Livres:Je lis, tu lis, lisons !!! Rencontre 4

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

Chers Amis,

Puisque le livre est à la fois fenêtre ouverte sur le monde

et chemin d’accès vers l’intérieur, lisons !!! 

 

Nous voici ensemble pour une quatrième rencontre 

Un témoignage de conversion,

Un guide pour un quotidien confiné difficile

suivis d’une biographie d’un amoureux de la nature et visionnaire

présentée par Elisabeth M.

 

N’hésitez pas, comme Elisabeth M., à proposer d’enrichir la rubrique de vos propres lectures. Comment ?

Un livre vous a plu : indiquez-moi le titre, l’auteur, l’éditeur et ajoutez un texte expliquant :

  • roman, essai, biographie, guide, etc. ?
  • résumé, peut-être étayé par une phrase ou deux… 
  • style, rythme…
  • « J’ai aimé » :

Faites-vous plaisir ! Envoyez votre document à Pascale : mediatheque@cedidoc.fr

 

Fragments de Paradis, de Daniel Tammet*, Ed. Les Arènes

Sous une plume d’une rare sensibilité, un beau témoignage de conversion

Autrefois enfant autiste, l’auteur est aujourd’hui considéré comme l’un “des cent génies vivants” dans le monde par les experts. L’ouvrage nous raconte sa conversion au christianisme, écrite telle une lettre destinée à son ami et dont le point de départ se situe là : ” Tu lanças pour la première fois à mon sujet « Daniel est chrétien » (…). Et tous les regards de se tourner vers moi, ton ami anglais rougissant (…). Je me trouvai sans voix. Je n’avais jamais entendu parler de moi ainsi.”

Pour Daniel Tammet, pas d’Appel un matin à l’aube scintillante, en méditation devant la mer ou en poussant la porte d’une chapelle : bien que baptisé “curieux privilège de l’aîné”, il est élevé par des parents athées “qui vivotaient au jour le jour et ne croyaient en rien – rien- même pas en l’argent, même pas en l’avenir, même pas au progrès” p.15.

L’enfant qui grandit aime les nombres et jouent avec les mots, ne cesse de s’interroger et se distance de “l’incompréhension des moqueurs” et de “l’indifférence railleuse”. Un savoir intuitif le conduit vers les livres qu’il dévore et dans lesquels il trouve des réponses aux sensations et aux émotions qu’il éprouve.

Fasciné par le temps qui s’écoule, collectionnant les sabliers, il se pose des questions sur l’existence. Les familles de son quartier sont de cultures mixtes et le jeune homme touche du doigt le sikhisme, le bahaïsme, l’islam. Rêveur et attiré par le ciel et les étoiles, il s’interroge sur le grand tout. Plus tard, en Lituanie où il est professeur d’Anglais, il croise l’histoire de ce pays assombrie par les camps de la mort. Les gens âgés que je rencontre ont-ils été consentants à l’époque des camps? se demande-t-il avec effroi.

De retour rapide en Angleterre, il s’installe dans une bourgade de la côte et se nourrit de la bibliothèque. Il lit tout : la poésie, les biographies des grands hommes, puis s’intéresse à la philosophie : l’homme est-il bon ou mauvais ? Le libre-arbitre existe-t-il ?… avant de plonger dans les neurosciences, la physique, la psychologie… et d’échouer sous le pommier du jardin entouré de fleurs.

Mais sa rencontre avec le Christ, alors ? Elle se fait par la parole… de chrétiens. Une affiche sur la porte du presbytère, et voilà Daniel Tammet entraîné dans un groupe de partage. Il est touché par le mot “foi” qu’il n’a jamais entendu ailleurs. Le couple d’animateurs n’essaie pas de le convaincre mais parle “vrai” : “La Bible, lui dit-elle, ce sont des images, des récits, de la poésie. Et le fidèle en la lisant, s’inscrit entre ses lignes.” L’auteur résiste encore… et un jour, il s’écrie : « JE CROIS ! ».

J’ai aimé : le rythme haletant porté par la nouveauté de chaque chapitre, la justesse des mots, la poésie, et cette capacité à exprimer précisément sensations, émotions, images qui nous rappellent à nous-mêmes tant de choses essentielles.

*Auteur de “Je suis né un jour bleu”

Le cahier bonheur, d’Evelyne Frank, Ed. Les Impliqués

Un livre plein de force et d’énergie jusqu’à la dernière page

Comment tenir bon lorsqu’on se sent enfermé dans une situation qui dure ? Evelyne Frank relève chez trois auteurs d’époques et de cultures différentes les ressources que chacun a puisées en lui pour passer des ténèbres à la joie. Trois expériences de vie.

