Homélie abbé Martz – 26ème dimanche ordinaire

Aujourd’hui, c’est encore une parabole qui nous est proposée. A nouveau, pas besoin d’avoir étudié l’archéologie du Proche Orient Antique, de parler l’hébreux et l’araméen pour comprendre cette parabole. Tout un chacun peut en retenir et en comprendre la sagesse.

Ici, c’est Matthieu, le collecteur d’impôt devenu apôtre du Christ qui invective les juifs observants de son temps : « Vous, vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. » Lui, le collecteur d’impôt, réputé être malhonnête et intraitable avec les contribuables, s’est levé de son comptoir pour suivre le Christ. Il avait dit non. Il a dit oui.

Le message est facile : il vaut mieux faire que dire : dire non et y aller quand même, vaut mieux que dire un oui de façade et penser non.  Je vois un autre message encore. Quand on a dit oui, il est important de persévérer dans le oui et ce n’est pas facile.

Vous êtes venus à cette messe de rentrée.

Une invitation a été lancée. Certains ont dit oui à l’invitation de la paroisse. D’autres ont dit non. Parce qu’ils ne voient pas ce que la messe leur apporterait. Parce qu’ils pensent avoir mieux à faire. Parce que la foi chrétienne ne leur parle plus et qu’ils ont bricolé leur spiritualité personnelle.

Parmi vous, il y a ceux qui ont dit oui, juste pour cette messe. A eux, je dis que la voie chrétienne apporte le bonheur dans cette vie et encore dans l’autre. Mais suivre le Christ dans sa voie de foi confiante en Dieu et de don de soi, est bien autre chose que de prendre part à quelques activités ludiques et distrayantes. C’est un chemin de transformation. C’est une lutte à mort entre l’homme ancien recroquevillé sur lui-même et l’homme nouveau ouvert sur l’Infini de Dieu. On est toujours tenté de revenir en arrière. Mais quand on s’accroche, notre vie devient plus lumineuse et plus féconde. On découvre un trésor.

Et il y a ceux qui ont dit oui depuis toujours. Ils viennent déjà régulièrement à la messe du dimanche depuis leur enfance. Pour s’apercevoir qu’ils sont de moins en moins nombreux. Le flot de ceux qui ont décroché depuis deux, trois générations ne cesse de grandir. Et, là, ils peuvent être tenté de dire non et de décrocher à leur tour. Peut-être pas brutalement mais progressivement.

Tout chemin spirituel est exigeant. Au début, on voit le sommet de la montagne et on a envie d’y aller. Et puis quand ça commence à grimper, quand la marche devient un peu fatigante, on peut être tenté de dire non après avoir dit oui.

On peut dire non, par déception, parce qu’on n’a pas trouvé tout de suite ce qu’on cherchait.

On peut dire non par paresse. Combien de gens font du nomadisme religieux, ils touchent à tout et n’approfondissent rien. Pour trouver la source de vie, il faut creuser longtemps et profond.

On peut dire non par ennui. L’ennui peut nous gagner quand on a dépassé la phase de découverte et d’enthousiasme. Il faut persévérer malgré une forme d’aridité. Tous les grands spirituels ont passé par cette phase à un moment.

Parfois, la plupart du temps, on ne dit même pas non mais les soucis de la vie et de vaines pensées viennent étouffer notre oui comme les ronces étouffent le bon grain.

Dire non : on appelle cela la tentation. Elle fait partie du chemin. Elle sera toujours là.

On peut se fatiguer de tout. De préparer à manger tous les jours, de refaire les mêmes trajets pour retourner travailler chaque matin. Mais, on n’a pas le choix. Alors on se donne un coup de pied et on fait.

Le cheminement spirituel n’est pas de l’ordre du besoin qui s’impose à nous par la chair et le sang. La vie chrétienne est d’un autre ordre. Elle est appel de l’Esprit à aller au-delà de nous-mêmes.

Et là, quelque chose en nous résiste. La chair et le sang, oui. Et même plus : nous avons parfois l’impression que certaines forces surnaturelles sont là, dans l’ombre, pour nous décourager.

Je le répète, la paroisse n’est pas une sorte de patronage où on organise quelques activités plaisantes. Elle est la communauté de ceux qui marchent ensemble sur un même chemin de transformation.

Le chemin spirituel est de l’ordre du combat. Et c’est pourquoi, le oui nous n’avons pas à le dire une fois pour toutes. Il faut le redire tous les jours.

Nous encourager les uns les autres à persévérer est donc plus nécessaire que jamais. Le besoin de communauté est plus nécessaire que jamais. Cela nécessite d’être patients et positifs les uns envers les autres. De se réjouir des progrès des autres.