Homélie du 18 septembre 2020

Ce bref passage est comme un résumé de l’activité missionnaire de Jésus. Trois thèmes émergent de ces quelques versets :

La vie itinérante du Seigneur, qui ne s’installe pas mais « passe à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu », entraînant à sa suite ceux qui se laissent toucher par sa Parole. Cette précision résonne comme une invitation adressée à l’Église de tous les temps, de toujours se souvenir qu’elle constitue le peuple de Dieu en marche vers la Cité sainte, la Jérusalem céleste où Jésus nous a préparé une place et où le Père nous attend. Sur ce chemin, « Qui n’avance pas recule », disait Saint Bernard ; et qui ne proclame pas la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, se disperse dans les distractions de ce monde.

« Les Douze l’accompagnaient » : ils sont appelés pour demeurer auprès du Maître, dans son intimité, partageant sa vie et son activité apostolique. Le pouvoir qui leur est conféré d’annoncer à leur tour « la Bonne Nouvelle du règne de Dieu » s’enracine dans ce compagnonnage et une écoute assidue de la Parole du Seigneur (Lc 8, 21). C’est grâce à leur témoignage que Jésus nous rejoint et que nous pouvons l’atteindre.

Enfin le troisième thème souligne que les femmes sont elles aussi habilitées à suivre Jésus, alors que la tradition rabbinique n’admettait que des disciples masculins. Le nombre de ces femmes qui accompagnaient Jésus dans ses pérégrinations n’est pas indiqué ; mais trois noms sont mentionnés : Marie-Madeleine, Jeanne et Suzanne. Cette précision nous arrache aux généralités abstraites : Jésus n’est pas entouré d’une collectivité d’individus anonymes, mais de personnes ayant un nom, un visage et une histoire uniques, qui ont pu expérimenter sa bienveillance et la puissance de sa miséricorde, et qui ont librement choisi de le suivre. Ces femmes ne font pas partie du groupe des Apôtres : Jésus ne les a pas nominativement appelées à ce ministère ; mais elles font partie – et seront même les modèles – du groupe des disciples :

Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique (Lc 8, 21)

On peut sans doute lire dans ce passage une invitation adressée à la femme, de rappeler sans cesse à l’homme que toute activité, si elle veut demeurer finalisée sur le Royaume, doit s’enraciner dans une écoute préalable de la Parole.


Abbé Philippe Link