A partir des lettres écrites en prison par Rosa Luxemburg (1870-1919), rassemblées par Anouk Grinberg dans le livre « Rosa, la vie » auquel Evelyne Frank fait référence, l’on découvre le courage et la philosophie de vie de la révolutionnaire spartakiste dans sa cellule. En effet, confinée, coupée du monde extérieur : “On a l’impression d’être dans un tombeau ” p.18, comment ne pas sombrer ? Pour chasser l’ennui, elle s’impose une discipline horaire. Pour rompre la solitude, elle écrit des lettres à ses amis, beaucoup de lettres, et pour tenir droit, elle se fait un devoir de rester bienveillante, “bonne, tout simplement”, sereine et gaie, car allié au calme, “cela contribue à un mieux dans le réel”. La vue sur le ciel et le chant des oiseaux la touchent profondément et c’est un combat qu’elle livre pour maintenir de la beauté autour d’elle. Une résilience qui rend la liberté après l’épreuve encore plus belle.

Eprouvé dans son corps par un accident de piscine quinze jours avant ses 20 ans, Grand Corps Malade se destinait à une carrière sportive. Devenu chanteur slam et auteur, Il a raconté son épreuve dans “Patients ” dont Evelyne Frank s’inspire ici. Rendu tétraplégique sur un lit d’hôpital, Grand Corps Malade, de son vrai nom Fabien Marsaud, commence à nouveau à faire bouger certaines parties de son corps mais quelle attente ! Comment accepter d’être patient, couché de longs mois sur le dos, le regard fixé au plafond, et dans l’incertitude des progrès à venir ? Le temps prend alors une autre dimension. Si “le courage est imposé, subi”, il ne culpabilise pas : “Ce qui est fait, est fait”. Il s’ouvre aux autres souffrants autour de lui, discute, blague, “garde l’énergie et l’audace” qu’il voit chez eux, “les battants”.

A partir des lettres de Mère Teresa, Evelyne Frank s’interroge : quand toute perception du sens de notre existence est détruite, comment tenir ? A travers les ténèbres qu’elle traverse, Mère Teresa reste obéissante, fidèle à son engagement, à son écoute de Dieu. Elle dit oui à sa souffrance mais refuse de se replier sur elle-même, de fouiller sa vie spirituelle.  Elle apprend à attendre l’apaisement de la tempête. Ce qui est essentiel pour elle, c’est de continuer à sourire afin “d’être apôtre dans la joie “. Elle maintient la prière même par répétition et remercie pour “chaque petite lumière qui s’allume”. Elle s’attache aux rituels communautaires qui composent “une colonne vertébrale”. Elle a choisi la place qui lui était comme assignée, en dépit de tout, et cette place devient la meilleure pour elle, conclut Evelyne Frank.

J’ai aimé : le titre du livre. Il correspond à l’esprit de toutes ces pages tournées vers la joie au quotidien. Ce n’est pas un livre que l’on referme définitivement. C’est un cahier (pratique) que le lecteur a envie de garder près de lui pour le rouvrir à tout moment et s’en inspirer.

Pascale Tochon

Grand Corps Malade  “Effets secondaires” : un tube au profit du personnel soignant 

https://www.youtube.com/watch?v=4UX6Wsr8GMU&feature=youtu.be&fbclid=IwAR28tiFb8UQKhrJwIcPPQMkg5f7VfxtmJkHZPIaiyLhe7XlrODAZRBAQjjM

Plus d’info sur Evelyne Frank :   www.evelynefrank.fr

 

J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond   –  Une vie de John Muir,

de Alexis Jenni*, Ed. Paulsen, janvier 2020

Une biographie de John Muir (1838-1914)

Enfance de John Muir : il naît en Ecosse dans un bourg au bord de la mer en 1838. Son père, marchand de graines, travailleur acharné, presbytérien fervent, était strict et ne souriait jamais. Hors de la Bible tout est divertissement et haïssable. A 11 ans, John savait les trois quarts de l’Ancien Testament et pouvait réciter le Nouveau du début à la fin sans s’arrêter. Le père croyait à la vertu des raclées et n’hésitait pas à en administrer. Dans le même temps John et ses copains étaient toujours prêts à courir, sauter, se batailler, jouer sur la plage et, malgré les interdits paternels l’attraction de la Nature était la plus forte dont il avait confiance dans la vigueur. Il avait une mère et des sœurs mais dans ses récits d’enfance, il n’est question que du père et des frères : la place des femmes à cette époque est bien restreinte !

