3- La parole des évêques

Un souffle nouveau pour le diaconat

(Extrait de L’Église en Alsace Septembre 2009 pages 7 à 9)

Alors que le diaconat dans sa forme permanente a été rétabli depuis moins d’un demi-siècle et que le nombre de diacres va bientôt dépasser 70 dans notre diocèse, il est bon de nous interroger sur la nouveauté que cette vocation originale a apportée à notre Église, tout en cherchant de quelle manière nous pourrions encore mieux en tirer profit.

Le concile Vatican II a fait le choix d’un diaconat conféré à des hommes mariés, établissant ainsi un lien audacieux entre le sacrement de l’ordre et le sacrement du mariage, mais aussi entre la mission pastorale et l’exercice d’une profession séculière, entre l’Église et le Monde.

Cette nouveauté était si radicale que nous n’en avons probablement pas encore pris la pleine mesure.

Pour certains (qu’ils soient prêtres ou laïcs), le diaconat demeure une suppléance -voire une concurrence- plus ou moins bien accueillie ; pour la plupart, il reste largement un point d’interrogation.

Ce serait se détourner de l’objectif du Concile que de spécialiser les diacres dans la célébration des sacrements ou la présidence d’assemblées sans prêtre, appelées à devenir de plus en plus nombreuses dans les temps qui viennent. Mais il serait tout aussi regrettable de contester la proclamation et le commentaire de l’Évangile à ces hommes profondément insérés dans le tissu familial, professionnel et social, alors qu’ils ont tant à dire de la manière particulière dont ils le reçoivent.

S’interroger sur une relance de l’appel au diaconat, c’est nécessairement se poser la question des personnes à appeler :

  • part-on du profil personnel des « candidats »? Il faudra alors s’interroger sur l’éventualité d’appeler des candidats plus jeunes, ayant une longue carrière professionnelle devant eux, susceptibles de rejoindre cette catégorie des 30-50 ans dont nous nous plaignons souvent de l’absence dans nos communautés ;
  • cherche-t-on avant tout à répondre à des besoins ? Il est légitime de se demander quels services particuliers peuvent être confiés à des diacres, soit qu’ils étaient jusque là assurés par des prêtres (coordination de services diocésains, direction de mouvements caritatifs…), soit qu’ils paraissent spécialement compatibles avec le signe spécifique du diaconat ;
  • on peut encore privilégier une autre voie, s’interrogeant sur les professions qui bénéficient actuellement de la présence de diacres et sur celles qui en sont privées : n’aurait-on pas besoin, dans notre diocèse de diacres engagés dans les métiers de l’enseignement, de la justice, de la santé… dans l’optique du levain dans la pâte dont parle l’Évangile ?

Ces trois chemins ne sont nullement incompatibles et ils doivent probablement être empruntés simultanément. De même, il n’est pas judicieux d’opposer de manière caricaturale l’appel intérieur que certains disent ressentir de la part du Seigneur et l’appel objectivé par l’Église à exercer un ministère. Comme le disait si bien le Père Libermann, deuxième fondateur des Spiritains, en s’appuyant sur l’Apocalypse : ce sont toujours, inséparablement « l’Esprit et l’Épouse » qui disent « Viens ». Autrement dit, l’Esprit qui parle au cœur de chaque croyant et l’Église-Épouse, elle aussi vivifiée par l’Esprit et qui parle par ses ministres !

Comment ne pas nous réjouir de la belle diversité ministérielle qui est devenue celle de notre Église : des prêtres, des diacres, des laïcs ou des religieux coopérateurs de la pastorale œuvrent dans une mission commune. N’est-ce pas un signe de la complémentarité des charismes et des fonctions si chère à saint Paul ?

Afin que cette diversité soit mieux connue, mais surtout davantage appréciée, diverses actions de communication vont être menées dans les temps proches (dossier dans Carrefours d’Alsace, émission de Paraboles, Site Internet…). Dans le même temps, notre Service des Formations va inviter les prêtres qui bénéficient de la présence d’un diacre dans leur paroisse à se retrouver pour une relecture et un échange. Enfin, les diacres eux-mêmes ne veulent pas rester en retrait : ils ont demandé – et comment ne pas le leur accorder ? – que la matinée de la grande fête annuelle du diaconat (célébrée au début du mois d’octobre, autour de la Fête de Saint-François d’Assise) soit consacrée à un exposé fondamental sur le diaconat, ouvrant à un temps de discussion avec un expert.

Si elles trouvent des relais dans nos communautés paroissiales, dans nos mouvements, dans nos services, ces initiatives pourraient bien donner « un nouveau souffle » au diaconat dans notre diocèse ! Je le souhaite vivement et je vous remercie, chers diocésains, de porter avec nous ce profond désir de renouveau !

† Jean-Pierre GRALLET,
Archevêque de Strasbourg

Le diaconat permanent n’est pas une nouveauté dans l’Église. L’intuition d’appeler des chrétiens à veiller aux besoins matériels des plus démunis de la communauté est née dans l’Église primitive, comme nous le relatent les Actes des Apôtres (Ac 6,2). Le Concile Vatican II a voulu restaurer le diaconat permanent avec la volonté de rendre l’Église plus présente aux pauvretés, fragilités,  solitudes qui affectent tant de personnes dans notre société.

Le diaconat est un degré du sacrement de l’Ordre, après l’épiscopat et le presbytérat. Les diacres ne sont ni des « sous prêtres », ni des « super laïcs », mais à leur rang ministres ordonnés ayant pour mission de vivre les trois aspects de la diaconie : le service de la liturgie, le service de la Parole, le service de la charité avec leur évêque et les prêtres. Dans l’Église et pour elle, ils sont les signes du Christ Serviteur, rappelant à tous que l’Église n’est fidèle au Christ que dans la mesure où elle se fait servante, accueillante et proche de tous.

Les diacres sont aujourd’hui le plus souvent des hommes mariés, insérés dans le monde professionnel. Leur ministère est vécu au contact quotidien des hommes auprès desquels ils rendent témoignage au Dieu d’amour, par leur sollicitude et leur attention aimante. Ils sont présents auprès des exclus, des malades, des marginaux, des démunis de tous ordres. Ils font retentir les appels des pauvres à l’intérieur de la communauté chrétienne et les appels de l’Évangile aux frontières de l’Église.

Par leur présence à tous les aspects de la vie des hommes, les diacres viennent rejoindre ceux qui vivent en marge de la société et de la communauté chrétienne. Monseigneur Maziers résume ainsi la vocation diaconale : « Les diacres sont donnés par Dieu à son peuple comme un sacrement, pour qu’il devienne un peuple de serviteurs et redonne au monde le goût du service ».

Christian KRATZ
  Évêqueauxiliaire de Strasbourg