Homélie du 13 octobre 2020

« Comme Jésus parlait » : c’est au cœur de son ministère que le Seigneur est interrompu abruptement par « un pharisien qui l’invite pour le repas de midi ». Signe de bienveillance, ou façon détournée de faire taire le Maître ? Difficile à dire, mais le caractère inopiné de la proposition du pharisien, fait plutôt pencher pour la seconde solution ; l’atmosphère de la suite de l’entrevue confirmera cette interprétation. Si Jésus qui connaît le fond des cœurs, utilise des mots aussi durs que « cupidité » et « méchanceté » pour décrire l’attitude de son interlocuteur, c’est bien qu’il a perçu l’ambiguïté de l’invitation. Cette commensalité improvisée ne vise pas à instaurer une communion, mais à rompre celle que Notre-Seigneur avait établi avec la foule. En fait il y a deux repas dans ce passage : celui que Jésus partage avec les petits qui se nourrissent du Pain de sa Parole, et celui que le pharisien offre au Seigneur pour le mettre à l’épreuve.

 Le pharisien fut étonné en voyant que Notre-Seigneur n’avait pas fait son ablution avant le repas.

A vrai dire, il serait surprenant que cet homme ait été « étonné » ; la réputation de Jésus le précède : tout pharisien sait que ce Rabbi ne se soucie pas de rituels de purification, puisqu’il ne se gêne pas de manger avec les publicains et les pécheurs. L’entrevue se présente plutôt comme une application directe de la parole que Notre-Seigneur vient de prononcer :

La lampe du corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux ; mais dès qu’il est malade, ton corps aussi est ténébreux (Lc 11, 34).

L’attitude ambiguë de son hôte jaillit d’un regard obscurci par la « méchanceté » et la « cupidité », que Jésus dénonce dans l’espoir de susciter une prise de conscience salutaire. Il ne suffit pas de « purifier l’extérieur », c’est-à-dire d’accomplir les rites prescrits ; s’ils ne sont pas vécus intérieurement comme des mouvements de conversion, ils sont vains. Le cœur du pharisien n’est pas dans la lumière : il n’accueille pas Jésus pour recevoir de lui une Parole qui lui permette de se rapprocher de Dieu ; il ne cherche pas à mieux comprendre le mystère de sa Personne, mais il lui tend un piège pour surprendre dans son comportement ce qui permettrait de l’accuser comme transgresseur de la Loi et de la tradition des Pères.

Jésus n’est pas un provocateur ; il ne prend pas de haut la Loi, puisqu’il prétend être venu non pour l’abolir, mais pour l’accomplir (cf. Mt 5, 17). La seule interprétation cohérente de son comportement est de le recevoir comme un geste prophétique : s’il ne « fait pas son ablution avant le repas », c’est parce qu’il n’a pas besoin de se purifier. Il est le saint, venu pour mener à leur accomplissement tous les rites préfiguratifs de purification. Si son hôte l’avait accueilli d’un cœur ouvert et disponible, il aurait pu lui-même faire ce raisonnement, au moins à titre d’hypothèse, et en demander la confirmation au Seigneur. Mais notre pharisien est trop avide du pouvoir spirituel qu’il exerce au sein de la communauté (cupidité) pour chercher à discerner le sens profond des attitudes de Jésus, qu’il interprète comme des transgressions (méchanceté, malveillance) au lieu d’y reconnaître les signes de la venue de l’Envoyé de Dieu. D’où l’interpellation très vigoureuse de Notre-Seigneur : « Insensé ! » : ce chef religieux a effectivement perdu le sens de son ministère, lui qui est supposé guider les croyants vers le Messie, qu’il s’avère incapable de reconnaître en raison de ses a priori.

Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous.

Jésus conclut par la dénonciation de ce qui nous rend « impurs », c’est-à-dire incapables de reconnaître le Saint, et indigne de nous tenir en sa présence. Il s’agit précisément de la « cupidité », qui fausse notre regard et nous fait voir en tout homme un ennemi potentiel que nous traitons dès lors avec « méchanceté ». Tout ce que nous gardons égoïstement, frileusement, peureusement, pour nous-mêmes ; tout ce que nous soustrayons à la loi du don et du partage, c’est-à-dire à la logique de l’amour : voilà ce qui nous rend impur en nous séparant de nos frères et par là de Dieu lui-même. Cela concerne bien sûr les biens matériels, mais aussi les dons naturels et les grâces spirituelles : tout ce que nous gardons pour nous, nous accuse devant Dieu. Y compris les ministères que le Seigneur nous confie : si nous nous en servons comme ce pharisien pour exercer un pouvoir sur ceux que nous sommes appelés à servir, nous sommes des « insensés », nous avons perdu le sens du don de Dieu et nous serons incapables de reconnaître le temps de sa visite.

Vérifions bien la manière dont nous recevons à notre table les frères en qui le Seigneur se fait notre hôte : avec un regard bienveillant et un cœur ouvert ? Ou avec un esprit de défiance et de critique, préparant par avance les arguments qui justifieront notre refus d’obtempérer à leurs demandes ?

« Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? » : si nous avons à cœur d’amender notre vie de manière à ce qu’elle reflète extérieurement notre appartenance au Christ, il nous faut travailler avec d’autant plus d’acharnement et de persévérance à convertir notre cœur, car « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais » (Lc 6, 45).

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