Homélie abbé Martz – Baptême du Christ

Les baptêmes d’enfants d’âge scolaire se multiplient et c’est une nouveauté. Il y a encore une génération de cela, le baptême des bébés allait de soi. Aujourd’hui, des parents veulent parfois que les enfants choisissent et attendent qu’ils soient plus grands. Et, si l’on remonte encore deux générations avant, dans les années 50/60, quasi tous les bébés étaient baptisés aussitôt nés à l’Hôpital.

Pourquoi ces changements en l’espace de quelques générations ? Ce n’est pas seulement parce que l’indifférence religieuse a augmenté. C’est aussi parce que notre théologie, c’est-à-dire, notre discours sur Dieu s’est affiné.

Longtemps, dominait une caricature d’un Dieu en colère, vouant tous les humains à la condamnation à cause d’un péché originel dont nous ne sommes ni conscients ni responsables. Aujourd’hui, nous voyons Dieu d’abord comme le Créateur de la Vie, celui qui, par amour, nous appelle à la vie. Une vie non seulement biologique, bios en grec, mais plus à partager son Bonheur éternel, Zoé en grec, selon les mots utilisé les évangélistes.

Essayons de comprendre à partir du récit du baptême de Jésus dans le Jourdain selon St Marc que je viens de lire. Pourquoi Jésus se laisse-t-il baptiser par Jean alors qu’il est sans péché ! Si c’était un baptême de purification, n’est-ce pas lui qui devait baptiser Jean ?

L’enfant, né de Marie dans la discrétion de la crèche et élevé dans le silence de la petite bourgade de Nazareth, par son baptême change de statut. L’Esprit Saint vient demeurer sur lui, la Puissance de Dieu vient l’investir. La voix venue du Ciel le désigne publiquement comme le Fils Bien Aimé, le Messie de toutes les nations qui sont sous le Ciel…

Je ne sais pas si le petit enfant Jésus avait conscience de son incroyable mission mais il est sûr qu’il en prend vraiment conscience à ce moment-là. Le baptême est le point de départ de sa vie publique, de sa prédication et de ses miracles.

Est-ce que tous ceux qui étaient présent s au Jourdain ce jour-là ont entendu la Voix venue des Cieux, est-ce tous ont vu l’Esprit descendre comme une colombe ? Était-ce une expérience mystique intérieure à Jésus ? Peu importe ! L’Esprit de Dieu lui fait comprendre, à ce moment-là, sa vocation unique : il est le Fils, appelé à rassembler l’humanité dans l’unité de son Corps qui est l’Eglise et cela, pour élever tous les hommes et les femmes à la Dignité de Fils de Dieu.

Le Baptême des adultes comme des enfants voyons le baptême le sous cet angle. Nous le verrons autrement que comme la levée d’une malédiction ou une simple protection contre des forces mauvaises. Au baptême nous est révélé notre vraie vocation humaine : vivre dans la lumière de Dieu et être hériter de la vie même de Dieu…

Parfois, au moment de la préparation des baptêmes, les parents me disent : « On veut qu’il, ou elle, soit baptisé pour être protégé. »

Depuis de longs siècles, les chrétiens ont pris l’habitude de penser que le baptême remet le péché originel et sauve de la damnation ceux qui, sans ce baptême en Jésus Christ, y seraient voués. Avec la peur que, pour les nouveau-nés morts sans baptême, le Ciel reste fermé, que leur serait juste ouvert un étage en dessous : les Limbes.

C’est vrai que le baptême remet les péchés. Vous seriez un criminel génocidaire, le baptême vous purifierait de votre péché. A condition qu’il soit le fruit d’un regret et d’une conversion sincère à l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ.

C’est vrai qu’un enfant, même nouveau-né porte déjà en lui, le lourd passif barbare d’une humanité pas encore très évoluée. Mais nous ne pouvons pas réduire le baptême à une simple purification.  Jésus n’avait pas besoin de purification. Le Baptême était en quelque sorte son élévation à la dignité de Fils de Dieu, sa pleine prise de conscience de la mission sublime que les prophètes avaient annoncée.

De la même façon, le baptême d’un enfant ou d’un adulte aujourd’hui, même s’il sous-entend une conversion, il est d’abord être choisi par Dieu : il est  une élection à la Dignité de Fils de Dieu, dans le Corps qui est l’Eglise.

C’est pourquoi, dans l’Eglise, depuis toujours, les parents chrétiens n’hésitent pas à baptiser les enfants : tout-petits ou d’âge scolaire. A condition qu’ils soient décidés, ou au-moins que leur parrain ou marraine soit décidé, à les élever chrétiennement. C’est-à-dire à la hauteur de cette élection et cette dignité conférée par le baptême.  Chaque enfant, même le plus modeste, doit être élevé comme un aristocrate de la vie spirituelle. Chaque enfant porte en lui un potentiel infini.

Amen