Homélie du 13 septembre 2020

A quelqu’un qui demande : « Le pardon, à quoi cela sert-il quand le mal est fait ? », essayons de répondre à la lumière de l’Évangile.

Pourquoi pardonner ? Tout d’abord, parce que nous sommes nous-mêmes des pécheurs pardonnés. C’est ce que nous enseigne Jésus dans la parabole du débiteur impitoyable. Le Père nous aime. Nous avons une dette envers lui, celle de notre ingratitude. Tout vient de Lui et pourtant, nous l’oublions bien souvent. Dieu est blessé par notre mal, meurtri par l’injure, humilié par notre faute, mais comme Il ne peut cesser d’être ce qu’Il est, c’est-à-dire un Dieu d’amour, Il aime celui qui l’a offensé. Dieu n’aime pas le péché, mais il aime le pécheur que nous sommes. Il nous remet notre dette. Nous sachant ainsi aimés malgré nos fautes, nous ne pouvons qu’être miséricordieux face à notre frère.

Pourquoi pardonner ? Parce que ce pardon, Jésus l’a vécu. A ceux qui le martyrisaient, Jésus ne rendit pas l’insulte. Sans un mot, sans un cri, Il s’est laissé clouer librement, par amour. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Il nous pardonne à nous qui le blessons : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il appelle Judas « mon ami » et accepte son baiser de trahison. Il est abandonné par tous les siens, mais au Cénacle, après la Résurrection, Il souffle sur eux, leur donne l’Esprit-Saint, les envoie en mission, sans un mot de reproche : « Que la paix soit avec vous ». Jésus a vaincu la haine par l’amour et Il nous invite à marcher sur ses traces.

Pourquoi pardonner ? Parce que c’est une nécessité. Étant tous offensants, nous sommes tous offensés. Étant tous blessants, nous sommes tous blessés. Soit on accepte de se pardonner mutuellement, non pas sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois (Mt 18,22), soit on laisse régner l’affrontement, la jalousie, la discorde. Le pardon brise le cercle de la violence. Jésus, lui, nous invite à bénir et à ne point maudire, à pardonner sans compter, à tendre la main à qui vient quémander et l’autre joue à qui a déjà frappé, pour finir par aimer même ses ennemis.

Pourquoi pardonner ? Parce que le pardon est une force. La violence ne l’emporte jamais. Les êtres blessés puis dévorés de rancunes se font une vie misérable. En eux se perpétue l’action corrosive du mal qui leur a été fait. La souffrance du non-pardon est beaucoup plus douloureuse que la souffrance due à la blessure de l’offense. Si le pardon jaillit, cette souffrance originelle est toute transfigurée de l’intérieur. La blessure ne disparaît pas, comme les plaies de Jésus qui demeurent après la Résurrection, mais le mal qui est en elle s’éteint, le feu de la souffrance se change alors en puissance d’amour et de compassion.

Pourquoi pardonner ? Parce que le pardon libère la joie et l’humilité. Jésus nous dit qu’il y a de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent. Désormais, tout peut repartir dans l’espérance et l’allégresse. De plus, par le pardon, je désire que l’autre grandisse et que moi, je diminue. Jamais un homme n’est aussi grand que lorsqu’il sait s’élever par l’abaissement du pardon donné, demandé et partagé. Souvenons-nous, la reconnaissance du monde entier envers Saint Jean-Paul II au soir de sa vie ne vient-elle pas de ce pardon qu’il a su donner à celui qui a voulu le tuer ? Le pardon est chemin de sainteté. Il est plus puissant que tous nos actes et nos discours sur le cours du monde.

Enfin, pourquoi pardonner ? Parce que le pardon libère du poids de nos fautes et nous lave de nos torts. Nous restons liés par les pardons que nous n’avons pas donnés. « En vérité, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 18,18). Quand on a compris combien nous allège, nous réjouit, nous fortifie le pardon reçu, donné ou demandé, on ne peut plus s’en passer. Quoi qu’il se soit passé, on ne laisse plus le soleil se coucher sur sa colère (Ep 4,26). Ce qui laisse entendre que l’on peut avoir parfois occasion de se mettre en colère, mais que rien ni personne, jamais, ne doivent empêcher l’amour, en final, de triompher.

L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. Il ne se lasse jamais ! (1 Co 13,7).

 

Voilà quelques raisons qui ne peuvent que nous inciter à mettre le pardon au cœur de nos vies. Le pardon est un visage à contempler, celui de Jésus.

Seigneur Jésus, toi qui viens demeurer en nous, apprends-nous à pardonner, apprends-nous à aimer.

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