Je donne à l'église
nos paroisses
Horaires de messes
GoMesse

Homélie abbé Martz – 30ème Semaine du Temps Ordinaire

Évangile (Mc 10, 46b-52) :

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni , que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. – Acclamons la Parole de Dieu.

Cette semaine missionnaire mondiale se termine sur un moment de partage avec des membres de l’association Référence. Association qui milite pour le Vivre ensemble.  Association qui comporte des chrétiens et des musulmans.

Vivre ensemble entre membres pratiquants de deux religions différentes ? Est-ce possible ?  Grave question et tellement au cœur de l’actualité. Et, à la messe des enfants, c’est même un thème très actuel car ils sont les premiers à vivre ensemble dans leurs cours de récréation. Ils sont de différentes religions et origines. Vivre ensemble entre membres pratiquants de deux religions différentes ? Est-ce possible ?

Pour la laïcité dure et militante, la réponse est simple. C’est impossible : l’histoire ancienne le prouve. Il faut donc effacer les religions de la mémoire collective et militer pour un homme nouveau. Un homme débarrassé des croyances et de la morale des siècles passés.  La religion doit disparaître des écoles de la République pour qu’y soient enfin éduqués des citoyens libres. Libres de leur genre, libre de leurs croyances, libres de leurs mœurs.

Pour nous, qui avons construit nos vies sur le socle sûr de la foi en Dieu, ce n’est pas possible. Nous pensons que notre religion nous apporte des biens essentiels : l’amour de Dieu et du prochain, un socle de valeurs morales solides et non révisables au gré des sondages, et surtout, elle ouvrent notre âme à l’Esprit de Dieu. Par son Esprit, Dieu nous transforme pour nous rendre capables un jour d’être dans la Lumière éternelle pour toujours. Sans la religion quel sens pour notre vie ? Quel appauvrissement pour la civilisation…

Alors la question est posée. Dieu est-il rassembleur ou diviseur ? Si Dieu est l’Unique lance-t-il les uns à l’assaut des autres ? Les cathos à l’assaut des musulmans, les musulmans à l’assaut des cathos, les cathos entre eux sont-ils condamnés à se déchirer entre sensibilités qui s’excluent radicalement ?

C’est un peu avec cette question que je voudrais relire l’Evangile d’aujourd’hui. La guérison d’un aveugle. Car, aveugles, nous le sommes tous. Nul ne peut voir Dieu sans mourir. Acceptons cela. Nous sommes des aveugles et Dieu doit nous ouvrir les yeux comme le Christ a guéri l’aveugle de Jéricho.

Ainsi Dieu nous parle. Dans les Ecritures, dans le Verbe fait chair Jésus Christ. Et si nous croyons que ces témoignages sont inspirés par l’Esprit de Dieu, alors leur sens n’est jamais clos. Alors nous n’avons jamais fini de les relire.

Dans la tradition juive, on distingue quatre sens dans les textes bibliques. La tradition chrétienne qui en est issue définit ces quatre niveaux en ces termes : littéral, allégorique, moral, et mystique.

En d’autres termes, face à un texte biblique, c’est une bonne chose de se demander : comment éclaire-t-il ma foi (sens allégorique) ? Comment nourrit-il ma charité (sens moral) ? Comment soutient-il mon espérance (sens mystique) ?

Ce qui nous pose problème est le sens littéral. Les Ecritures sont nées dans un contexte culturel, historique et scientifique si différent du nôtre. Pour comprendre le sens littéral, il faudrait être sacrément doué en histoire. Le sens littéral n’est pas, en effet, ce qu’un lecteur d’aujourd’hui comprend spontanément, mais ce que l’auteur ancien entendait signifier.

Je vais appliquer cette méthode des quatre sens à l’Evangile de ce dimanche. Un lecteur d’aujourd’hui, pétri de science médicale, aurait tendance à dire que Jésus a agi par suggestion hypnotique, il fait appel à des ressources cachées dans le subconscient de l’aveugle. Or réduire l’action de Jésus à celle d’un sophrologue extraordinairement doué, n’épuise pas le sens de ce miracle.

Prenons un autre exemple. Lorsque Luc dans l’Évangile écrit : « Ayez la ceinture aux reins. » (Luc 12, 35), il ne prétend évidemment pas donner un précepte vestimentaire voire interdire le port des bretelles ! « Soyez disponibles » : voilà ce que l’évangéliste veut dire.

Il faut donc vite recourir aux sens spirituels.

Le sens spirituel allégorique nous dit que Jésus est le grand illuminateur de l’humanité. Le suivre, c’est entrer dans la Lumière. Venir à la lumière cela veut dire prendre conscience. Le Christ est celui qui nous ouvre les yeux doublement. Il nous fait prendre conscience de la cause de nos souffrances, le péché. Il nous fait prendre conscience de qui est Dieu pour nous : Dieu est amour, Dieu est Lumière. S’il nous révèle notre péché c’est non pas pour nous condamner mais pour nous amener à la guérison.

Le sens spirituel moral nous enseigne comment diriger justement notre conduite. Aveugles, nous le sommes tous ensembles. Nul ne peut voir Dieu sans mourir. Acceptons cela. Nous sommes des aveugles et Dieu doit nous ouvrir les yeux comme le Christ a guéri l’aveugle de Jéricho. Cela nous ramène à une grande humilité. Avant de nous lancer à la figure nos différences religieuses acceptons que, face aux choses de Dieu, nous sommes comme des aveugles qui tâtonnent dans la nuit.

Le sens anagogique est celui, littéralement, qui nous conduit vers le haut, qui nous indique vers quoi il faut tendre. Ici, il s’agit de la foi. Croire, ce n’est pas encore voir. C’est faire confiance sans voir.  Ici-bas nous cheminons dans la foi, un jour, nous verrons Dieu tel qu’il est.

Ainsi la Parole divine est d’une richesse INFINIE…Si nous cessons de la lire de façon trop littérale, c’est-à-dire fondamentaliste, alors un dialogue entre croyants devient possible.

Dieu ne sera pas le diviseur mais celui qui nous rassemble. Et c’est ce qu’il nous révèle vouloir être : « Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient. » Revenons à Dieu.

Amen