Homélie du 17 novembre 2020

Jésus vient de guérir l’aveugle Bar Timée, qui se met à sa suite « en rendant gloire à Dieu ». C’est donc ensemble qu’ils entrent dans Jéricho, ville la plus basse du monde : enfouie à plusieurs centaines de mètres sous le niveau de la mer. Pourtant pour le visiteur non averti, cette oasis a quelque chose de paradisiaque, avec ses orangeraies et ses palmeraies jouissant de la fraîcheur d’une source qui ne tarit jamais. Jéricho symbolise la cité terrestre, où l’homme s’est « installé » dans l’oubli de ses origines et de sa destinée de gloire ; cité que Jésus ne fait que traverser pour inviter ses habitants à se réveiller de leur torpeur, et à se mettre en marche à sa suite vers Jérusalem, symbole de la cité céleste.

Dans cette ville vit un autre aveugle, du nom de Zachée. Lui non plus ne peut pas « voir » Jésus, « à cause de la foule » des péchés qui lui encombraient la vue ; de plus il était « de petite taille » : une humanité bien diminuée, rétrécie, à force d’être repliée sur elle-même dans une quête insatiable des biens terrestres. Pourtant son désir n’est pas totalement étouffé ; peut-être même est-il exacerbé par la nausée de cette course effrénée à l’avoir et au pouvoir qui ne lui ont apporté que déception et dégoût de soi. Il a soif de relations vraies, dans lesquelles il ne serait plus réduit à un « collabo », un traître, un voleur ; qu’il est certes ; mais auquel il refuse d’être réduit. En entendant prêcher ce Jésus de Nazareth, il a perçu un autre discours que celui de ses concitoyens. Il n’est plus identifié à son péché : un chemin de miséricorde s’ouvre devant lui, l’invitant à la conversion, à la réconciliation avec Dieu, avec lui-même, et peut-être même avec ses accusateurs. L’espérance sourd dans son cœur comme une eau vive : il ne peut s’empêcher de répéter sans cesse la « carte d’identité » du Dieu de ses Pères, que le Rabbi vient de commenter :

Le Seigneur, tendre et miséricordieux, lent à la colère et riche en grâce et en fidélité (Ex 3’, 6).

Encore tout excité de sa découverte, Zachée grimpe dans un sycomore, signifiant par ce geste qu’il s’appuie sur l’arbre de la Torah pour justifier son audace de se rapprocher du Maître, alors qu’il est plus enfoncé dans le péché que Jéricho dans la terre.

« Jésus leva les yeux et l’interpella » : aussi grand que soit notre péché, aussi profonde que soit notre déchéance, pourvu que nous grimpions par la foi dans l’arbre de la promesse, nous y croiserons le regard de notre Rédempteur. Non pas le regard d’un juge nous scrutant du haut des cieux, mais le regard d’un frère en humanité qui s’est chargé du fardeau de tous et de chacun, et qui lève les yeux vers nous des profondeurs où sa solidarité l’a conduit. Le regard du « bon pasteur, du vrai Berger, qui connais ses brebis et que ses brebis connaissent, et qui donne sa vie pour ses brebis » (cf. Jn 10, 11-15).

Zachée, descends vite

A quoi bon chercher à t’élever vers Dieu, alors qu’il est descendu jusqu’à toi ? “Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi”. » Zachée n’en croit pas ses oreilles : il était monté sur son arbre pour « voir » Jésus impunément, et voilà que c’est lui qui est « vu » par le Maître, qui en plus s’invite dans sa maison ! L’événement fait spontanément sourire, et bon nombre de cantiques et autres chansons ont été composées autour de ce récit. Pourtant, ne le revivons-nous pas à chaque Eucharistie ? Ne sachant trop comment nous présenter devant Dieu, dans la conscience du triste état de notre humanité, nous nous abritons derrière sa Parole qui nous redonne courage et dans laquelle nous puisons des raisons d’espérer. Poussant l’audace jusqu’à nous approcher de l’autel pour la seconde partie de la célébration, nos yeux ébahis découvrent l’humilité du Fils de l’homme venant à nous sous les humbles apparences du Pain et du Vin, et mendiant l’hospitalité de notre cœur. Puissions-nous comme Zachée le « recevoir avec joie », et dans l’élan d’une conversion sincère, entrer dans la dimension de partage, qui confirme l’accueil de l’Esprit Saint dans nos vies.

Seigneur, chaque jour tu m’offres ton salut, car “tu es venu chercher et sauver ce qui était perdu”. Ne permets pas que l’indifférence ou une fausse conception de la rédemption m’éloigne de la source de la grâce ; mais donnes-moi de m’approcher de toi avec humilité et confiance, toi qui es descendu jusqu’en nos Jéricho terrestres pour nous emmener avec toi dans la Jérusalem céleste.

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