Homélie abbé Martz – 1er dimanche de Carême

Tout au long des dimanches de ce Carême, nous suivrons le chemin de conversion et d’espérance que nous propose le CCFD cette année à partir de l’encyclique Laudato Si. En même temps, puisque c’est l’année de St Joseph, nous conclurons avec un mot sur St Joseph.

« Tout est lié » : c’est une affirmation qui revient souvent dans la désormais célèbre encyclique Laudato Si du pape François. La nature est vue comme un écosystème où chaque plante, chaque être vivant a sa place. Dans cet écosystème, l’espèce humaine a une place particulière.

Une des caractéristiques de l’homme, c’est l’esprit créatif, le courage créatif, surtout quand on rencontre des difficultés. En effet, devant une difficulté on peut s’arrêter et abandonner la partie, ou bien on peut se donner de la peine. Ce sont parfois les difficultés qui tirent de nous des ressources que nous ne pensons même pas avoir. Depuis la domestication du feu jusqu’aux voyages vers mars, l’homme qui n’a pas cessé d’innover pour faire face à des situations inédites.

La civilisation moderne s’est construite autour de ce génie créatif de l’homme. Elle en a tragiquement oublié l’autre grande originalité de l’homme dans l’univers. Saint François d’Assise loue Dieu pour toutes ses créatures. Ce faisant, il accomplit ce qui est propre à l’homme : prendre conscience de l’univers et ses mystères et louer le créateur. Quand l’espèce humaine oublie son rôle « sacerdotal » c’est toute la création qui en est bouleversée. C’est dans cette perspective, que nous pouvons lire le passage de l’Evangile de ce premier dimanche de carême :

Aussitôt l’Esprit le pousse au désert
et, dans le désert,
il resta quarante jours,
tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages,
et les anges le servaient.

C’est comme si dans la prière de Jésus, le monde visible des bêtes sauvages et le monde invisibles des anges retrouvaient leur harmonie. Et c’est un message très actuel. Si nous voulons vivre en meilleure harmonie avec la nature, il nous faut devenir plus religieux. Le retour à Dieu, la conversion à Dieu, thème central du carême, fait partie de la conversion écologique de nos sociétés occidentales.

Toutes les créatures se battent pour survivre. Seul l’humain est capable de lever les yeux vers le ciel infini, de s’émerveiller, de rendre grâce d’être. Il y a un temps pour tout. Un temps pour se battre, pour travailler pour obtenir nos moyens de vivre. Les déserts restent les seuls lieux de la planète où la pollution lumineuse permet encore de contempler le Ciel étoilé dans toute sa majesté. L’Esprit pousse Jésus au désert, le lieu par excellence du dépouillement et de la sobriété, le lieu de la contemplation silencieuse. On n’y gaspille rien et on y vit de peu mais dans le domaine spirituel, tout nous est donné : Dieu est sans cesse là, frappe à la porte de notre cœur, nous donnant toutes les richesses de son esprit.

Quel est alors notre effort ? J’aime beaucoup cette parole que j’ai recopié un jour sans me souvenir de son auteur : « L’apparition de la lumière ne jaillit pas à l’issue d’une acquisition mais d’un dépouillement de ce qui peut faire obstacle. »

Se laisser dépouiller de ce qui fait obstacle. Nous connaissons ce qui fait obstacle au jaillissement de la lumière, de l’amour, de la paix en nous. Gourmandise, avarice, luxure, paresse, colère, jalousie, orgueil. Combien de belles et géniales inventions sont mise au service de nos plus bas instincts.

Comme l’Esprit pousse Jésus au désert, l’Esprit, la petite voix de Dieu en nous, nous appelle à vivre plus, à nous ouvrir à son Amour infini. C’est la vocation propre de l’homme. Nous sommes nés pour cela et nous n’avons que cette vie pour le faire. Et cela nous est rappelé par la cérémonie des cendres : souviens toi que tu n’es que poussière et cendres. Un jour tu ne seras plus et qu’aura tu fais de ta vie ? L’ordinateur le plus sophistiqué ne peut te procurer la vie éternelle.

N’est-il pas temps, grand temps d’entendre la petite voix qui t’appelle à vivre plus, plus intensément, à t’ouvrir à toutes les richesses de l’Esprit saint ? Notre civilisation technicienne qui invente à n’en plus finir doit se rappeler cette vérité : « L’apparition de la lumière ne jaillit pas à l’issue d’une acquisition mais d’un dépouillement de ce qui peut faire obstacle. » Saint Joseph le charpentier est l’ancêtre de nos ingénieurs. Il a vécu dans le désert de Nazareth, un village sans prétention, en marge des grandes routes commerciales du Proche Orient ancien. Nous pouvons tous imiter en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, l’homme qui louait Dieu par son travail minutieux de charpentier.

Amen