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Homélie du 1er août 2021

Jésus, quand il reproche aux juifs de ne pas avoir compris le miracle qu’il vient d’accomplir, dit ceci : « En vérité vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes ». C’est très important de remarquer que dans tout l’évangile de saint Jean, quand Jésus parle des miracles, il n’emploie pas le vocabulaire du miracle, il dit toujours : « des signes », c’est-à-dire des réalités qui signifient, qui nous renvoient à plus loin que l’immédiat. Un signe, c’est une réalité concrète, visible, tangible, mais qui nous parle d’un au-delà inaccessible que ce signe nous permet d’entrevoir comme à tâtons. Un signe, c’est par exemple précisément la manne qui, descendant du ciel, manifeste la présence de Dieu qui veut sauver son peuple en le faisant traverser le désert. La manne, ce pain mystérieux, c’est le signe de la sollicitude de Dieu pour son peuple. Dieu voulait manifester au peuple d’Israël qu’il était proche de lui. Alors, devant le désert, le lieu de la soif et de la faim, Dieu donne au peuple une nourriture qui vient du ciel, il donnera aussi l’eau du rocher pour qu’il se désaltère, afin que ceux qui ont faim puissent manger à leur faim, et ceux qui ont soif puissent boire à leur soif.

La manne est donc un signe de la présence de Dieu. Mais Jésus invite ses auditeurs à aller plus loin dans cette recherche. La manne n’est pas seulement le signe de la sollicitude de Dieu, elle est le signe du véritable pain du ciel qu’est Jésus, car de même que la manne descendait du ciel, Jésus est descendu du ciel par l’Incarnation pour nous donner cette présence de Dieu qui est la nourriture véritable de notre vie et de notre cœur. Jésus est le pain de la vie, il est la nourriture qui nous donne la vraie vie. C’est cela un signe. Vous remarquez que les juifs renvoient en quelque sorte à Jésus sa propre parole : « Quel signe nous donnes-tu pour que nous croyions en toi ? » Ils reprennent le mot même de “signe” employé par Jésus en le retournant comme une preuve. Pour eux, le signe n’est plus simplement un don qui nous conduit au-delà de lui-même à la découverte du mystère de Dieu, le signe pour eux, c’est une preuve. C’est là qu’ils présentent la manne comme la vraie preuve de la présence de Dieu. La présence de Dieu, dans l’Ancien Testament, c’est la manne qui en est le symbole, tandis que pour Jésus, la manne est le signe d’un autre Testament, d’une autre Alliance qu’il vient inaugurer et ce ne sera plus simplement un pain matériel même miraculeux comme la manne, ce sera lui-même qui se donnera en nourriture.

Dans les dimanches qui viendront, Jésus va nous conduire plus loin encore dans ce mystère. Non seulement, il est le pain de la vie parce qu’il est la nourriture du cœur, la nourriture de notre existence profonde. Non seulement Jésus est le Pain de Vie, mais encore, il va nous donner sa présence à travers un pain bien plus mystérieux encore que la manne, ce sera l’eucharistie. Ce pain qui va devenir le corps même du Christ, ce pain qui va être concrètement mangé par nous, pour que nous mangions la chair du Christ, qu’elle nous nourrisse et devienne notre propre chair. Ceci c’est ce que la suite de l’évangile nous donnera dans les pages que nous lirons les dimanches qui viennent.

Retenons aujourd’hui cette vérité fondamentale à travers les œuvres de Dieu, à travers tout ce que Dieu accomplit dans nos vies, dans son Église, dans l’histoire, il faut savoir lire des signes de la présence de Dieu, de sa vie, de sa miséricorde et de son amour. Tout ce qui nous arrive, tout ce qui se passe dans nos vies, tout ce qui se passe dans le monde est signifiant. C’est toujours une révélation partielle, tout à fait commençante mais déjà profondément nourrissante, une révélation de ce mystère de la présence aimante de Dieu dans le monde et dans nos vies. Il faut que nous sachions lire les signes. Il faut que nous sachions lire dans ce pain qui nous sera donné tout à l’heure, la nourriture par excellence qui est le corps même du Christ qui veut devenir notre propre corps, qui veut transformer notre corps en sa chair, pour que nous soyons véritablement les membres de son corps. Comme le dit saint Paul : « Nous formons un seul corps, nous tous qui avons part au même pain ».

Que le Christ, Pain de vie, soit la nourriture de notre vie, de notre corps, de notre cœur, de notre âme.


Abbé Philippe Link