3ème message de l’Avent

3ème message de l’Avent

« Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Cor 12,10)

Voici deux histoires qui s’enclenchent dans leurs richesses humaines et spirituelles.

L’une biblique, connue par tous (Luc 1,5-25 ; 57-66), l’autre – un conte populaire, raconté en Afrique.

Elisabeth et Zacharie

Élisabeth et Zacharie n’attendent plus rien. Ils ont vécu leurs vies, sont vieux.

Ils ont beaucoup prié, sont restés fidèles au Seigneur et à eux-mêmes. Ils ont fait du bien, ont soigné la vie qui les entoure et leurs intérieurs.

Ils ont souffert car pour un couple, ne pas avoir d’enfants, c’est comme si le fruit de leur amour était incomplet. Cette raison de vivre ne leur avait pas été donnée. Maintenant, c’est oublié. La vie a poursuivi avec d’autres engagements – reconnaissante pour tout et bienveillante. La vie de prière et de cette proximité au Seigneur qui a arrêté la demande. Qui a même cessé de vouloir comprendre. Comme une racine qui relie tout mais pas forcément dans l’attente.

Car la demande épuise l’attente. Elle se place aussi dans une logique qui peut enfermer, et celui qui demande, et l’autre sollicité, dans une prière trop insistante. Parfois aussi elle risque de se figer et de continuer à exister sans vie qui, par définition, évolue.

Mais le temps passé n’a pas la même valeur dans le présent et le désir humain y reste vivant. Il ne se dilue pas et enfile des vêtements d’un autre sens. Il façonne. Et rien après n’est plus comme avant.

C’est alors que le couple se laisse surprendre par l’Ange du Seigneur qui annonce :

“Élisabeth va mettre au monde votre enfant !”

Sidération.

Maintenant ?!

N’est-ce pas trop tard ?

Ce n’est plus le moment…

 

Zacharie reste sans voix, qu’il ne retrouve qu’au moment de la naissance de Jean et plus précisément, quand il écrit son prénom. Quand il nomme.

Faut-il alors oublier d’espérer pour que le désir le plus profond soit entendu, exaucé, réalisé ?

Demande abandonnée, oubliée ne ferait-elle place à la grâce qui opère hors temps et circonstances ?

Consentir à son mystère nous apprend alors la confiance.

Un enfant tombé dans un puits

Dans un village un petit enfant jouait près du puits à la proximité de la maison. On ne devinera pas comment, il a glissé dans un puits à moitié plein. Ah las !

Il crie et, heureusement, se fait entendre : ses appels au secours arrivent jusqu’à sa mère. Il faut dire que les mères ont cette capacité d’entendre beaucoup des choses et de loin. Elle court, elle vient ! Pauvre mère ! Elle a couru autant que ses pieds pouvaient la porter !

Mais entendre ce n’est pas tout. Elle voit son enfant se débattre dans le fond du puits et reste impuissante. A son tour elle appelle à l’aide.

Les voisins arrivent en hâte mais ne sachant quoi faire, supportent avec la femme sa détresse.

Arrive un homme qui immédiatement inspire la confiance à tous. C’est tout de même la dernière chance pour l’enfant et tout le monde s’y accroche. Il s’approche du puits, regarde calmement l’enfant, sans un mot, sans rien faire. Il attend. Il semble ne pas être bouleversé, ne pas être touché et provoque la sidération.

Car l’espoir semé ne se laisse pas déloger mais se sent trahie, abandonnée. Le présent qui devient en un éclat le passé : inconsolable, déjà enterré. Oh, pourtant, il pouvait le sauver ! Il pouvait renverser le destin, rétablir un heureux chemin.

Puis rien… Le « spectacle » est fini, le corps de l’enfant semble être sans vie…

Pendant ce temps l’homme n’écoute pas le brouhaha extérieur, il suit l’essentiel. Ce qui est pris par une cynique présence, est une concentration. Une fois l’enfant inanimé, il le sort, le ravive et le rend à sa mère.

Pourquoi avait-il attendu le dernier moment ? Avait-il joué avec le temps et les émotions ? Voulait-il épuiser l’amour de la mère et son attente ? Non, dit-il simplement. Il fallait attendre l’épuisement total des forces de l’enfant pour qu’il se laisse sauver. Autrement, dans son instinct de survie, il aurait pu entraîner son sauveteur avec lui, au fond du puits. C’était alors le seul moment d’agir. Surtout pas avant mais pas plus tard non plus.

