Homélie abbé Martz – 29ème dimanche ordinaire

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

La réponse de Jésus est habile. Ses adversaires le piègent. S’il dit qu’il faut payer l’impôt à l’Empereur, il est un traitre à la cause des juifs, s’il dit qu’il ne faut pas le payer, il devient un rebelle aux yeux des romains. Jésus retourne contre eux leur piège : sur la pièce de monnaie qu’ils ont en poche est gravée l’image idolâtre de l’empereur.  Et Jésus a cette réplique célèbre : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cette parole à mettre en rapport avec celles du prophète Isaïe :

« Dieu dit au roi Cyrus « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre :

hors moi, pas de Dieu.
Je t’ai rendu puissant,
alors que tu ne me connaissais pas,
pour que l’on sache, de l’orient à l’occident,
qu’il n’y a rien en dehors de moi.
Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. »

Le César, fut-il pdt de la République, n’est pas Dieu. Il ne dit pas la vérité ultime et absolue. Et l’Eglise aura toujours à témoigner de l’absolu de Dieu. D’où ces chrétiens des premiers siècles qui ont été martyrisé parce qu’ils refusaient d’offrir un sacrifice à l’Empereur comme s’il était Dieu. Dieu est plus grand, Dieu est toujours plus grand.

Si aucun Etat, aucune République n’est un absolu. Il y a chez les chrétiens, une tradition d’obéissance aux autorités civiles même quand celles-ci ne partagent pas notre foi. Comme le prophète Isaïe qui n’hésite pas appeler Messie, le roi perse Cyrus, nous pouvons considérer qu’une autorité qui promeut le bien et qui respecte l’Eglise, est l’instrument de Dieu. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » : on invoque cette parole pour justifier la distinction, commune en chrétienté, entre le pouvoir politique et l’autorité religieuse. Durant tout le temps de la chrétienté, qui commence avec les empereurs romains chrétiens et qui s’est prolongé jusqu’à l’époque contemporaine, il y a une volonté de séparation des pouvoirs. L’autorité religieuse ne se confond pas avec l’autorité politique. Ce qui n’empêche pas le pouvoir de promouvoir les valeurs chrétiennes.

Après les guerres de religions, peu à peu, les Etat modernes se définiront comme laïcs. L’Etat accorde les mêmes droits aux catholiques, aux protestants, aux juifs et même aux athées. L’Etat définit les lois qui s’imposent à ses citoyens. Cela marchait assez bien tant que ces citoyens, de culture chrétienne, s’accordaient tous sur les valeurs essentielles, de ce qui est bon et ce qui est mal. Ce n’est plus le cas. Prenons un exemple facile. L’avortement, liberté essentielle et fondamentale pour certains féministes, est un crime du point de vue des chrétiens. C’est souvent autour de ce qu’on appelle les sujets de société : féminisme, mixité, défense de la vie, politique familiale. La fragmentation actuelle de la société en communautés promouvant des valeurs opposées est un vrai danger pour la cohésion de nos sociétés.

C’est aussi un danger pour la cohésion de l’Eglise, les catholiques influencés par d’autres discours, se divisent parfois. « Hors moi pas de Dieu ».  Lui seul est la Vérité.  Aucun humain ne peut prétendre la posséder.

Le débat, le dialogue est utile et fécond, à condition qu’il soit illuminé par la recherche de la Vérité et non par l’intérêt personnel. « Hors moi pas de Dieu », dit le Seigneur. Il n’y a pas plusieurs dieux, il n’y a pas plusieurs morales. Il n’y a pas plusieurs vérités.

D’ailleurs, la morale chrétienne n’est pas celle d’une communauté particulière. Elle se veut l’expression de ce qui convient à la nature humaine, du bien commun. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu : cela peut signifier promouvoir les valeurs chrétiennes dans tous les domaines, s’engager pour les défendre. Nous avons reçu ce talent. Nous ne pouvons pas l’enterrer. Nous devons le rendre à Dieu en lui ayant fait porter du fruit. C’est notre manière à tous d’être missionnaires.