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Homélie du 1er juillet 2022

Jésus appelle Matthieu. Il passe et il appelle celui qui ne l’a pas vu. Son appel est gratuit. Personne n’est exclu a priori. Ce n’est pas aux mérites, aucun critère sinon le choix, royal, de Jésus. Il donne l’appel et il donne d’y répondre. Matthieu se lève aussitôt.

Rien ne laisse supposer qu’ils se soient déjà rencontrés, Matthieu n’a pas vu Jésus. Jésus, le voit, il le connaît et il l’appelle par son nom. Il n’y aucune initiative de la part de Matthieu, qui est assis, assis parce qu’il a succombé à la séduction de l’avoir et du pouvoir, à la séduction des biens matériels et de la bonne situation sociale. Matthieu est assis parce que, quelque part, il a trahi son statut de fils d’Israël.

L’appel est immédiatement suivi de son effet, parce qu’il réveille en Matthieu un appel plus profond, un appel qui vibre en lui depuis toujours et contre lequel il a peut-être lutté, ou bien qu’il a laissé s’enfouir par paresse ou par attrait de la facilité. Mais, puisqu’il a succombé à l’attrait de l’argent, on peut supposer que c’est par facilité. Avoir de l’argent pour l’argent, c’est la réalisation du désir infantile de ne rien voir s’opposer à sa volonté propre. Je le veux, je l’ai. Une auto divinisation du moi en quelque sorte.

Et Jésus le rejoint dans cette quête éperdue et perdu : « Suis-moi ». Jésus le veut et cela produit. Aussitôt, sans délai. Voilà qui réveille en Matthieu le désir le plus profond qui l’habite. Jésus le rejoint dans ses désirs dévoyés et immatures et lui montre comme un homme le vit. Si je cherche à accomplir la volonté de Dieu, elle se produit, aussitôt. Et cela ouvre au bonheur ! Le bonheur d’être proche de Jésus, de devenir un ami du Maître.

Et Matthieu laisse tout. Mais considérons aussi le groupe de publicains qui se joint à Mathieu. Il entraîne tous ses amis, ou bien sa conversion suffit à déclencher celle des autres. Voilà une exigence première pour nous. La conversion comme acte de responsabilité ecclésiale.

C’est pourquoi les pharisiens n’ont rien compris. Ils s’excluent eux-mêmes, ils restent dans le domaine du savoir, eux qui appellent Jésus « Maître », et déclenchent une polémique. Or Jésus leur répond sur le registre de la pratique, il parle des malades qu’il faut soigner. Ceux qui offrent des sacrifices sont ceux qui ne sont pas passés à la pratique. Ils ont conscience de leur dette envers Dieu, ils voient leur maladie, mais ils ne comprennent pas le besoin impérieux où ils se trouvent d’aller chez le médecin. Or seule la miséricorde rend libre car elle libère gratuitement.

A contrario, ne faisons pas comme les pharisiens, ne créons pas une logique exclusive entre miséricorde et sacrifice qui réduirait le sacrifice à un rite obsolète. Il faut se laisser transformer par l’évangile et guérir par le médecin dont nous avons besoin. Là où est le sacrifice, il faut faire advenir la miséricorde. Ainsi Jésus s’intéresse-t-il aux pécheurs et non aux justes, car le point de départ du pécheur est le sacrifice, le règlement onéreux de ce qu’il doit. Jésus désire que le pécheur se rende compte que cette position initiale est imaginaire, et l’invite, l’appelle, à cheminer vers une autre position, celle où le prix à payer est à recevoir.

Voilà qui ouvre bien des horizons. L’homme n’est pas un éternel endetté envers son Dieu, il est un fils gratifié.

Seigneur fais-nous vivre dans la logique de ta miséricorde. Donne-nous de savoir accepter le don qui nous est fait. Donne-nous toujours d’honorer l’invitation qui nous est faite de prendre place à ta table et de partager le pain de la vie éternelle.


Abbé Philippe Link