L’homme étant de passage, demande la route et part. Et dans le village on se souviendra de quelqu’un de mystérieux, qui ne parlait pas beaucoup, n’a pas fait de bruit. D’un sage. Ou d’un ange.

En Afrique, celui qui veut partir, demande la route à ses convives, et donner la route c’est dire une bénédiction.

En chemin vers l’Avent, pourrions-nous mutuellement nous demander et donner la route ?

Pourrions-nous accueillir la grâce de toutes circonstances ?

Dans le silence et sans agitation, viendra peut-être la confiance?

L’Avent, Marie, fais-moi connaître ta route

L’Église célèbre aujourd’hui la solennité de l’Immaculée Conception.

Le Pape François nous invite à prendre soin de notre propre « maison intérieure », Marie est notre modèle dans ce chemin d’espérance. La disponibilité de la Vierge Marie et sa confiance en Dieu a permis l’accomplissement de la promesse de Dieu. Marie a su écouter la Parole de Dieu et se confier totalement à sa volonté, l’acceptant sans réserve dans sa propre vie. Elle a mis tout son être à la disposition de Dieu.

Découvrons donc Marie pendant ce temps de l’Avent, la femme qui a vécu son chemin de foi auprès de son fils. Marie est notre compagne de route, une mère qui accompagne, qui console et qui aide à notre croissance dans la foi. Dès lors Marie n’est plus une figure que l’on contemple de loin mais une maman à qui l’on parle, à qui on se confie. « Fait-moi connaitre ta route ». Invitons Marie à marcher avec nous sur notre chemin vers Noël, elle « la première en chemin » et une « témoin de l’Espérance » Elle nous apprends à écouter la Parole de Dieu dans toutes les circonstances de la vie, elle nous apprend à dire notre OUI à l’appel du Seigneur, même dans notre vie quotidienne.

  • Comme Marie, comment se disposer à accueillir le message de Dieu à travers tout ce qui se passe et m’entoure en ce moment de ma vie ? en ce moment de pandémie ? Quelle invitation à l’espérance, à la conversion et à la douceur ?
  • Comme Marie qui a su attendre dans l’Espérance, en renonçant à ses projets, comment je me prépare à vivre ces jours jusqu’à Noël ? Qu’est-ce que j’attends, qu’est-ce que je désire pour moi, pour ma famille pour nos communautés ?

Marie est pour nous le modèle de la vie intérieure, entièrement donnée à Dieu. Elle nous apprend à vivre sous le regard de Dieu, dans l’humilité, le silence, la douceur, la patience, la simplicité, et toujours dans une parfaite soumission à la volonté de Dieu. : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38). Elle s’offre pour donner corps à la promesse, et s’efface aussitôt pour l’offrir au monde.

L’espérance de la Vierge ne vacille jamais ! Femme d’espérance ! Cela nous dit que l’espérance se nourrit d’écoute, de contemplation, de patience pour que le temps du Seigneur arrive à maturité. Ce chemin vers Noël, c’est d’abord celui de Marie elle-même. Un chemin éclairé par la foi et la confiance totale en Dieu, depuis le oui de l’Annonciation jusqu’au chemin de croix. C’est un chemin de foi ! Un chemin fait de questions, de gestes, de paroles, mais surtout chemin d’une confiance absolue dans la fidélité de Dieu.

Soeur Régina

Songer, cheminer avec Marie

L’Ange d’en haut me surprends…

il m’annonce ta naissance et que tu aurais besoin de moi pour venir parmi notre monde

fais-moi connaître ta route

Je cours voir mon fiancé mais comment lui annoncer ?

pourrait-il comprendre ? va-t-il suivre ?

