Homélie abbé Martz – Dimanche de Pâques

Durant le temps du carême, un gisant est resté au pied de l’autel de la Vierge ! Certains l’ont remarqué. C’est une famille qui en a fait cadeau et il n’a pas encore trouvé sa place définitive. Et je voudrais rapporter le propos authentique d’une petite fille inscrite pour la première communion : elle s’en est approchée et demande qui c’est. La catéchiste lui répond : c’est Jésus !

Non lui réplique la petite fille. Ce n’est pas Jésus ! Jésus, lui est ressuscité. Elle avait tout compris cette petite fille.

Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

Si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que Jésus est dans la gloire !  Sinon, si le Christ n’est pas ressuscité vaine est notre foi.

Le salut est la résurrection et la Gloire ! Il y a tant de malheurs dans ce monde que nous avons besoin d’espérer que tout cela n’est que provisoire et qu’un jour nous en sortirons.

Je me demande souvent si un motif qui fait fuir l’église est que la méditation de la croix et de douleur n’ont pas pris trop de place. Le salut est la résurrection et la Gloire !

La mort est un fait. Que ce soit par maladie cardio-vasculaire, par accident ou simplement par usure, nous ne pourrons y échapper. Mais nous sommes tous des amoureux de la vie. Peut-être encore plus ceux qui ont entrepris une démarche spirituelle sont des amoureux de la vie. Ils aiment voyager, étudier, rencontrer des gens intéressants, se cultiver. Les confinements et leur caractère insupportable se chargent de nous rappeler que les humains ont l’appétit de vivre, ils veulent une vie féconde, réussie, riche d’expériences de toutes sorte. Est-ce possible que cela prenne fin, un jour ?

Le récit de la création raconte l’histoire de la vie du minéral au végétal de l’animal à l’humain. Il nous la raconte sous une forme poétique. Nous pourrions aussi, avec la science, lire l’histoire de l’Univers depuis les étoiles jusqu’à l’humain. Un astrophysicien a écrit, il y a une 20 aine d’années ce livre au titre évocateur : La mélodie secrète. Il y a une histoire de la vie qui semble guidée par un projet et malgré le mal, il y a une montée de l’être : nous allons de la matière à la vie, de la vie à la conscience d’être, de la conscience à la communion d’amour entre les êtres et leur créateur.

Pourquoi cette histoire incroyable qui aboutit à ce mystère qu’est la personne humaine ?  Et surtout Pourquoi cette histoire si longue devrait-elle buter sur l’échec de la mort qui rend tout cela insensé. Nous ne serions là pour rien, par pur hasard.

Accepter de mourir, c’est impossible. A moins que nous ayons vraiment compris que la vie et la mort sont liés comme l’envers et l’endroit. Mourir pour n’être plus, n’exister plus, c’est inacceptable. Mais mourir pour être plus, pour exister plus, c’est une perspective juste.

Or c’est le message central de Pâques. Pour les récits de la résurrection, de la nouvelle création dans le nouveau testament, il en est de même. Nous confessons que le Christ a été ressuscité d’entre les morts.  Littéralement cela veut dire qu’il a été réveillé, relevé.  C’est une image.  Ce qui s’est réellement passé la nuit de Pâques dans le tombeau reste au-delà de notre imagination. Ce que les apôtres ont ressenti au moment de ses nombreuses apparitions, reste au-delà de notre imagination. De même ce qui se passera à l’instant de notre mort physique reste au-delà de notre imagination. Renoncer à imaginer ne signifie pas renoncer à croire.

Et croire, c’est accepter d’aller de l’avant malgré tout. Croire nous permet de vivre comme si nous la vie nous ouvrait toujours à de nouveaux commencements

Si le fœtus dans le ventre de sa maman le pouvait, il résisterait à la naissance, il ne voudrait jamais sortir de la douceur du sein maternel pour naître à l’air froid du dehors. Nous ne sommes jamais prêts pour l’étape suivante.

L’enfant n’est jamais prêt pour aller à l’école et mourir à la sécurité de la maison. Mais il ne peut rester à la maison.

L’adolescent n’est jamais prêt à quitter l’école pour entrer dans le monde compétitif de la vie professionnelle. S’il pouvait vivre avec sa petite amie en sécurité chez ses parents, il le ferait sans doute. Mais il ne peut rester bloqué éternellement au crochet de ses parent et doit à son tour fonder une famille.

De la même façon, si nous pouvions rester sur terre, dans cette vie, nous ne voudrions probablement pas passer à l’étape suivante.

D’un côté nous sommes attaché à l’étape actuelle et en même temps tout nous pousse à passer à l’étape suivante.

Mourir pour n’être plus, n’exister plus, c’est inacceptable. Mais mourir pour être plus, pour exister plus, c’est une perspective juste. Or c’est le message central de Pâques, Le Christ ressuscité, vainqueur de la mort, ouvre le passage à un niveau supérieur d’être. C’est ce qui nous met en droit de chanter alléluia malgré toutes les images de deuil du monde…

Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

Amen