Homélie du 16 août 2020

À l’écoute de cette page d’Évangile, nous pouvons nous demander ce que cette femme cananéenne a à nous dire aujourd’hui. En effet, tout semble nous séparer. Elle, elle est issue d’un milieu païen. Nous, nous sommes enfants de Dieu par la grâce du baptême depuis bien longtemps. Elle vient de rencontrer le Christ pour la première fois. Nous, nous cheminons avec Lui depuis notre plus tendre enfance pour la plupart d’entre nous. Qu’a-t-elle donc à nous dire cette femme cananéenne ?

Elle vient tout d’abord nous rappeler que toute l’humanité est en route vers le Christ. Tout converge vers lui. Tout est récapitulé en lui. Nous n’avons jamais fini d’aller vers le Christ. Jésus est venu pour tous. Qui que nous soyons, croyants ou incroyants, il est là sur la route de nos vies et il nous attire à Lui. Il est l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier. Il est la Porte par laquelle passent toutes les brebis pour aller au Père, notre Père unique qui nous a tous créés.

En deuxième lieu, si nous pouvons dire que tous les hommes vont au Christ, nous pouvons rajouter que tout l’homme converge vers lui. Jésus est pétri de notre pâte humaine. Sa chair, c’est la nôtre avec ses blessures, ses fragilités, ses faiblesses. Mais si le Verbe s’est fait chair, c’est pour sauver l’homme dans sa chair. C’est dans notre humanité que se vit pour nous aujourd’hui notre rencontre avec le Christ. Il agit en nous en artisan de paix, il unifie ce qui est délié, il réconcilie ce qui est divisé, il pacifie ce qui est troublé, il guérit ce qui est blessé. Au plus intime de nous-mêmes, il est là et à chaque eucharistie, comme en ce jour, il se plaît à venir demeurer en nous.

En troisième lieu, nous pouvons saisir de cette rencontre entre Jésus et la Cananéenne, que c’est la foi en Jésus qui nous sauve. Mais notre foi est toujours à évangéliser, à convertir. Nous pouvons facilement paganiser notre foi et la réduire à la recherche d’un confort, d’un miracle, d’une simple protection. Or croire, c’est adhérer au Christ, c’est, comme le dit Paul, avoir les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus.

Quand cette femme dit à Jésus : « Seigneur », elle engage tout son être, toute sa vie. Car dire « Seigneur » à Jésus, c’est lui dire : « C’est toi le maître de ma vie. Ma vie ne m’appartient plus. Elle est à toi. Désormais, c’est toi qui dois régner en moi ».

Si la fille de la Cananéenne a été guérie, c’est parce que cette femme prosternée aux pieds de Jésus a choisi Jésus comme son Seigneur. On ne peut souligner cela sans en même temps penser à tous ceux qui, malgré une foi solidement enracinée dans le Christ, ne connaîtront pas la délivrance ou la guérison espérée. C’est que le Christ dispense son salut selon un regard qui n’est pas le nôtre. Il n’oublie personne au bord du chemin. S’il a entendu le cri de cette femme païenne, il entend aussi celui qui est en chacun de nous. Mais il faut le laisser être maître du salut. « C’est toi qui sais, Seigneur, je mets ma confiance en toi ».

Que conclure de cette page d’Évangile ? Que le salut nous est acquis grâce à la mort et à la résurrection du Christ. Le salut n’est pas objet de conquête. Il est don gratuit de Dieu qui émane de sa miséricorde. Tout homme, juif ou païen, qui confesse sa foi en Jésus, devient héritier du salut. Dans les limites de notre chair humaine, Dieu déploie son salut. Si nous croyons en Lui comme cette femme cananéenne, nous pouvons vivre en homme sauvé, c’est-à-dire en homme conduit par l’Esprit de Dieu. Notre finitude s’ouvre à l’infini. Notre désir trouve en Dieu son repos. Notre amour expérimente la joie de tout donner et de se donner soi-même. Notre vie ne craint plus la mort car la mort appartient désormais à la vie et conduit au Père. Jamais Jésus n’a entendu une telle confession de foi en rencontrant cette femme païenne. Puisse-t-il en dire autant de chacun de nous qui sommes baptisés en Lui.

Jamais un homme n’aurait osé demander à Dieu de demeurer en Lui. Dieu en prend lui-même l’initiative. Par l’eucharistie, Dieu manifeste en nous son salut. Le voici qui vient en nous. Nous ne pouvons pas retourner chez nous comme avant car Dieu sera avec nous. Heureux sommes-nous d’être appelés à porter Jésus, notre pâque et notre salut, au monde entier.


Abbé Philippe Link