Homélie abbé Martz – 4ème dimanche de l’Avent

Réveillez-vous, convertissez-vous, réjouissez-vous, faites silence : souvenez-vous… ce sont les verbes correspondants aux quatre dimanches de l’Avent. Nous sommes le quatrième.

« Faites silence ». Dans le bruit extérieur ou intérieur, l’Esprit ne peut pas recréer en vous l’homme nouveau.

Nous venons de lire, dans l’Evangile, le récit de l’Annonciation. Il y a deux acteurs : Marie et la Puissance du Très haut, l’Esprit Saint.  Souvenons-nous des premières lignes de la Bible. Il est écrit que : « L’Esprit de Dieu planait sur les eaux de la création comme un oiseau couve sa nichée. » Cette même image est reprise au début du Nouveau Testament. Ce même Esprit couvre Marie de son ombre pour faire naitre en elle l’enfant divin, la nouvelle création.

Cela a été possible grâce au silence intérieur de Marie. Elle parle peu.  Dans le texte ides quatre évangiles, on n’entend parler Marie que dans quatre circonstances :

– à l’ange tout d’abord (Lc 1, 34), et seulement lorsque celui-ci lui eut adressé la parole par deux fois ;

– en second lieu à Elizabeth, lorsque la voix de sa salutation fit tressaillir Jean dans le sein maternel, et que, exaltée par sa cousine, elle se préoccupa bien plus d’exalter le Seigneur (Lc 1, 39-55)

– la troisième fois, ce fut à son fils alors âgé de douze ans, pour lui dire que son père et elle l’avaient cherché dans l’angoisse (Lc 2, 48) ;

– quatrièmement à Cana, à son Fils et aux serviteurs. Et, en cette occasion, ses paroles furent un témoignage évident de sa bonté innée et de sa virginale délicatesse : faisant sienne la confusion d’autrui (Jn 2, 3). […]

Se discipliner pour ne pas parler trop et à mauvais escient est une grande voie vers la transformation intérieure. Pour ma part, j’aime à rapprocher la figure du Bouddha et de Marie. Le même sourire. La même expression d’un esprit purifié et non agité par la passion. A tel point que l’image de Marie me semble, dans l’art, l’équivalent occidental de la figure du Bouddha en Asie.

Bouddha, le Délivré, Marie la Vierge immaculée : de leur sourire rayonne un silence imposant. Bouddha arrive au silence par une longue recherche et l’effort juste.

Marie arrive au silence intérieur et profond par la grâce de Dieu et la foi confiante : deux démarches, deux regards pas forcément incompatibles Deux façons de voir l’évolution spirituelle. A partir d’en-bas, de l’homme, pour ce qui est de Bouddha ; A partir d’En-Haut, de l’Esprit Saint qui élève, attire et fait le travail en nous, pour ce qui est de Marie.

L’Esprit Saint a été associé à la figure de Marie. Ce n’est pas hasard car en araméen, en hébreux, en syriaque, Ruah, le mot que nous traduisons par Esprit Saint est un féminin.

Marie n’a jamais pris la posture du lotus. Mais la méditation n’est pas qu’un exercice sur un coussin. Elle est avant tout un état d’esprit. Elle est l’exercice quotidien du silence. Marie la Silencieuse, Marie Vierge de tout ego démesuré, trouve le vrai silence intérieur. Et dans ce vide laissé par le silence, l’Esprit saint, la divine douceur, la divine Force peut agir, donner naissance…

Jean Paul II, grand disciple de la Vierge, définit ainsi la dévotion mariale : « La dévotion mariale authentique pousse à une affection filiale envers la Vierge et suscite la ferme décision d’imiter ses vertus. » La fonction maternelle étant aussi une fonction d’éducatrice, Marie est une éducatrice pour nous. C’est en imitant son silence ouvert, sa disponibilité à l’imprévu de Dieu, que nous devenons aussi des chrétiens, autres Christs, habités et mus par l’Esprit Saint, la divine Douceur, la divine Force… C’est pourquoi je terminerai avec cette prière de St François de Sales : «Prie donc pour demander la grâce du vrai silence dont Marie a le secret, elle qui conservait tous ses souvenirs et les méditait dans son cœur. Dieu est silence. Sa Parole toute-puissante nous est venue de son silence paisible. Tu sais que « le bien ne fait pas de bruit et que le bruit ne fait pas de bien »