Frère Claude à Madagascar

Frère Claude Fritz est originaire de Bernardswiller, dans le Bas-Rhin ; en 1965, il décroche sa double licence d’anglais et de théologie. C’est aussi l’année au cours de laquelle il part à Madagascar, en coopération avec la délégation catholique.
Il dirige depuis 2000 l’association Vozama (qui se traduit par « Sauvons les enfants malgaches ») et a en charge 11 400 enfants dans les villages reculés des hauts plateaux de Madagascar, de Fianarantsoa et Ambositra, sur une superficie équivalente à quatre fois l’Alsace.
site internet : www.vozama.org


 

[12/04/2020] paru sur le site https://www.vozama.org

« CETTE PETITE FILLE ESPERANCE »

Chers amis,

Au moment où j’écris ces lignes, ce 11 avril, nous en sommes au 19ème jour de confinement partiel à Madagascar.

On relève 102 cas de coronavirus et, pour l’instant, aucun décès. Je reste quelque peu sceptique ; la pandémie me paraît enrobée dans une nébuleuse bien fiévreuse. Il est 16h : enfin un peu de calme dans la rue, en contrebas de mon bureau. Peu à peu, les gens réalisent qu’une épée de Damoclès est levée sur nos têtes.

A Antananarivo, la capitale, le gouvernement a fait circuler l’artillerie lourde dans les rues pour impressionner les foules encore réticentes au confinement.
A Fianarantsoa, depuis quelques jours, notre véhicule sonorisé d’un message « Prévention-Corona » s’est joint à d’autres, pour parcourir les quartiers et les villages environnants.

Combien faudra-t-il de morts pour qu’enfin soit comprise l’importance du confinement ?

Mais comment le rendre compréhensible et praticable pour cette large partie de la population malgache de la rue, des adultes et beaucoup d’enfants aussi, pour qui la recette du matin conditionne le repas de midi.
Les autorités administratives, l’Eglise et beaucoup de gens de bonne volonté font de leur mieux pour faire face dans les villes, mais notre pays est immense et les moyens sont très limités.

Nos 500 écoles Vozama, à l’instar de toutes les autres, sont fermées depuis 3 semaines.
On ne saurait songer leur substituer des leçons sur Internet.
Tout notre personnel est en congé.

Les cadres supérieurs et nombre de bénévoles dans notre personnel, sous la direction de Mme Taratra notre Directrice générale-adjointe, restent sur la brèche pour nourrir une étroite collaboration avec les services de l’Administration et de l’Eglise.

Et nous voilà à Pâques. Des jours de fête bien particuliers, cette année gangrenés par une peur diffuse.

Les cérémonies religieuses se réduisent à celles retransmises à la radio, et le célèbre Lundi de Pâques si cher aux Malgaches tombe à l’eau.

Nous prions en ce jour de Pâques le Maître de L’Espérance.

« Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.

Cette petite fille espérance.

Immortelle », comme le dit si bien Charles Péguy.

A vous tous qui vivez depuis de longues semaines cette même lutte contre le virus je vous souhaite, avec la ténacité du poète, de joyeuses Pâques.

Frère Claude Fritz
Directeur Général ONG Vozama