Joseph, fais–moi connaître ta route

J’ai besoin de m’éloigner, de m’isoler

prendre la route, traverser le désert, marcher à la montagne

pas pour fuir mais pour entrer en soi

rejoindre celui qui est déjà l

fais-moi connaître ta route

Une idée me vient d’aller voir ma cousine qui habite suffisamment loin

avec elle se sentir un peu moins seule

voir une femme qui pourrait entendre

enlacer le mystère, épouser l’inexplicable

Élisabeth, fais-moi connaître ta route

Les deux enfants se parlent

n’est–ce pas plus simple ainsi ? par où ce dialogue passe-t-il ?

les mains des femmes entrecroisées sur leurs ventres

religerer, dit-on

croire sans avoir vu ni compris

Jean-Baptiste, Jésus, faites-moi connaître vos routes

Comme ce monde est étrange, sa sensibilité vacillante qui refuse de s’y reconnaître

alors que tout parle, si on veut entendre

tout est lié et relié des milliers de fois, comme une chance sans cesse revenante

comme un échafaudage en ronds qui s’enlacent mutuellement

pour à la fois cacher et montrer le chemin

comme une autre dimension qui ouvre à la transmission du mystère

fais-moi connaître ta route

Arletta Thomas

L’Avent, s’ouvrir à la douceur dans l’attente

Si tous les ans pendant le temps de l’Avent nous attendons le même événement – la naissance de Jésus, notre Messie – au fil des années nous nous rendons compte que chaque fois cette attente devient autre, différente. Dans l’attente de la naissance du Christ, c’est nous et notre monde du moment qui sommes différents. Aujourd’hui, l’attente serait-elle confinée avec nous?

Que peut-il advenir de cette attente ? Qu’attendons-nous au juste ? Mais encore : avons-nous la place et le temps d’attendre ? Puis d’accueillir et d’intégrer Jésus dans notre vie de tous les jours ?

Petit ou grand, souvent nous avons entendu dans notre vie : attends! De la part de celui qui est pressé à celui qui gène, encombre probablement. C’est une des attitudes qui résiste beaucoup à l’éducation et à l’entraînement car, finalement, personne n’aime attendre. Aujourd’hui, « confinés dans l’attente », que désirons-nous le plus ardemment ? Avec ce sentiment de ne pas avoir la liberté d’agir à notre goût, nous revendiquons presque en vrac : la possibilité de nous déplacer plus facilement, ne pas être obligés de justifier nos mouvements par des attestations/dérogations, travailler pour ceux qui en sont empêchés, vendre, acheter, vivre et respirer librement, se rencontrer et célébrer en communauté. Tout cela demandé si impatiemment… alors qu’il nous faut juste attendre un peu. Face à l’éternité, ce ne serait pas long… Ça pourrait être une occasion, peut -être, de s’ouvrir différemment à notre monde et de faire autrement place à nos soeurs et frères en humanité. Faire de la place plus largement. S’ouvrir à notre Dieu qui vient nous visiter en petit enfant.

S’ouvrir à notre Dieu car il est annoncé et vient, sans aucune dérogation, ni papiers nécessaires pour la circulation. Pourrions-nous l’accueillir et nous accueillir mutuellement malgré ou surtout dans cette situation d’un certain désert, de souffrance ? Avec une possible douceur de l’attente, comme nous le propose le Pape François, s’accueillir d’abord soi-même mais aussi faire de la place à l’autre, l’écouter et le respecter dans son mode de vie, dans ses besoins et dans ses exigences. « Nul abaissement, accablement, nulle envie de dominer ou d’imposer ses idées et ses intérêts au détriment des autres. » (Pape François dans Angélus, 01.11.2020, concernant la troisième Béatitude). Patiemment et sans tarder lui faire de la place avec cette proposition: « Fais-moi connaître ta route » (JMMR 2020). Réunir nos attentes, les coeurs nourris et reposés par elles, au point de ne plus distinguer qui attend, qui montre la route, qui suit. Puis y investir toute notre liberté intérieure, notre espérance, notre résilience, notre force et notre faiblesse.

Partager la route et réaliser que rien maintenant n’est plus comme avant. Sauf celui qui vient et qui continue de nous aimer fidèlement. Alors, laissant de côté tout effort, permettons à la Tendresse et à la Douceur de Dieu de nous bercer, nous apaiser, nous tirer vers un monde meilleur. Suivons ses pas et sa route. Laissons libres nos corps et nos âmes de recevoir la grâce venant autant de l’attente que de la présence de Dieu, déjà là.

Bon temps de l’Avent !