Homélie du 7 mars 2021

Que pensait donc le psalmiste en écrivant :
L’amour de ta maison fera mon tourment (Ps 69,10) ?
Que vient-il chercher dans le Temple, le Christ qui monte vers Jérusalem à l’approche de la Pâque (Jn 2,13) ? Qu’attend-il de trouver dans le sanctuaire,
le Fils du Père en marche vers ce haut lieu établi dans la ville sainte ?

Il vient reconnaître, parmi les hommes, la présence vivante de Dieu au milieu de son peuple.
Il vient chercher des cœurs tournés vers leur Seigneur, pour prier avec eux, comme un père, son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu.

Mais voilà qu’en ce lieu sacré, où Jésus vient pour se recueillir et adorer, le mercantilisme, la superficialité, la cacophonie, ont envahi le sanctuaire !
Il trouve installés dans le Temple, nous dit saint Jean, les marchands de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis à leurs comptoirs (Jn 2,14).
Venu en ce lieu pour y trouver une maison de prière (Is 56,7), il n’y découvre qu’un repaire de brigands, note saint Matthieu (21,13).
Et là où il espère rencontrer des adorateurs, il tombe sur un champ de foire.
Avec le bêlement des brebis, le meuglement des bœufs, le roucoulement des pigeons, et les vendeurs qui vocifèrent !

Alors éclate la colère de Dieu, non pas contre l’homme, mais contre tout ce qui empêche l’homme de se situer en digne fils de Dieu.
En digne observateur de la loi des dix commandements (Ex 20,1-17).
Car c’est aimer l’homme en vérité que de bousculer ce qui l’empêche de s’épanouir et d’être sanctifié.
Ôtez cela d’ici, leur dit-il ; ne faites plus de la maison de mon Père une maison de commerce ! (Jn 2,16).
Alors, vendeurs, acheteurs et changeurs sont chassés hors du Temple de Dieu, non pour être envoyés dans les ténèbres extérieures, mais pour être libérés de tout ce qui alourdit leur vie, afin de pouvoir, ainsi ramenés à l’essentiel, revenir dans le Temple en adorateurs tels que les veut le Père (Jn 4,23).

L’amour de la maison de Dieu fera mon tourment, annonçait effectivement le psalmiste.
Si donc Jésus chasse aujourd’hui hors du Temple ce qui trahit le Temple, c’est pour sauver le Temple : rassemblement de fils en face de Dieu et rassemblement de frères autour du Père.
Tu n’auras pas d’autres dieux que moi, proclame la loi (Ex 20,1).

Qu’est-ce que le Temple de Dieu sur terre, sinon le lieu où réside sa présence parmi les hommes ?
Les prophètes d’Israël, déjà, disaient cela !
Ce qui fait la valeur, la particularité, la gloire d’un temple, ce n’est pas la splendeur de son architecture, ni le volume de sa construction ; c’est la présence intérieure qu’il abrite, la spiritualité qu’il porte.
Sinon ce n’est pas un temple ; c’est seulement un monument.
Et un monument n’a jamais sauvé personne !

Depuis des siècles, le prophète Jérémie s’est évertué à faire comprendre que la présence de Dieu ne doit pas être enfermée dans un temple de pierres, mais s’inscrire d’abord au fond des âmes (31,31-34 ; 32,36-41).
Aujourd’hui, sur l’esplanade de ce Temple de pierre, se tient un homme qui porte en lui tout le poids de la présence divine.
Car en lui habite corporellement la plénitude de la Divinité (Col 2,9a).
Le vrai Temple de Dieu, c’est donc lui !
La vraie Demeure de Dieu parmi les hommes (Ap 21,3) est dans le cœur de cet Emmanuel.
À partir de ce jour, le monde apprend qu’en vérité, Dieu est avec nous.


Abbé Philippe Link