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Homélie abbé Martz – La tempête apaisée

Cette étonnante histoire de la tempête apaisée a dû marquer les esprits. En tous cas, elle figure dans trois des quatre Evangiles. Un soir, après une journée intense, Jésus monte dans une barque et demande à ses apôtres de passer sur l’autre rive. Il s’endort à l’arrière de la barque. Soudain se lève une grande tempête. Les vagues viennent se jeter dans la barque qui se remplit. Jésus se réveille et calme la tempête et les angoisses de ses disciples.

Dans ce fait divers plutôt inhabituel, le lecteur averti sait percevoir d’autres messages. Passons sur l’autre rive : c’est avec cet ordre que l’histoire commence. Toute au long de notre vie nous sommes obligés de quitter le connu pour l’inconnu. Nous déplacer vers l’ailleurs est en même temps attirant et inquiétant.

Pour les juifs, les eaux de la mer, représentaient le lieu du mal, parce qu’à la différence de la terre ferme, l’eau est par excellence le lieu de l’instabilité. La mer est peuplée de créatures inquiétantes et on n’en connait pas les limites.

La mer représente c’est cet autre que nous ne maîtrisons pas dans notre famille, notre communauté paroissiale, des petites mers, mais dans lesquelles, nous le savons, peuvent se déclencher à l’improviste, de grandes tempêtes. Qui n’a pas connu une de ces tempêtes ? Une réponse alarmante du médecin et nous voilà en pleine tempête.

La mer représente notre cœur lui-même. Pour le psychanalyste, la mer c’est la profondeur abyssale de l’inconscient humain peuplé d’instincts sauvages, de souvenirs perdus et parfois traumatisants. Bref ce qui fait peur et échappe au contrôle du moi conscient. Ce qui vient parfois secouer notre image sociale de gens bien éduqués.

Si l’on se dit que la barque des disciples, la barque de l’apôtre Pierre et de ses lointains successeurs, est l’Eglise catholique, alors on comprend vite que des vagues puissantes et inquiétantes sont en train de la secouer. La vague des abus sexuels et la vague de la sécularisation en Europe, celle des persécutions dans d’autres parties du monde. La vague des abus sexuels et les manipulations mentales, surtout ceux commis par des fondateurs de communautés considérés comme de grands guides spirituels est plus qu’une vaguelette.

C’est une grosse tempête qui risque effectivement de faire chavirer la barque. Sauf si l’Eglise réveille la présence silencieuse du Seigneur dans la Parole de Dieu, dans les sacrements. Le Seigneur Jésus, son calme majestueux, sa maîtrise des destins et de même des forces du créé doit rassurer les pauvres chrétiens si vite effrayés que nous sommes. Rien n’échappe à Dieu qui calme le vent. Il gouverne tout par sa Providence mais de façon à laisser ses créatures user de leur liberté. La liberté est ce par quoi nous sommes à l’image de Dieu. Jésus ne nous donne pas de recette magique pour éviter toutes les tempêtes. Il n’a pas promis de nous épargner toutes les difficultés ; il nous a en revanche promis la force pour les surmonter. Le moyen pour garder Jésus dans la petite barque de notre vie et de notre famille, c’est la foi, la prière et la fidélité aux commandements. Nous vivons une époque où les changements sont si rapides et imprévisibles : obligés de nous adapter aux nouvelles technologies, à des changements de sociétés d’une rapidité inouïe. Sans la foi, et sans ce lien vital avec le Christ, comment maîtriser ces forces du destin, de l’inconscient, de l’histoire qui s’emballe ?

La foi est cette confiance que tout se terminera bien, quelle que soit la gravité des dangers qui nous menacent. Réveillé, Jésus ordonne à la mer de se calmer : « ‘Silence, tais-toi !’. Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : ‘Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?’ ».

La confiance en Dieu : voilà le message de l’Evangile. Ce jour-là, c’est parce qu’ils avaient pris Jésus avec eux dans la barque avant de commencer la traversée, que les disciples ont été sauvés. Et ceci est pour nous également la meilleure garantie contre les tempêtes de la vie.

Mais, il nous faut passer sur l’autre rive. Notre vie nous oblige à nous déplacer, le temps qui passe, la mort de ceux qu’on aime, nous obligent à aller vers l’ailleurs et la découverte et de ce fait rompre avec ses bases ou avec le passé.

« Passons sur l’autre rive » : nous sommes embarqués dans la barque de l’Eglise pour passer sur l’autre rive. Dans le jargon de l’accompagnement des personnes en fin de vie, passer sur l’autre rive est devenu une expression consacrée. Elle signifie mourir, rompre avec toutes nos sécurités. Et pour cela nous avons besoin de la foi de celui qui a passé la tempête de la passion. Nous avons besoin de la foi de celui qui, par sa résurrection, nous tend les bras depuis l’autre rive. Celui qui, en même temps, est avec nous dans la barque par sa parole, ses sacrements, son Esprit. Il semble dormir ? Alors réveillons sa présence par la prière, l’intercession, le souvenir constant de sa présence. Et nous trouverons la paix. De nos jours, les cyclones se multiplient mais n’oublions pas que l’œil du cyclone est toujours calme. Soyons avec Jésus dans l’œil du cyclone.