Homélie du 18 janvier 2021

La question du jeûne pour un juif pieux est de la première importance. La liturgie juive connaissait du temps de Jésus un « grand jeûne » au jour de l’Expiation et sa pratique était une condition d’appartenance au peuple de Dieu : « Quiconque ne jeûnera pas ce jour-là, nous dit le Lévitique, sera retranché des siens » (Lv 23, 29). Mais, il était aussi courant que les juifs pieux, tels les disciples de Jean-Baptiste ou les Pharisiens, jeûnent par dévotion personnelle. C’était là une manière de manifester une attitude de confiance dans la Providence divine et d’abandon total entre les mains de Dieu.

On peut comprendre que les Pharisiens interrogent Jésus sur la non pratique du jeûne de la part de ses disciples. En fait, derrière leur question, il y a surtout celle de savoir, non pas la raison de l’absence de jeûne de ses disciples mais plutôt pourquoi, lui, ne leur prescrit pas de jeûner.

Autrement dit, c’est Jésus que les Pharisiens veulent remettre en question. Jésus l’a d’ailleurs bien perçu et c’est pourquoi il base sa réponse sur son identité d’Epoux : « Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. » En effet, comment l’épouse pourrait-elle jeûner lorsque l’Epoux est là près d’elle, elle qu’il est venu sauver et sanctifier malgré son infidélité.

Pour mieux faire comprendre aux Pharisiens la grandeur de ces Noces de Dieu avec l’humanité, Jésus va développer deux métaphores. Tout d’abord, celle du vieux vêtement, que l’on ne peut rapiécer avec un bout de tissu neuf sous peine de le voir se déchirer davantage. Ensuite, celle du vin nouveau que l’on ne peut mettre dans de vieilles outres sous peine de les voir éclater. Qu’est-ce à dire ? En fait, Jésus utilise ces images pour nous faire comprendre que la nouveauté que lui, l’Epoux, est venu apporter ne peut être comparée à un bout de tissu neuf venant se greffer sur une humanité déchirée par le péché, ni à du vin nouveau introduit dans les vieilles outres d’une humanité fragilisée par ses égarements loin de son Dieu. C’est bien plus que cela.

En Jésus-Christ, la grâce de Dieu n’est pas venue recoller des morceaux cassés. Elle est venue tout changer. Sa puissance est telle qu’il ne pouvait en être autrement. Voilà le véritable sens du salut : être totalement transformé, renouvelé, recréé à l’image et la ressemblance de Dieu. Voilà le fruit des Noces de l’Agneau de Dieu avec l’humanité, avec tout homme. Désormais unis au Fils de Dieu nous sommes devenus enfants du Père céleste et nous communions à la vie divine trinitaire.

Ce don, nous l’avons accueilli dans notre vie le jour de notre baptême et au cours de chaque eucharistie nous l’actualisons. Aujourd’hui encore, l’Epoux vient à la rencontre de nos jeûnes exprimant notre désir de le voir revenir au milieu de nous. Par son Corps et son Sang, il vient rassasier en nous la faim et la soif de sa présence et nous donner la force d’attendre sa venue définitive : « Heureux les invités au repas du Seigneur, voici l’Agneau de Dieu, l’Epoux de l’Alliance Nouvelle et éternelle, Celui qui enlève le péché du monde ».


Abbé Philippe Link