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« Il proclamera la paix aux nations ! »

Publié le 06 juillet 2026

Homélie de la messe pour la France – Dimanche 05 juillet 2026, cathédrale de Strasbourg

La messe pour la France, liée à la proximité de la fête nationale du 14 juillet, est une tradition Alsacienne dont il nous faut probablement retrouver le sens. Prier pour la France ce n’est pas nous décharger sur Dieu de notre responsabilité de citoyen. Bien au contraire nous prions pour que Dieu donne la sagesse à nos gouvernants et, aux citoyens que nous sommes, le sens des responsabilités afin que s’affermisse la justice et l’harmonie entre tous et que la paix favorise un bonheur durable.

La justice, l’harmonie, la paix, le bonheur, des mots qui traduisent un idéal qui, aujourd’hui, peut sembler s’éloigner de notre quotidien au regard des défis qu’il nous faut relever. Dans l’introduction de sa première encyclique, « Magnifique humanité », consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, la pape Léon XIV rappelle que l’Église a le souci de participer activement à toutes les initiatives qui construisent un monde plus juste. Il souligne que l’Église, fondée sur le Christ, souhaite entrer en dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps avec lesquels nous partageons les événements, les questions et les aspirations de l’humanité. Nous voulons, dit-il, trouver avec eux de nouvelles voies pour le bien commun et la promotion d’une vie digne pour tous (§2).

L’idéal de la paix est au cœur de la première lecture que nous venons d’écouter, extraite du livre de Zacharie. Ces paroles sont prononcées vers l’an 330 avant Jésus-Christ, en temps de guerre, alors que Jérusalem et Ephraïm sont envahis par les troupes d’Alexandre le Grand. Chaque époque a connu ses empires ! Dans ce contexte douloureux le prophète ose annoncer la venue d’un roi qui proclamera la paix aux nations et fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat.

Ce projet de paix ne concerne pas seulement un pays mais l’ensemble de l’humanité. Il s’étendra d’une mer à l’autre et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. Le roi qui sera chargé d’une telle mission est à contre-courant de ce que les hommes pouvaient imaginer : il sera pauvre et humble, monté sur un ânon et non sur un cheval, signe de puissance. Avec ce roi d’humilité, finis les rêves de grandeur et de puissance. D’une logique de domination, source de conflits et de guerres ce roi humble fera entrer l’humanité dans une logique de justice et de miséricorde, source de paix et de fraternité entre tous les hommes. Les chrétiens reconnaîtront dans le Christ la présence de ce roi d’humilité, venu pour servir et non pas pour être servi. Ses paroles et sa présence, toujours actuelle, nourrissent et éclairent notre contribution à cette magnifique humanité que nous voulons construire avec tous les hommes de bonne volonté.

C’est animé par cette Parole que le pape Léon XIV nous interroge. Voulons-nous utiliser l’intelligence artificielle au profit de quelques-uns qui domineraient le plus grand nombre ou voulons-nous l’utiliser pour favoriser le bien de tous en respectant la dignité inaliénable de la personne humaine de sa conception à sa fin naturelle ?

Au cinquième chapitre de son encyclique le pape dénonce une culture du pouvoir qui devient de plus en plus prégnante dans notre monde : « Dans le monde actuel une culture de la puissance s’installe progressivement, où la disponibilité des moyens et la capacité de dominer tendent à dicter l’ordre du jour et les critères de décision, reléguant le bien commun de l’humanité au secon plan et réduisant le drame concret des peuples en guerre à une variable secondaire par rapport aux intérêts stratégiques » (§188). Et un peu plus loin le pape précise :

« Aujourd’hui, plus que jamais il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la guerre juste trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. La magnifique humanité dispose d’outils bien plus efficaces et capables de promouvoir la vie humaine pour faire face aux conflits, tels que le dialogue, la diplomatie, le pardon. Le recours à la force, à la violence et aux armes témoigne d’une pauvreté relationnelle qui a toujours des conséquences désastreuses sur les populations civiles » (§192).

Des mots qui introduisent une autre vision du monde que le pape à la suite de ses prédécesseurs désigne sous le nom de « civilisation de l’amour ». Non pas une vision utopique du monde mais une vision qui repose sur la conversion : « Nous n’interprétons pas le présent comme un destin figé, mais comme un champ ouvert à la conversion personnelle et collective ». (§210).

A Strasbourg, ville symbole de la paix et de la fraternité retrouvées après la seconde guerre mondiale nous savons que cette civilisation de l’amour n’est pas qu’un rêve mais que, par nos efforts communs, elle peut devenir comparable à cette graine qui est jetée dans un champ et qui, au fil des années, devient un arbre magnifique (Cf. Matthieu 13, 31-32) ! Amen !

+ Pascal Delannoy

Archevêque de Strasbourg

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