Homélie abbé Martz – Tous les Saints

La Toussaint

Je résumerai mon propos par cette question : la sainteté est-elle pour un petit groupe de modèles de perfection, ou est-elle pour tous ?

Le Livre de l’Apocalypse, mot qui signifie dévoilement, révélation, donne une réponse : « Et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. »

De qui est-elle composée, cette foule immense ? Les nombre des saints canonisés commence à ressembler à une foule immense. Lors des trente dernières années, la Congrégations a produit plus de saints que durant les trois siècles précédents : 500 depuis 1978, contre 302 entre 1574 et 1978. Avec 482 canonisations entre 1978 et 2005, Saint Jean-Paul II, lui-même canonisé, s’affirme un champion de la canonisation. Quand on connait les procédures de la Sacrée Congrégation pour les Causes des Saints, on se dit qu’il faut être parfait pour être un saint. Dans l’Eglise catholique, seul le pape a le pouvoir de canoniser une personne. Si être connu par le pape est déjà un exploit, ensuite il faut passer des enquêtes longues et minutieuses auprès de la Congrégation des causes des saints, qui se tient au Vatican. On fouille dans les moindres indices de sa vie pour voir s’il ne traine aucune casserole, s’il est a pratiqué toutes les vertus. Précision importante : il n’y a ni béatification, ni canonisation sans au moins deux miracles. C’est pourquoi un groupe de médecins et de théologiens se penche sur des actes prétendument miraculeux. Longues enquêtes de centaines de dossiers… Cela peut être redoutable.

Marthe ROBIN, la mystique fondatrice des Foyers de Charité sera-t-elle canonisée un jour ? Alors qu’un livre récent l’accuse d’avoir été une simulatrice ? Le dossier n’est pas clos.  Pour Jean Vanier, c’est sûr, il ne sera pas canonisé. Un saint, quelles que soient les œuvres par ailleurs magnifiques qu’il a accomplies, pour être canonisé ou modélisé, doit avoir zéro défaut !

La parole du Christ, « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus », semble se rapporter à la sainteté des « modèles » plutôt qu’à la sainteté universelle. Car un saint ne peut-il donc pas avoir eu des défauts ? La sainteté n’est-elle pas dans un engagement sincère envers Dieu, dans la réponse à un appel, dans un processus de croissance spirituelle jamais abouti en cette vie ?

Le grand bibliste juif André CHOURAQUI, dans sa traduction des Béatitudes proposait : « En marche, les pauvres de Cœur, en marche les affamés de justice… » Oui, la sainteté n’est-elle pas d’être en marche ?

Aux premiers âges du christianisme, l’expression « les saints », servait à désigner l’ensemble des chrétiens. De nos jours, l’abandon radical de la foi et de la pratique par certains baptisés ne nous permet plus de désigner chaque baptisé comme un « saint ». Il reste malgré tout possible de désigner ainsi les baptisés qui vivent l’appel de leur baptême. Qui sont « en marche » à la suite du Christ. La route est faite de chutes et de rechutes, de passages par le doute et le découragement, parfois de péchés graves. Pécher, c’est rater son but. Se convertir, c’est aussitôt se retourner vers Dieu. La pureté n’est pas dans la perfection mais dans la sincérité de notre orientation vers Dieu, vers le Bien suprême. Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.

La sainteté c’est tomber et toujours se relever. Car la vraie sainteté consiste à surmonter ses défauts, à évoluer et se convertir à Dieu tout au long de sa vie. Et pour cela, il faut, non pas nous réjouir des chutes des autres mais s’entraider à se relever :  par l’exemple, la prière, la charité fraternelle.  Et c’est ainsi que nous pourrons parler de « communion des saints ». Un article de nos symboles de foi. La communion de ceux qui sont au Ciel, et de ceux sont qui sont en marche sur la terre, même de ceux qui, déjà morts sont encore en état de purification.

La société civile prend de mieux mieux conscience de la nécessité d’accompagner les malades jusqu’à leur mort. Et c’est bien. Le confinement et l’urgence sanitaire, en outre, a fait comprendre que les familles et proches avaient besoin d’une cérémonie digne pour prendre congé. Et c’est bien. Si nous partons du point de vue que notre âme spirituelle ne meurt pas, l’accompagnement se prolonge encore après les obsèques.  Nous pouvons offrir pour nos défunts une prière, un jeune, un acte de charité. Faire célébrer une messe.

La mort est souvent représentée comme l’entrée dans un grand repos ou un grand sommeil : « Heureux, dès à présent, les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes les suivent ! » (Apocalypse 14,13).

Nos actes nous suivent, cependant. Nos actes, c’est-à-dire tous les choix que nous avons posés dans l’intimité de notre cœur tout au long de la vie. Ils n’ont pas toujours été parfaits. L’Eglise enseigne que pour ceux qui meurent dans le Seigneur, ceux qui ont fait le choix définitif de l’Amour, l’amour de Dieu va achever leur purification après la mort. Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Elle nous permet d’espérer le salut et la vision de Dieu pour tous

Nous espérons que nos parents, grand parents, oncles, tantes et autres, avec nous-même, feront partie de la Grande Communion finale en Christ, quand il remettra tout à son Père.