Homélie abbé Martz – 27ème dimanche ordinaire

Parabole des vignerons homicides

Nous venons de vivre plusieurs élections. Parmi les candidats, il y a des chrétiens pratiquants et c’est heureux. Le chrétien ne peut pas se désintéresser de la vie publique, se renfermer sur sa petite religion privée. Chaque baptisé devient prophète envoyé au monde. Avec le risque de rejet et nous savons que, quand un homme public se revendique explicitement de son appartenance à l’Église, il risque justement de revivre l’histoire des prophètes.

Celle que nous raconte la parabole de ce dimanche.

Le propriétaire de la vigne est Dieu. Il envoie plusieurs serviteurs pour prendre le fruit de la récolte. Ces serviteurs, ce sont les prophètes. Et le Fils, c’est Jésus le Messie.

La parabole que rapporte saint Matthieu s’adresse aux chefs du peuple juif. Elle a un accent polémique. Chaque fois que le peuple juif se rebelle contre Dieu, tombait dans l’idolâtrie ou dans l’injustice, Dieu lui envoyait un prophète. Hélas, le prophète est rarement accueilli en héros, il dérange, il est persécuté. L’histoire tragique des prophètes persécutés sera aussi celle du Fils du Maître de la vigne. Il sera torturé, humilié et crucifié mais le troisième jour, il ressuscitera et sera la pierre d’angle de la nouvelle création, la Pierre d’angle de l’Église nouvelle.

Comment faire notre cette parabole aujourd’hui ?

L’histoire de l’humanité entière se reflète dans cette parabole. Chaque fois que l’humanité, gardienne de la vigne de la création, en fait à sa tête et méprise les lois divines, Dieu lui envoie un prophète. Le prophète appelle à une conversion. Les hommes se moquent de lui et finalement l’éliminent.

Aujourd’hui, au nom d’une concurrence sauvage entre les humains, les ressources de la planète sont pillées. On consacre plus d’argent à l’armement qu’à la replantation des forêts détruites au nom d’intérêts à court terme. Les lois qui fondent la famille, le couple homme -femme, leur autorité sur les enfants sont déconstruites peu à peu. Les religions sont même considérées comme des obstacles à un soi-disant progrès. Le pape Jean-Paul II parlait de structures de péché. Elles font tellement corps avec nos systèmes politiques et sociaux qu’il est difficile de les réformer.

Le monde attend des prophètes.  Alors, Frères et sœurs, n’oublions pas que l’Église est un peuple de prophètes. Chaque baptisé est consacré prêtre, prophète et roi par le saint Chrême. Nous avons donc une mission auprès de nos contemporains. Souvent, on nous dit : il faut l’Église se mette à la page, qu’elle retarde, que le monde a changé. Et nous courrons le risque de mépriser la sagesse de notre propre tradition. Il est normal qu’il y ait un décalage entre les mœurs chrétiennes et les mœurs du monde. Sinon, comment serions-nous prophétiques ?

Quant à Jésus, il n’est pas qu’un simple prophète d’autrefois dont nous conservons le souvenir et les enseignements. Le Christ Jésus est la Pierre angulaire de l’Église. Le Christ est celui par lequel, Dieu, l’invisible se rend visible et proche. Il est le sacrement de Dieu, celui par qui Dieu nous communique sa vie, sa grâce, son Esprit. Car sans Dieu, nous ne pouvons rien faire. Sans son inspiration, nous ne pourrons rien faire. Car ne l’oublions pas, le prophète, suscite de l’opposition.

Dans les sacrements, en particulier dans l’Eucharistie, il y a comme une transfusion de vie divine. Si nous sommes branchés sur la vigne du Christ, si son Esprit d’amour est la sève qui coule en nous, nous aurons du charisme. Chacun le sien. Chacun est différent, chacun a son rôle dans la vigne de l’Église, dans la vigne du monde. Chacun doit offrir un fruit qui plaise à Dieu et qui soit digne des grâces immenses que l’humanité a reçues.