Je donne à l'église
nos paroisses
Horaires de messes
GoMesse

Homélie abbé Martz – 28ème Semaine du Temps Ordinaire

Évangile (Mc 10, 17-27)

En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » – Acclamons la Parole de Dieu.

Je commence par deux souvenirs : la première parole de mon professeur de philosophie en classe de terminale et ma première visite au monastère de l’Oelenberg au sud de Mulhouse.

La première parole de mon professeur de philo était de Karl Jaspers, un allemand : l’homme est le pèlerin de l’absolu et de la sagesse.

Et puis, lors de ma première visite du monastère de l’Oelenberg, j’ai eu le privilège de rentrer dans la clôture, la partie privée des moines. Et, sur l’escalier qui mène au dortoir, j’ai vu un squelette de taille adulte.

Le lien entre ces deux souvenirs ? La sagesse commence avec la prise de conscience de notre mortalité. Ainsi les moines tous les soirs et tous les matins passaient devant ce squelette. Se rappelant le caractère bref, fragile, et donc précieux, de leur vie, ils devenaient chaque soir et chaque matin un peu plus sages. Car on a beau être moine et avoir fait les vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance, ne pas avoir de compte en banque personnel, et être terriblement attaché à beaucoup de choses : sa bonne santé, ses savoirs, ses convictions, sa place dans la communauté. Et il faut un squelette pour nous rappeler que tout cela ne dure pas. Nos grandes comme nos petites richesses ne sont rien au regard de l’éternité. Dans quelques dizaines d’années Bernard Tapie sera oublié et bien d’autres avec lui.

Ainsi, de la sagesse, le roi Salomon a pu écrire : « Tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas.

Héritier de son père David, Salomon était immensément riche et pourtant, il est considéré par la tradition juive comme le modèle de la Sagesse. Quand Jésus affirme : « Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par passer par le trou d’une aiguille », il ne parle pas que de la richesse monétaire et immobilière. Le moine peut être « riche » s’il n’est pas détaché, libre. Nous pouvons être riches de nos savoirs, de nos relations, de notre bonne santé, de nos idées politiques. La grande leçon des saints est dans l’humilité et dans le détachement, l’abandon à la volonté de Dieu. Plus nous sommes vides de notre ego mondain, plus nous pouvons nous laisser remplir de l’amour de Dieu et faire l’expérience de la joie. C’est la sagesse des saints. C’est la sagesse que cherche le jeune homme riche. Il observe les commandements depuis son plus jeune âge. Il entend Jésus lui dire : « Lâche prise de tout et viens, suis-moi ».

Je suis toujours amusé quand j’entends : « Oh, il suffit de lâcher-prise ». Car il n’y a rien de plus difficile que de lâcher prise de ce à quoi nous nous accrochons. Pensons à toutes ces vieilles personnes devenues fragiles mais qui s’accrochent coûte que coûte à leur domicile. Lâcher prise, c’est s’exposer, devenir vulnérable, dépendant. Et cela est très difficile.

Alors sommes-nous condamnés à souffrir de nos attachements et de notre peur de perdre ce que nous avons ? Est-il donc impossible de trouver le Royaume et la Sagesse ? « Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par passer par le trou d’une aiguille ». Souvenons-nous que Jésus est un conteur oriental qui parle avec des images fortes et frappantes.

Rien n’est impossible à Dieu. La première illusion dont nous devons lâcher prise est de croire que nous pouvons faire cela tout seuls. Acceptons avec humilité que : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Donc commençons à prier, adorer, rendre grâce. Dans l’humilité, la patience et la confiance en Dieu est le secret de la Sagesse.