Luc au chapître 24, versets 13 à 35

Question pour un champion, une championne ! Pouvez-vous me dire quand la peine de mort a été abolie ? Eh bien, c’est le Jour de Pâques ! Je ne parle pas de la condamnation à mort d’un criminel. Non, je parle de ma mort, de votre mort à vous, cette « maudite question éternelle » comme l’écrivait Dostoïevski, cette mort qui traverse l’histoire et la conscience des hommes depuis la préhistoire jusqu’aux inhumations contemporaines en passant par les pyramides qui ne sont que d’immenses tombeaux.

Si nous sommes chrétiens, frères et sœurs, c’est parce que nous croyons que Jésus de Bethléem est bien vivant. C’est d’ailleurs ainsi que le gouverneur Festus explique au roi Agrippa le litige entre l’apôtre Paul et les juifs du sanhédrin : « Ils avaient seulement avec lui je ne sais quelles contestations sur leur religion touchant un certain Jésus, qui est mort et que Paul affirme être en vie ».

Avez-vous remarqué que ces deux disciples d’Emmaüs vivent une expérience spirituelle en quatre étapes bien présentes en chacune de nos Eucharisties dont nous sommes momentanément privées.

Étape une
Ces deux témoins de la foi sont rejoints par le Ressuscité. Ne le vivons-nous pas lors de chaque rencontre dominicale ? « Là où deux ou trois sont réunis, en mon nom, dit Jésus, je suis au milieu d’eux ! ».

Seconde étape
À leur côté, il leur explique les Écritures pour donner sens aux événements de sa passion/résurrection. Aujourd’hui, l’homélie à cette fonction, cette mission. Dans son exhortation apostolique « Evangelii gaudium », le pape François insiste fortement sur l’importance de l’homélie. Selon lui, elle « doit donner ferveur et sens à la célébration ».

Avant dernière étape
Ces deux illustres inconnus d’Emmaüs accueillent un geste, celui du partage du pain. Nous y reconnaissons l’Eucharistie. Pour être plus proche de nous, et même tout proche de nous, Dieu se donne à nous dans un morceau de pain. Et l’Eucharistie célèbre précisément cela, en faisant, du coup, naître en nous de nombreuses questions :
* Comment, toi Dieu, qui es si grand, peux-tu soudain être totalement présent dans une petite hostie?
* Comment, toi Dieu, qui es l’infini, peux-tu être aussi proche de moi qu’un nouveau-né qu’on berce dans ses bras ?
* Comment, toi Dieu, qui es Dieu, peux-tu être pain et vin ?
J’ai beaucoup retourné ces questions sans jamais y trouver de réponse. Je ne saurai donc jamais comment. Mais, à présent, au lieu de me demander «comment?», mon intelligence m’a dit «pourquoi». Elle m’a dit : il n’y a que la foi qui puisse expliquer que Dieu se fasse pain et vin pour l’humanité et donc pour chacun de nous.

Quatrième et dernière étape
D’écoutants de Dieu, ils deviennent maintenant des contemples-actifs. « A leur tour, ils racontent aux onze apôtres et à leurs compagnons ce qui s’est passé sur la route et comment le Seigneur s’est fait connaître par eux à la fraction du pain ».
Ne croyez-vous pas, frères et sœurs, que l’Eucharistie nous est donnée comme un « stimulant missionnaire » ?

En guise de conclusion, voici cette autre certitude aux couleurs de ce temps pascal : le Vivant nous rejoint dans ce que nous sommes.

* Marie Madeleine le reconnaît quand il prononce son nom.
* Les apôtres, quand il les rejoint au Cénacle.
* Thomas, quand il le touche.
* Les disciples d’Emmaüs, quand il leur explique l’Ecriture et rompt le pain.
* Paul, dans un jaillissement de lumière nécessaire à cet homme aveuglé.
* Et le disciple bien-aimé se contentera des éléments de la foi : « il vit et il crut »
* Et pour nous ?

Où le Vivant peut-il nous rejoindre en ce temps de confinement et en dehors de l’Eucharistie ?

A Colmar, Christophe Gerber, curé. CP « Les Rives de l’Ill »