
Homélie du 8 septembre 2024
L’attitude de Jésus guérissant le sourd-muet peut nous aider à renouveler en nous notre écoute et notre parole. Pour guérir cet homme, Jésus le prend à l’écart, loin du bruit de la foule. En effet, c’est dans le seul à seul avec Jésus que nous pouvons apprendre à parler et à écouter. Jésus, qui est la Parole de Dieu faite chair, veut faire de nous des porte-parole de sa Parole. Lui qui a été tout obéissant au Père, il veut nous apprendre à écouter en vérité.
Pour guérir le sourd-muet, Jésus commence par lui boucher les oreilles. Car c’est à l’intérieur de soi que débute l’écoute. Entendre Dieu qui parle en nous, dans notre cœur, dans notre conscience est un préalable pour entendre ce qu’il nous dit dans les paroles des hommes. L’écoute vraie est un exercice de discernement pour entendre ce que Dieu dit dans les événements, afin de choisir sa volonté, ce qui fera grandir son royaume et non notre propre intérêt.
Ensuite Jésus prend de la salive et touche la langue du sourd-muet. C’est sa Parole qu’il veut mettre dans la bouche de l’homme blessé. La parole de l’homme doit trouver son origine dans la Parole de Jésus qui est esprit et vie (Jn 6,63). C’est une parole qui élève l’homme, lui rend sa dignité. C’est une parole d’amour.
Jésus lève alors les yeux vers le ciel, dit notre récit, comme pour rappeler à l’homme que la Parole de vie est descendue du ciel et qu’elle y remonte en faisant son œuvre de salut dans le cœur des hommes. Nos paroles humaines doivent orienter les hommes vers le ciel afin qu’ils recherchent les réalités d’en-haut. Et l’écoute fraternelle doit nous donner de percevoir la joie des anges dans le ciel quand la communion et la réconciliation unissent les hommes sur la terre (cf. Lc 15,1-10).
Enfin Jésus soupire et dit « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ». Jésus soupire car il lutte avec l’homme. Il lutte contre la surdité et le mutisme de l’homme car il veut habiter en l’homme. Tous les sens de l’homme doivent s’ouvrir au divin. Si le Christ vient vivre en l’homme alors celui-ci est recréé. Il sait désormais reconnaître à l’extérieur de lui. Celui qui demeure en lui. Et ce qu’il donne de lui-même, il le puise dans le Christ vivant en sa chair.
En chaque eucharistie, c’est Jésus qui vient. Il nous dit : « Ouvre-toi à ma présence ». Il veut nous toucher par la communion à son Corps et son Sang. Il veut faire de nous des êtres d’écoute et de parole. « Tu m’as façonné un corps. Alors j’ai dit : ‘voici, je viens’ », dit l’Écriture (He 10,5-7). Notre corps sauvé, refaçonné par la pâque du Christ est membre du Corps du Christ. Il dit quelque chose de Dieu. Aussi, glorifions Dieu dans notre corps, comme le propose St Paul (1 Co 6,20). Et prions notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ de transfigurer notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire (Ph 3,20-21). Alors tout lui sera soumis et nous ne ferons plus qu’un avec Lui.
Abbé Philippe Link

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