Homélie du 12 octobre 2020

« Cette génération est une génération mauvaise » : est mauvais ce qui n’est pas bon, c’est-à-dire ce qui s’est écarté de la voie du bien, et donc : ce qui est dévoyé. C’est le sens du terme hébreu « Hatta », qui désigne le péché. « Cette génération est mauvaise » parce que, non seulement elle refuse de reconnaître le temps où Dieu la visite, mais elle prétend le mettre à l’épreuve en réclamant « un signe ». La génération dont parle Jésus n’est pas seulement celle de ses contemporains juifs : le terme désigne d’une manière bien plus vaste toutes les générations issues de notre pauvre humanité marquée par le péché. Tous nous sommes atteints d’une terrible maladie : la duplicité du cœur, que la Bible désigne par le terme hébreu « Awon » – traduit également par « péché ». Comme « la foule » que le prophète Elie interpelle sur le mont Carmel, nous « plions le genou de deux côtés » (1 R 18, 21), du côté de l’Evangile et du côté de nos Baals ; nous nous trouvons mille « bonnes raisons » pour ne pas suivre le Seigneur dans la radicalité qui devrait s’imposer à nous, si du moins nous avons vraiment compris l’enjeu de sa venue parmi les hommes.

Tous pécheurs qu’ils étaient, les gens de Ninive méritent notre admiration par la promptitude avec laquelle ils se sont convertis à l’appel de Jonas – ce prophète étranger venu leur annoncer un message de malheur. Leur attitude prouve qu’au cœur même de leur perversion, ils avaient néanmoins gardé la lampe de leur conscience allumée : sans chercher à « tricher », ils se sont reconnus pécheurs et n’ont pas contesté le bien-fondé du châtiment qui leur était annoncé. Bien plus : la vigueur de leur repentance prouve qu’ils n’avaient pas enfermé Dieu dans l’image d’un justicier intransigeant, sans quoi ils n’auraient pas nourri l’espoir de le fléchir. Etonnamment, les habitants de Ninive, ville païenne réputée pour sa perversion, semblent avoir une intuition plus juste de Dieu que les fils de la promesse. Reconnaissant la pertinence des avertissements de Jonas, ils l’écoutent comme un envoyé de Dieu, sans demander d’autre « signe » que celui de la parole de ce prophète faisant irruption inopinément dans leur ville pour annoncer sa destruction. Cette humilité, accompagnée d’une prompte conversion, va attirer sur eux la miséricorde divine, alors que nos lenteurs à croire et à nous repentir empêchent le Seigneur de nous faire grâce comme il le désire.

Aux Ninivites s’applique la béatitude que Jésus vient de prononcer dans le verset qui précède immédiatement la péricope de ce jour :

Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent (Lc 11, 28).

Si la Parole de Dieu transmise par le prophète Jonas est capable de conduire ces païens à la conversion salutaire, combien plus celle du Verbe incarné a-t-elle la puissance de nous sanctifier, quel que soit le triste état dans lequel nous ont conduit nos fautes. Encore faut-il que nous écoutions le Seigneur avec la disponibilité de cœur qui permette à sa Parole de porter son fruit dans nos vies ; ce qui suppose que nous renoncions à nos tergiversations pour nous livrer au mystère de la croix, « folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, elle est puissance de Dieu » (1 Co 1, 18).

Seigneur Jésus, garde-nous de te mettre à l’épreuve en exigeant que tu te révèles dans notre vie selon nos désirs un peu courts. Apprends-nous à écouter ta Parole qui résonne au fond de nos cœur et donne-nous la force de la mettre en pratique. Que dans l’obéissance de la foi, nous nous laissions convertir à ta présence, toi le tout-proche, l’Emmanuel, Dieu avec nous, germe de vie éternelle enfoui dans la terre de notre quotidien.

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