Un soir de 1849 alors que John et son frère David apprennent leurs leçons, le père leur annonce : «  Demain matin, on part en Amérique. » Le voyage dure 6 semaines sur un bateau à voiles. La famille s’installe dans le Wisconsin et défriche, abat les arbres… avec des Sioux dans les parages. Un beau lac au bout du pré, de très nombreux oiseaux, la Nature sauvage omniprésente : John connaît une enfance rude au contact des animaux, ses compagnons. Il n’est jamais retourné à l’école depuis qu’il a quitté l’Ecosse car il travaille aux champs avec toute sa famille. Lire ? Pas le temps bien entendu.

Adolescence : vers 15 ans revient en lui un violent désir de lecture. Il presse son père de lui acheter un manuel d’arithmétique, trouve des auteurs antiques, des romans de Walter Scott. Le temps de lire se vole car son père est strict sur l’emploi du temps à la ferme. Il passe des heures à lire la nuit au froid dans la cuisine ! Il invente et fabrique des machines : par exemple une scie automatique toute en bois, une horloge qu’il conçoit dans sa tête et dont il reconstitue l’architecture. Son père admire mais n’en dit rien ! Sa mère, elle, ne cache pas son admiration.

Adulte : depuis des années, il est obsédé par les machines mais il retrouve sa passion d’enfance, les arbres, les plantes, les fleurs. Il devient « botaniste » et accède au savoir humain vivant. Il est prêt à partir pour  une extraordinaire expédition botanique et géologique qui durera 50 ans car ses yeux ne peuvent plus se refermer sur la splendeur de la végétation qu’il voit.

« J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond. » écrit-il. Il était brillant, bien adapté à son siècle techniciste, mais il voulait autre chose. Il se met en route, libre et joyeux le 1er septembre 1867. «  Mon projet était simplement d’aller droit devant moi, approximativement au sud par le chemin le plus sauvage ». Il se retrouve en Californie mais après avoir été au golfe du Mexique ! Ce n’est pas un voyage confortable, il marche, il dort à la belle étoile, se nourrit presque exclusivement de pain. Il écrit ses notes dans de petits carnets, il dessine la forêt, les plantes. «  Je suis botaniste et je voyage ». Sa révélation est la découverte de la rivière Yosémite qui serpente, sort des gorges et  saute dans le vide de 800 mètres.

Il se bataille contre les éleveurs de bétails qui massacrent les prairies, les entreprises qui coupent tellement d’arbres, les promoteurs qui déjà installent des hôtels, le tourisme qui commence : la Californie avec la ruée vers l’or se développe à grande allure, San Francisco devient une grande ville. Il est à la fois l’homme de la vie sauvage et l’homme connu pour ses combats que maintenant on qualifierait écologiques. Conscient du péril de la destruction de la nature pour des profits financiers, il agit pour que Yosémite devienne la premier Parc national. « Le monde a besoin des bois », ce n’est pas une conviction sentimentale mais une position morale, économique, réfléchie. Et nous sommes dans les années 1870 !

150 ans plus tard … Où en sommes-nous ?  S’il revenait sur terre de nos jours, quel affolement ce serait pour lui. En détruisant les écosystèmes et en multipliant les élevages intensifs, l’homme favorise la diffusion de nouveaux agents pathogènes qui créent des pandémies à l’échelle mondiale.

* Alexis Jenni reçoit le prix Goncourt 2011 pour son premier roman, L’art français de la guerre.

Elisabeth M.

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

Retrouvez nos précédents comptes rendus de lecture

 Rencontre 3

https://www.alsace.catholique.fr/actualites/cedidoc-centre-diocesain-de-documentation/373231-livres-lis-lis-lisons-rencontre-3/

Rencontre 2

https://www.alsace.catholique.fr/actualites/cedidoc-centre-diocesain-de-documentation/372660-livres-lis-lis-lisons-rencontre-2/

Rencontre 1

https://www.alsace.catholique.fr/actualites/cedidoc-centre-diocesain-de-documentation/372144-livres-lis-lis-lisons/Et l

Et voici la page internet de notre Cercle de lecture mensuel ; vous y trouvez les lectures de janvier à mars.

https://www.alsace.catholique.fr/actualites/cedidoc-centre-diocesain-de-documentation/365509-cercle-de-lecture-cedidoc-strasbourg/