Retrouvons Le Sens De l’Essentiel

« Nous sommes en guerre ». Bataille contre plus petit que nous-mêmes, un virus dont le nom restera à jamais gravé dans nos mémoires collectives. Situation inédite qui bouleverse, chamboule notre quotidien. La consigne est simple : il s’agit de limiter au maximum nos contacts. Du coup, peu à peu, le silence s’installe autour de chacun de nous. Silence des écoles, lycées, universités. Silence assourdissant d’une production industrielle qui peu à peu ralentit, s’arrête pour certains. Silence au sein des EHPAD par l’interdiction justifiée des visites à nos ainés. Que de silence en vigueur. Que de silence à venir…

Et si nous faisions de ce silence un allié ? Une force ? Un commencement de quelque chose de neuf, de nouveau, pour grandir intérieurement ?

Pour saint Benoît le silence est chemin de croissance, le tamis de la parole utile, bonne et nécessaire. Du silence extérieur, imposé par le confinement, passons au silence intérieur. Là se joue une autre guerre, psychologique celle-ci, intérieure à nous-mêmes. Le danger est là, à la fine pointe de notre âme. Non pas à côté de nous mais bien en nous. Le danger, le voici : parce que isolés « nous ruminons nos inquiétudes, nos angoisses, les passons et repassons dans le moulin de notre intelligence. Nous agitons nos pensées comme les flots de la mer. Nous alimentons nos souvenirs de poisons et d’amertume ». Tout ce boucan intérieur se heurte à l’invitation du Seigneur Jésus à nous laisser pacifier par sa présence silencieuse. « Poursuis-la, recherche-la » (Ps 14). Frère Silence nous dit : « Et si le silence, c’était le temps pour en faire moins. Et si le silence, c’était le temps pour en faire moins et contempler plus ? Et si le silence, comme un désert, c’était le jeûne de l’activité pour entendre mieux et différemment cette parole de réconfort dans ce temps d’incertitude que nous vivons : oui, « Je suis toujours avec vous jusqu’à la fin des temps». Merci, enfin, au silence de nous permettre de « retrouver le sens de l’essentiel ».

Voici quelques citations, glanées au fil de mes lectures, que je vous offre en signe de communion fraternelle :
-> Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur (Julien Green, écrivain américain de langue française, 1900-1998).
-> Un jour, pendant le travail manuel, je commençai à penser à l’exercice spirituel de l’homme, et tout à coup s’offrirent à la réflexion de mon esprit quatre degrés spirituels : lecture, méditation, prière, contemplation. C’est l’échelle des moines, qui les élève de la terre au ciel (Guigues II le Chartreux, XIIème siècle).
-> Il te faut Dieu et il te faut l’aller chercher ; c’est chaque jour que, fuyant le monde et les occupations quelles qu’elles soient, il faut donner à cette amitié cette demi-heure que tu ne refuserais pas au meilleur ami de ton âme parmi les hommes, (Louis Hubert Lyautey, maréchal de France, 1854-1934).

Christophe Gerber, curé