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Homélie abbé Martz – 14ème dimanche ordinaire

Faiblesses, caricatures, préjugés

La deuxième lecture, très belle confession de saint Paul, nous rappelle que tout apôtre même le plus extraordinaire, reste humain. Cette écharde dans la chair a stimulé l’imagination de tous les commentateurs de la Bible. Nous ne pourrons jamais dire en quoi elle consistait. C’est le secret de Saint Paul et nous avons droit à nos secrets de confession. Ce qui est important est que, en tant qu’humain, il a des faiblesses. Celles-ci lui permettent de rester humble. Autrement, il pourrait croire qu’il maîtrise tout par la puissance de sa volonté. Ainsi, il peut dire : « Je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure ».

Chacun de nous connait l’une ou l’autre faiblesse de caractère. Parfois nous les connaissons, parfois les autres les voient mieux que nous les voyons nous-mêmes. Elles nous rendent un peu moins prétentieux. Nous pouvons remercier Dieu pour cela. Comme Saint Paul le fait humblement.

En ce qui concerne Jésus, ses concitoyens reconnaissent sa sagesse et ses miracles. Pourtant, ils doutent… La faiblesse de Jésus est tout simplement d’être né à Nazareth, dans un village où l’on se connait tous trop bien. Alors ses frères sont jaloux et se disent : « Mais qu’a-t-il de plus que nous ? » ; « D’où lui viennent cette sagesse et ses miracles ? ». Et ils rejettent le bébé avec l’eau du bain, comme on dit familièrement. Ou, pour employer une expression biblique, nous avons tendance à ne voir que le vase d’argile et oublier le trésor qu’il cache en lui.

Comme les habitants de Nazareth qui croient connaître Jésus, les chrétiens d’Occident, croient connaître l’Évangile, l’histoire de l’Église, et trop souvent n’en connaissent que des caricatures. Ils s’en tiennent à leurs préjugés qu’ils ne vérifient pas.

Il y a un mot, en effet, qui me revient à la lecture de cet Évangile. Un mot très à la mode sur les ondes et les écrans. C’est le mot « préjugé » : « Jugement sur quelqu’un, quelque chose, qui est formé à l’avance selon certains critères personnels et qui oriente en bien ou en mal les dispositions d’esprit à l’égard de cette personne, de cette chose » selon le Larousse.

 Le racisme est « un préjugé » : c’est un antagonisme dirigé contre une personne d’une race différente, fondé sur la croyance que sa propre race est supérieure. Le préjugé est souvent construit sur quelque chose qui a existé mais il est réducteur. Le préjugé est toujours réducteur : il réduit une personne ou une catégorie de personnes à un aspect.   Heureusement, l’Église ne véhicule plus les préjugés racistes à l’égard des juifs. Mais attention ! On retrouve dans nos discours chrétiens une image négative des pharisiens les confondant avec une dévotion ostentatoire, un formalisme excessif et à des attitudes hypocrites. Ces reproches adressés par Jésus à certains pharisiens de son époque, ont parfois colorés toute notre attitude à l’égard du judaïsme. Attention, ne pas entretenir de préjugés signifie simplement qu’on se garde de réduire l’autre à des idées simplistes et des caricatures.  « Ne pas avoir de préjugés » ne signifie pas « ne pas avoir de convictions. »

Faut-il s’étonner que certains véhiculent des préjugés lourds contre les catholiques ? Les caricatures de Charlie Hebdo sont pleines de préjugés haineux même si c’est de l’humour. Nous en souffrons malheureusement. Et la voix sage et prudentielle de l’Église en matière de bioéthique est devenue inaudible à cause de certains abus scandaleux. Le préjugé devient parfois caricature.

Comme Saint Paul a eu des faiblesses, une écharde dans sa chair, des hommes d’Église parfois réputés, cardinaux ou fondateurs de communautés nouvelles, se sont montrés faibles là où on les mettait sur un haut piédestal. Avaient-ils une double personnalité ? Était-ce leur trop grande notoriété qui les a rendus orgueilleux et vulnérables ? Peut-être les deux ? Certains sont morts et on ne les interrogera plus. Une faiblesse dissimulée devient scandale, une faiblesse avouée devient chemin d’humilité. Toujours la même image de ce trésor porté dans des vases d’argiles fragiles. C’est l’image aussi du Christ, qui, comme l’hostie, se donne entre les mains humaines, pour être partagé. Mieux vaut l’humilité que le scandale qui amène bien des hommes à rejeter l’Église avec la sagesse et les Mystères du Christ qu’elle est chargée de célébrer. A cause de cela, ils vont se priver des trésors de la Vie divine : « Là, dit l’Évangile, il ne pouvait faire aucun miracle ». Malgré nos faiblesses et en toute humilité, permettons au Christ d’accomplir des miracles.