’épicerie Jaeggy, un temps convertie en cabinet médical de 1978 à 1984,  et au n° 63 qui devint « la forge Muller » . Plutôt épargné par les deux guerres mondiales, régulièrement entretenu par la mairie et le conseil de fabrique, le presbytère  avait été ravalé et son toit rénové en 1980; et son aménagement intérieur avait bénéficié d’une remise aux normes en 1990.

Depuis le curé Jean-Georges Schmidlin, ce furent trente-trois curés qui occupèrent les lieux,  (sans compter les trois vicaires- la charge des confesses et visites de malades de plus de  900 paroissiens assidus l’imposait -, et  sans dénombrer les gouvernantes et aides aux prêtres y ayant servi…) Le dernier d’entre eux, l’abbé Aldo Solagna, y demeura 23 ans, de 1991 à 2014, y compris pendant ses quinze années de retraite. Le village lui avait aménagé le rez-de-chaussée de cette immense maison (r-d-ch. et étage de 150 m2 chacun, plus cave et grenier tout aussi vastes). Il en occupait surtout la grande pièce, celle qui recevait jadis les repas de fêtes patronales et de visites épiscopales, transformée en un bureau imposant doté d’une bibliothèque éclectique et bilingue, imprégné d’une odeur de mécarillos, qui reste dans les souvenirs de tous ceux qui ont connu ces dernières années de la « maison curiale »

Vide désormais, ingérable par la commune en tant que propriété, menacé d’une rapide dégradation, le salut de ce presbytère relevait de la prise en charge par un particulier.

La procédure de désaffectation sera donc menée conjointement par la Commune, le Conseil de Fabrique, le Chancelier de l’Archevêché et le Préfet, aboutissant à l’arrêté préfectoral du 16 juillet 2019. L’acte de vente du bien communal précise que, quelle que soit la destinée du bâtiment, les futurs propriétaires devront assurer le respect de la façade ouest et le caractère du jardin presbytéral. Signé le 13 novembre 2019  par le maire Fabian Jordan et l’acquéreur Bruno Melillo, il confiait  donc « la maison des curés » à un enfant du village. Le treillage fleuri de la pergola ombrageant l’entrée et le  chemin vers la sacristie, l’allure de l’imposante bâtisse XVIIIe appartiennent désormais à notre patrimoine, à notre histoire.

Et maintenant, un nouveau presbytère plus adéquat.

C’est le Concordat conclu en 1801 entre Napoléon (alors Premier Consul) et le pape Pie VII qui décidera de la suite : conformément à la règlementation en vigueur dans les départements concordataires, en compensation de la désaffectation d’un ancien presbytère, inadapté, et pour la continuité de la vie paroissiale, la commune mettra des locaux adaptés à disposition du Conseil de Fabrique de la paroisse ( en l’occurrence situés dans la maison au 25 rue d’Or, contigüe et appartenant à la mairie). Dans la partie attribuée à la paroisse , une surface de 35m2 au rez-de-chaussée  est destinée à une salle de réunion et salle d’archives ( entrée à l’arrière de la maison), et le petit logement de type F2  aménagé sur 30m2 à l’étage est destiné à un prêtre desservant  la paroisse, ou de passage. Comme précédemment, la Commune reste propriétaire des locaux, et la Fabrique de l’église en dispose, mais en assume l’aménagement. Les travaux devaient se terminer courant 2020. Sans aucun doute, comme pour son église, Sainte Brigide y pourvoira pour le mieux…en dépit d’une épidémie de Covid 19 qui restera elle aussi dans les annales du village !