Chrétiens – Musulmans : vivre le deuil

logo_pasto-migrantsAujourd’hui, des chrétiens et des musulmans se côtoient, sont témoins ou accompagnent les moments de la vie des uns et des autres. La fin de vie et le deuil sont des moments particuliers. Rites, traditions religieuses et culturelles sont alors très présents et peuvent, par ignorance ou peur de mal faire bloquer des démarches de sympathie, dans les deux communautés.

Comment vivre ou accompagner cette réalité ?

Ce feuillet-guide peut rejoindre des questions que vous vous posez, vous aider à les préciser, vous éclairer sur des rites et des traditions, sur des démarches religieuses possibles. Il a été élaboré par un groupe d’échanges, de recherche initié par le Service Diocésain de la Pastorale des Migrants et en lien avec la Commission Diocésaine des relations avec l’Islam.

Notre sympathie réciproque se manifeste de façon différente

Les familles musulmanes accueillent les proches et les amis à la maison, avant et après l’enterrement, pendant les trois jours qui suivent le décès.
Tous sont invités à faire une visite, qui peut être courte, pour évoquer la vie du défunt, présenter les condoléances, souvent en récitant ce hadith du Prophète Muhammed : « Tout appartient à Dieu, ce qu’Il offre et ce qu’Il retire. Il a assigné un terme à tout ce qu’Il a créé »
Chacun apporte quelque chose (plat, gâteaux, café…) pour décharger la famille de la préparation des repas.
Les familles chrétiennes sont entourées par les proches, les voisins, les collègues pendant la célébration des funérailles, à l’église, au temple ou au mémentorium.
La présence de tous est la bienvenue, et est reconnue par les deux religions.
Chacun peut s’associer à la cérémonie, à la prière avec ses propres convictions religieuses ou humaines.

ornement

Accompagner la fin de vie

Pour le musulman

  • La visite des malades en fin de vie est une recommandation essentielle du prophète.
  • La sourate 36 du Coran est lue pour le malade, quand l’agonie se prolonge, pour soulager la souffrance de l’âme qui quitte le corps.
  • Le malade doit réciter la shahada (attestation de foi) ou faire un signe à la personne qui la récite s’il ne peut plus parler.

Pour le catholique

Le sacrement des malades et Extrême Onction
A la suite de Jésus qui portait une grande attention aux malades, les disciples dès les tous premiers temps priaient sur les malades et leur donnaient l’Onction (huile parfumée). Au fil des siècles, ce geste se pratiquait essentiellement au moment de l’agonie et s’appelait l’Extrême Onction. Aujourd’hui on redécouvre le sens de ce rite comme soutien et réconfort lors d’une maladie grave, physique ou psychique.
Le sacrement des malades peut être donné individuellement à la demande de la personne en lien avec sa famille, comme il peut être donné à plusieurs personnes réunies (démarche communautaire).
L’imposition de l’Onction (malades ou agonisants) est accompagnée du pardon des péchés, ce qui demande la présence du prêtre.

Les rites autour de la mort

Pour le musulman

  • Dès que le mourant a rendu l’âme, on lui ferme les yeux et on le couvre d’un drap avant d’annoncer le décès.
  • Le lavage du corps est très codifié et est fait par 2 ou 3 personnes au maximum : proche désigné par testament, l’imam, pompes funèbres. La femme peut effectuer la toilette mortuaire de son mari.
  • Le corps est surélevé du sol.
  • On presse délicatement le ventre du mort pour le débarrasser de ce qu’il pourrait renfermer.
  • On fait l’ablution du mort comme pour la prière.
  • Le corps est lavé de haut en bas trois fois.
  • S’il s’agit d’une femme, on dénoue ses cheveux pour les laver et on les tresse ensuite.
  • Le corps est ensuite entièrement couvert avec 3 pièces (5 pièces pour la femme) en tissus de couleur blanche.
  • L’enterrement se fait en France dans un cercueil (loi française) dans un délai le plus court possible.
  • L’annonce du décès se fait par les proches et à la mosquée lors de la prière.

 

Pour le catholique

  • Le corps est pris en charge par les pompes funèbres, qui assurent la toilette.
  • Le défunt est habillé avec ses propres vêtements, couché sur le dos, les mains jointes, éventuellement avec un chapelet.
  • Un cierge allumé, rappelant l’entrée dans une autre Vie, est placé à côté du cercueil.
    • Le cercueil est fermé juste avant les funérailles.
  • La date et l’heure des funérailles se fixent avec la famille, en fonction des disponibilités du prêtre ou des laïcs. Elle est souvent annoncée dans la presse.
  • Pour les protestants, les rites sont sensiblement les mêmes.

Autour des funérailles

Pour le musulman

  • La prière mortuaire a lieu à la mosquée après une des prières de la journée, de préférence le vendredi, jour où les fidèles sont plus nombreux.
    • « Plus on est nombreux dans la prière, plus il y a intercession pour le défunt »
  • Le corps est amené devant l’imam. La prière faite d’invocations se fait debout, elle implore le pardon et elle proclame la résurrection et le jugement dernier ; on ne se prosterne pas devant le mort.
  • Un moment essentiel pour manifester sa sympathie et accompagner les proches : les visites faites à la maison durant les 3 jours après les funérailles. Pendant ces 3 jours, une personne récite le Coran ou des invocations, rappelle l’importance de la religion.
    Les amis et les proches passent un moment avec la famille, évoquent la vie du défunt.
    La coutume est d’apporter quelque chose pour décharger la famille de la préparation des repas durant ces journées.

