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Homélie abbé Martz – 15ème dimanche ordinaire

Prédestinés et libres

Mercredi la France célèbre sa fête nationale. Celle d’un pays qui affiche avec fierté sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais au fait, la liberté n’est-elle pas une illusion ?

Curieusement, les mêmes qui revendiquent la liberté comme une sorte de droit inné, lisent des magazines qui proposent des horoscopes, comme si leur destin était déjà écrit dans les astres. Et, pour les plus rationalistes, la science neurobiologique a tendance à nous dire que tout est inscrit dans nos gènes et que dès les premières années de sa vie, le caractère est déjà programmé dans le cerveau.  Le reste, le déroulement de notre vie se fait selon les jeux du hasard et de la nécessité. En conséquence, nous ne sommes ni vraiment libres ni vraiment responsables. Alors si, en plus, Saint Paul, écrit que Dieu nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, que Dieu nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ, tout n’est-il pas écrit et joué par avance ? Sommes-nous prédestinés au Ciel pour certains, à l’enfer pour d’autres ?

La question de la liberté et de la grâce de Dieu a depuis toujours préoccupé les théologiens. Dans sa lettre aux Corinthiens Saint Paul intègre une sorte de profession de foi : sans doute une des plus anciennes.  Elle est écrite sous forme d’action de grâce : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit… En lui, nous avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé. » Des théologiens se sont battus avec cette affirmation de Saint Paul : notamment Calvin le protestant réformé.

Être prédestiné : cela ne doit pas signifier que tout est écrit et que Dieu a d’avance prédestiné les uns pour la Béatitude éternelle et condamné les autres. Être prédestiné signifie que Dieu a le même projet pour tous. Qu’il nous a prédestiné au salut éternel, qu’il nous a prédestiné à partager sa Gloire. La prédestination veut dire que l’homme est préprogrammé pour la communion avec Dieu. L’homme selon la formule d’un théologien actuel est une existence naturellement ouverte au surnaturel. Son ouverture à Dieu est donc inscrite dans sa nature humaine.

C’est néanmoins notre responsabilité de choisir le Bien, de faire notre option fondamentale pour Dieu. Une fois que nous faisons ce choix fondamental pour Dieu, la vie reste soumise aux aléas des accidents, de la météo, et bien d’autres choses. En revanche, même s’il y a une part de hasard, la providence mystérieuse de Dieu est là pour tout orienter selon notre bien. Et je répète la belle formule d’un théologien actuel : l’homme est une existence naturellement ouverte au surnaturel. L’ouverture à Dieu est donc inscrite dans notre nature humaine.

Et c’est bien pourquoi Jésus envoie ses disciples en mission. Il recommande aux douze apôtres qu’il envoie deux par deux : » Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » On ne force pas l’accueil mais on témoigne. C’est bien la règle que se donnent les visiteurs de malades en hôpital ou en institution : on ne force pas l’accueil mais on est prêt à témoigner de ses convictions sans violenter celle de l’autre. Nous retrouvons la problématique de la liberté.

Après des siècles de contrôle social par l’Eglise, l’homme moderne et post moderne réclame le droit de croire ou de ne pas croire et, s’il croit, de croire comme il veut. La liberté individuelle est devenue une sorte de valeur quasi sacrée. Surtout en matière de religion ! Même les parents n’osent plus transmettre leur foi aux enfants de peur de ne pas respecter leur liberté. « Ils n’ont qu’à choisir plus tard » est une phase que j’entends souvent. Cela est dû dans la plupart des cas au fait que papa et maman n’ont pas la même religion ou ne partagent pas les mêmes convictions.

Si l’humain est préprogrammé pour la communion avec Dieu, si l’humain, selon la formule d’un théologien actuel, est une existence naturellement ouverte au surnaturel, si son ouverture à Dieu est inscrite dans sa nature humaine, alors c’est quand même dommage de passer à côté d’un tel destin. Il existe peut-être plusieurs chemins pour trouver Dieu. Mais en Jésus Christ, Dieu vient nous proposer un chemin si direct que nous devons le faire connaitre. Et particulièrement à ceux que nous aimons le plus. Ce serait quand même dommage pour nous autres, déjà engagés avec le Christ sur ce chemin, de ne pas le proposer.