Homélie du 7 février 2021

Dans cet Évangile, Jésus nous invite tout d’abord à tisser une relation personnelle avec lui. Remarquez que Jésus ne guérit pas des masses anonymes mais des individus. D’abord la belle-mère de Simon dans l’intimité de la maison. Puis chacun de ces malades qui, un à un, se présente à la porte. Jésus rencontre chacun, croise le regard de ces hommes et de ces femmes en attente d’un relèvement. Jésus tisse des liens de personne à personne. Dans la maison, il n’hésite pas à prendre la main de la malade allongée. Plus que cela, c’est la malade elle-même qu’il prend par la main. Il la prend tout entière avec lui. La rencontre est communion profonde avec Jésus. Dans cet Évangile, Jésus veut nous dire qu’il veut saisir tout notre être ; il veut nous prendre avec lui. C’est ce que nous vivons dans chaque sacrement où Jésus nous prend avec lui dans sa Pâque. Au milieu de ces foules il y a place pour toi, pour moi, une place unique que Jésus nous a préparée.

 

De cette relation unique, Jésus nous pousse à aller plus loin, à vivre une expérience de foi. Dans la souffrance morale ou physique qui peut parfois nous écraser, nous voyons généralement d’abord ce qui nous fait mal et nous attendons un apaisement, voire une guérison. Jésus, lui, voit notre cœur lié qui ne libère plus l’amour. Ainsi quand Jésus invite la belle-mère de Simon à se lever, celle-ci est toujours atteinte de sa fièvre. Il veut l’éprouver en sa foi en lui. Et parce qu’elle s’est laissé faire par Jésus, parce qu’elle a cru en lui, la malade va être guérie. Jésus guérit les cœurs avant de guérir les corps. Dans cet Évangile, Jésus nous pousse à la foi véritable, et non à une sorte de croyance magique. Croire en Jésus, c’est remettre notre vie entre ses mains, c’est pouvoir dire : non pas ma volonté mais ta volonté.

 

L’effet d’une telle relation personnelle avec le Christ et d’une vraie expérience de foi conduit à la restauration de l’homme dans sa véritable identité. C’est l’amour que Jésus veut sauver dans le cœur de l’homme. L’homme restauré, c’est l’homme capable d’aimer, capable de donner et de se donner. Que fait la belle-mère de Simon une fois libérée de sa fièvre ? Elle sert. Elle devient servante du Seigneur et des hommes. Plus rien ne retient l’amour qui l’habite. L’évangéliste Marc la présente comme le prototype du disciple de Jésus, car le disciple n’est rien d’autre qu’un serviteur de Dieu. Dans cet Évangile, Jésus nous invite donc à l’amour en acte et en vérité. Chaque fois que nous servirons le plus petit d’entre nos frères, c’est Jésus que nous servirons. Jésus rend à l’homme sa capacité de relation qui lui permet de se recevoir d’un autre. Par l’autre, je découvre que je suis.

 

Finalement, réduire l’action de Jésus aux guérisons qui rétablissent les personnes dans un état antérieurement vécu comme un bien, c’est déformer la nouveauté qu’apporte Jésus. Faire alliance avec lui, croire en lui, devenir son disciple, c’est prendre part à son Règne, c’est s’ouvrir à la nouveauté du Royaume. Jésus crée un monde nouveau. Les prémices de ce monde se laissent percevoir dans cet Évangile. Jésus annonce sa propre résurrection en relevant la femme couchée et malade. Et les disciples qui chercheront Jésus au petit matin du lendemain du sabbat font écho à la quête des saintes femmes à la recherche du corps disparu du Bien-Aimé au lendemain du grand sabbat, le premier jour de la semaine. Jésus qui se lève « bien avant l’aube » pour aller prier le Père, son Père dans le secret, annonce le Ressuscité qui monte vers son Père et notre Père. Jésus nous invite nous aussi à scruter les prémices de la Résurrection dans nos vies. Vivre du Ressuscité, c’est vivre comme lui tout à l’écoute du Père. Jésus est sorti du sein du Père pour nous ramener à lui. Bienheureux tous ceux qui choisissent de remettre leur volonté dans celle du Père, ils deviendront artisans du Règne de Dieu.

 

La vraie guérison, c’est la conversion du cœur, c’est-à-dire ce retournement intérieur qui oriente tout notre être vers le Père. Plus nous sommes reliés à la source de notre vie, par les moyens de la prière et des sacrements, plus circule en nous la vie nouvelle du Ressuscité. Jésus a beaucoup à nous donner : la paix, la joie, la vie éternelle. À nous d’avoir des grands désirs et lui ne décevra pas notre attente. Choisissons Jésus comme le Seigneur de notre vie. Et alors par delà les croix qui peuvent ébranler notre vie, celle-ci deviendra épiphanie de son Règne d’amour et de paix, manifestation de la création nouvelle et éternelle. « Voici que je fais toutes choses nouvelles » dit Jésus. Ne le voyons-nous pas ?


Abbé Philippe Link