Homélie abbé Martz – 30ième dimanche ordinaire

Anniversaire de la Dédicace

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ».

Dans notre liturgie, chaque dernier dimanche d’Octobre est l’occasion de faire mémoire de la Dédicace de nos églises. La Dédicace est la cérémonie de consécration d’un édifice religieux, son véritable acte de naissance. Notre église a été dédicacée au culte en 1900, il y a donc 120 ans. 120 ans où le monde a changé. Nos ancêtres dans la foi ont fait construire un édifice immense et majestueux. Plus tard, un curé de Colmar y a dépensé une part de sa fortune en y faisant ériger un Maître Autel non moins majestueux. Pour la plus grande Gloire de Dieu.

Souvenez-vous de la première lecture de dimanche dernier. Le Seigneur des mondes dit par la bouche d’Isaïe son prophète : « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. »

« C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. A lui la Gloire dans tous les siècles !  Amen ! …A Dieu, seul sage, soit la gloire aux siècles des siècles, par Jésus-Christ !  Amen ! » proclame Saint Paul dans sa Lettre aux Romains

 

L’amour de Dieu est à la dimension de Dieu, infini. On s’y perd soi-même. Et Saint Irénée de Lyon, a cette magnifique formule : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. »

La vie de l’homme c’est la gloire de Dieu. Si l’homme a inventé la musique, s’il a construit les cathédrales, c’est parce qu’il y en l’homme une attirance vers le divin, vers ce qui nous dépasse et nous attire au-delà de notre petit moi. L’homme est fait pour s’accomplir au-delà de lui-même dans l’union à Dieu. Le cœur de l’Homme est tendu vers Dieu. Il y a en chacun un besoin d’adoration, un besoin de tout consacrer à Dieu, cœur, corps et âme comme en réponse au don de notre vie …

Et c’est l’icône de la charité, Mère Teresa qui dit : « Je fais une heure d’adoration tous les jours en présence de Jésus au Saint-Sacrement. Toutes mes Sœurs Missionnaires de la Charité font aussi leur heure d’adoration. D’après nous, grâce à cette heure d’adoration quotidienne, notre amour pour Jésus devient plus intime, notre amour les unes pour les autres plus signifiant et notre amour pour les pauvres, plus compatissant. »

 Durant le confinement, nous avons inventé des alternatives à la poignée de main. Et j’aime dire bonjour en joignant les mains à hauteur de la poitrine. On dit que ça veut dire : « je salue Dieu présent en toi. Prenez soin de Dieu dans les autres. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », dit le Christ.  Aimer signifie demeurer attentif à la souffrance des autres et leur apporter une aide selon notre compétence, les respecter.  Notre prochain, c’est-à-dire, celui que la vie a placé à côté de nous sans que nous l’ayons forcément choisi, n’est pas toujours attirant. Il n’est pas forcément gentil avec nous. Il peut être un obstacle pour nos projets, nos ambitions. C’est pourquoi l’amour du prochain découle de l’amour reçu de Dieu. C’est parce que je me sens profondément reconnaissant envers Dieu que je peux aimer mon prochain. Comme moi-même. Ce « comme toi-même » signifie qu’il y a une limite dans le don de soi. « Prenez soin de vous », est depuis la COVID, une magnifique formule de politesse. Cela étonne parfois mais prendre soin de soi fait partie du grand commandement.

L’amour de l’Eternel, de Celui dont la majesté éclate dans les espaces infinis comme dans la moindre parcelle de vie donne sa vraie consistance à l’amour du prochain comme à l’amour de soi. Et j’ajouterai à l’amour de toute vie.

 « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ».  Peut-on tuer par amour pour Dieu ? Pour venger l’honneur de Dieu ? Ce sont des problématiques bien actuelles ces jours-ci.

Sur ces questions très actuelles, on sait que le Premier Testament ne répond pas de la même manière que le nouveau. Jésus n’a pas pris le parti des Zélotes, ces juifs pieux qui faisaient la guérilla aux Romains et qui, par leur obstination, ont entrainé la violence des armées romaines, la destruction de Jérusalem et du Temple. Souvenons-nous de la phrase du Christ dans l’Evangile, au moment de son arrestation à Gethsémani, lorsqu’un de ses disciples tranche l’oreille d’un garde : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. » La résolution violente des conflits entraine le cycle de la violence.