 

Pour le catholique

  • Une célébration d’environ une heure a lieu à l’église, parfois au mémentorium. C’est un moment essentiel où on peut entourer la famille et les proches du défunt.
  • Divers moments et rites durant ce temps de prière :
    • le geste de la lumière, posée par un proche sur le cercueil pour rappeler le baptême.
    • un rappel de la vie vécue par le défunt
    • lecture de textes de la Bible, si possible choisis avec la famille
    • quand les proches le souhaitent, il y a le rite de la communion
    • à la fin, le cercueil est aspergé avec de l’eau, pour rappeler la foi en la vie plus forte que la mort (résurrection). Les participants sont invités à faire le même geste avant de quitter l’église
  • Les condoléances sont présentées à la famille, oralement ou par écrit avec une carte.

Au cimetière

Pour le musulman

  • L’enterrement se fait le plus rapidement possible, soit dans le pays d’origine, soit dans un carré musulman en France. La tombe doit être au ras du sol. Il est interdit d’y poser une pierre tombale, ou d’y élever un monument. La crémation n’est pas envisageable.
  • Souvent, seuls les hommes (y compris les chrétiens) assistent à la prière autour de la tombe et à la mise en terre. Il est déconseillé aux femmes d’accompagner un convoi funèbre. Les femmes peuvent venir au cimetière après l’inhumation, l’objectif étant d’éviter l’expression d’une trop grande émotion.

 

Pour le catholique

  • Il y a enterrement du corps au cimetière tout de suite après la célébration à l’église ou au mémentorium. Il peut aussi y avoir crémation, une urne avec les cendres est remise à la famille (voir ci-dessous loi du 19/12/2008)
  • En cas d’inhumation, seule la famille proche se rend au cimetière pour la prière finale autour de la tombe et la descente du corps en terre.
  • Du côté chrétien comme du côté musulman, les cimetières sont des lieux de mémoire et de recueillement
Loi du 19/12/2008 concernant la destination des cendres des personnes décédées dont le corps a donné lieu à crémation
« Art.L. 2223-18-2.-A la demande de la personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles, les cendres sont en leur totalité :
« ― soit conservées dans l’urne cinéraire, qui peut être inhumée dans une sépulture ou déposée dans une case de columbarium ou scellée sur un monument funéraire à l’intérieur d’un cimetière ou d’un site cinéraire ;
« ― soit dispersées dans un espace aménagé à cet effet d’un cimetière ou d’un site cinéraire ;
« ― soit dispersées en pleine nature, sauf sur les voies publiques.
« Art.L. 2223-18-3.-En cas de dispersion des cendres en pleine nature, la personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles en fait la déclaration à la mairie de la commune du lieu de naissance du défunt. L’identité du défunt ainsi que la date et le lieu de dispersion de ses cendres sont inscrits sur un registre créé à cet effet.

Des amis musulmans participent à des funérailles…
A quoi faut-il être attentif ?

La mort n’a pas le dernier mot. L’homme est destiné à vivre pour Dieu. La résurrection est le passage de la vie d’ici-bas à la Vie Eternelle.
Le jugement de Dieu opère la purification des péchés. Il tient une place importante dans le Salut offert par Dieu. Pour les croyants musulmans comme pour les chrétiens cette vision du Salut qui amène l’homme vers Dieu est la même, sauf que pour nous, chrétiens, c’est en Jésus et par lui que la résurrection est offerte.
Si des croyants musulmans sont dans l’assemblée, une parole peut aller vers eux pour nous situer ensemble sous le regard du Dieu Miséricordieux.

À titre indicatif

  • Dans le cadre du Mot d’Accueil :
    En nous retrouvant autour de ……. je souhaite la bienvenue aux personnes de religion musulmane présentes parmi nous. Si nous croyons en une Vie plus forte que la mort, c’est bien parce que Dieu nous appelle à la Vie Eternelle. Parce que lui seul connait le cœur de l’Homme, son jugement est celui du Pardon et de la Miséricorde. Pour les chrétiens, cette Vie d’Eternité prend sa source en Jésus le Ressuscité qui a donné sa vie par amour pour tous les hommes.
  • Au moment des Prières Universelles :
    Tous appelés à nous tourner vers l’unique Seigneur par nos chemins différents, unissons nos cœurs dans la prière.
  • Au moment du Notre Père :
    Dieu offre le Salut à tout homme par Jésus. Avec les paroles que Jésus nous a données, tournons-nous vers Dieu et prions.
  • Au moment de la Prière finale avec la symbolique de l’eau, de l’encens.
    Avec des mots simples, évoquons l’Eau, signe du baptême et du don d’amour de Dieu pour une Vie plus forte que la mort. L’Encens, signe de la dignité du corps humain destiné à la résurrection.

Documents utiles à consulter :

  • Edition Du Cerf, collection : Fêtes et Saisons « Je suis la vie » et « Traverser le deuil n° 564 »
  • Edition Bayard (2 numéros hors série) : Avec les personnes en deuil / Quand survient la mort
  • Edition De l’Atelier, Des mots pour le dire sur la mort et l’absence