Homélie abbé Martz – 25ème dimanche ordinaire

Chers frères et sœurs, parmi vous, je sais, il y a quelques passionnées de la bible. Il y a aussi, c’est peut-être les plus nombreux, de ceux qui trouvent ça trop compliqué pour être intéressant. Mais heureusement aujourd’hui, c’est une parabole qui nous est proposée.

Pas besoin de connaître toute l’histoire du Proche Orient antique, de tout savoir sur les querelles des sectes juives du temps de Jésus pour comprendre les paraboles. Elles délivrent un message simple.

Tout un chacun peut en retenir et en comprendre la sagesse. Ici, c’est une parabole qu’on ne trouve que dans un des quatre évangiles : celui écrit par Matthieu, le collecteur d’impôt devenu apôtre du Christ et évangéliste.

On peut supposer que de son premier métier, percepteur, il avait appris les lois de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’économie de marché. Il connaissait les règles qui régissent le travail des journaliers, ces ouvriers, ancêtres de nos intérimaires, qu’on embauche juste pour un jour.

Il savait aussi que le salaire est le fruit d’un accord passé entre le patron et ses ouvriers. Il savait que le salaire d’un denier, dans cette parabole, était la rémunération normale, à l’époque, d’un jour de travail. Il met en scène le mécontentement des uns. Ils ont sué toute une journée pour gagner ceux que les autres ont gagnés en 1 heure. Comme nous les comprenons… ça nous semble injuste.


Quand Matthieu écrit son Évangile, les églises syro-palestiniennes, accueillent les païens et les mécréants. Cela, au grand scandale des juifs très observants et de lignée ancestrale, qui trouvent cela très injustes. Être traités d’égal à égal avec des gens de n’importent où.

L’appel universel à la conversion adressé à tous les peuples, bien des paraboles parlent Ou encore du renversement des situations humaines après la mort, le riche devenant pauvre et le pauvre devenant riche. Ce n’est pas le cas ici. La parabole ne parle pas non plus du mérite de tout travail fait avec amour.

A vrai dire, elle peut nous choquer. Elle choque notre sens des lois du marché du travail et de la stimulation des efforts par le salaire. Je me rappellerais toujours la première fois que j’ai ouvert un manuel d’économie.

C’était en classe de première au collège. Je suis tombé tout de suite sur un chapitre qui disait que les religions sont parmi les principaux obstacles au bon fonctionnement des lois de l’économie de marché moderne.  Ça m’avait choqué parce que j’étais déjà plus religieux qu’économiste.

En y réfléchissant, j’ai pensé, comme beaucoup recommencent à le dire aujourd’hui, que l’économie n’est pas une science comme les autres :  les lois qui la régissent sont des conventions humaines avant tout. Elles sont donc tributaires des valeurs sur lesquelles, la majorité des gens fondent leur existence.

En réalité, ce n’est pas aux lois de l’économie que nous croyons. Mais à celles de la psychologie humaine.  Nous partons d’un principe un peu Darwinien. La compétition, l’égoïsme, la recherche du profit et du prestige qu’il confèrent régissent tous les rapports humains Trop de générosité de la part du patron, comme c’est le cas ici, rendrait les ouvriers négligents et paresseux.

Je connais au-moins un contre-exemple. Un secteur de la vie humaine qui ne fonctionne pas selon ces lois-là. C’est… la famille. Nous sommes ici pour, les uns, défendre les familles, pour les autres, en construire une. Non, la famille n’est pas une entreprise comme une autre.

Dans la famille, un homme peut sacrifier sa carrière pour la femme qu’il aime ; La femme peut renoncer à une promotion pour avoir des enfants et rester proches d’eux. Des parents retraités peuvent sacrifier tel ou tel projet pour garder leurs petits-enfants ; Les parents aiment tous leurs enfants de la même manière et sincèrement. Ceux qui sont moins doué aussi fort que les plus doués.

La famille nous dit quelque chose de la générosité de Dieu. Et c’est bien là le sens de la parabole. La famille fonctionne selon les lois de l’amour gratuit, celles qui régissent aussi le monde spirituel.

La famille se fonde sur un contrat conclu avec le Ciel, c’est le mariage. Il y a quelque chose de sacré dans les rapports qui lient entre eux époux et épouses, parents et enfants, frères et sœurs. Elle est la preuve vivante que les lois du marché ne régissent pas tous les domaines de la vie.

Alors attention !  La femme n’est pas un simple ornement. Destiné vendre des voitures ou des vêtements ou même à flatter l’orgueil du mâle auprès des congénères. Je pense à ces business-men  chinois qui louent les services d’une belle jeune femme le temps d’une soirée entre amis, pour briller un peu plus.

Pire, l’économie de marché, voudrait qu’on puisse choisir les semences d’un géniteur ou les gamètes d’une génitrice sur catalogue. L’économie de marché s’impose là où il est permis de louer les ventres de femmes pauvres pour éviter de le porter dans sa propre chair.

Ainsi l’idéal de la famille chrétienne est un obstacle. Elle s’oppose à certaines pratiques qui pourraient mettre un peu plus d’économie dans ces lois qui régissent encore l’amour humain. Elle démontre que les rapports humains peuvent s’établir sur d’autres lois que l’intérêt individuel et le principe de plaisir.

Quand nous contemplons la création de Dieu, quand nous réfléchissons à l’incroyable générosité de l’auteur de la vie, quand nous réfléchissons au Christ qui s’est sacrifié pour nous montrer l’extraordinaire fécondité du don de soi-même, nous sommes simplement subjugués.

Contempler la bonté de Dieu nous motive à donner la vie à d’autres, avec la même générosité. Et là, nous rejoignons le thème de cette parabole. Ton œil serait-il mauvais parce que moi, je suis bon ?