Je voudrais formuler trois vœux pour cette année nouvelle.
Vœu de bonheur
Le premier, un peu banal et que nous entendons résonner ces jours-ci, c’est un vœu de bonheur. Je souhaite que vous soyez heureux !
Et pourtant, chose paradoxale, quand je signe votre lettre de mission ou que l’un de mes prédécesseurs a signé votre lettre de mission, il ne vous a pas écrit : « Je vous envoie en mission pour votre bonheur personnel ». Il n’a pas écrit non plus : « Je vous envoie en mission pour que vous ne soyez pas heureux ».
Autrement dit, ce bonheur je vous invite à le trouver dans l’accomplissement de votre mission en rendant heureux aujourd’hui des hommes, des femmes, des enfants. Ce bonheur qui s’enracine dans l’annonce de l’Évangile, la rencontre du Christ, la pratique des sacrements. Un bonheur qui nous est donné et dont nous ne sommes pas propriétaires.
Un bonheur dont nous parle tout particulièrement les Béatitudes et, chose un peu étrange, qui nous rend heureux lorsque nous l’annonçons, lorsque nous le faisons découvrir aux autres. Il y a un bonheur d’être disciple du Christ. Grâce à celles et ceux auxquels nous sommes envoyés, nous ne cessons nous-mêmes de croître dans cette dynamique de bonheur.
Je ne vous envoie donc pas en mission pour que vous soyez heureux d’un bonheur individuel mais pour que vous soyez heureux de ce bonheur que vous avez contribué à faire naître chez ceux et celles que vous rencontrez dans la diversité de vos missions.
Premier vœu donc : « Soyez heureux, pleinement heureux dans les missions qui vous sont confiées ».
Se centrer toujours sur le Christ
Le deuxième vœu que je formule, c’est de vous inviter à vous centrer sur l’essentiel. Il y a tellement de choses aujourd’hui qui peuvent nous disperser ! Il faut savoir nous recentrer et l’essentiel sur lequel nous devons nous recentrer, c’est évidemment la personne du Christ. C’est lui qui est au cœur de notre vie, de notre mission, de nos efforts, de nos actions.
Et comme le Christ est au cœur de nos missions, comme il est cet essentiel sur lequel nous voulons nous recentrer, nous devons toujours faire une place particulière au plus petit, au plus misérable, au plus vulnérable. Voilà pourquoi notre Église ne serait pas Église de Jésus Christ si elle ne se recentrait pas constamment sur le plus vulnérable, le plus pauvre, le plus misérable.
Et merci à François (ndlr François Schiélé, aumônier de prison qui présentait les vœux du diocèse à Mgr Delannoy à Colmar) de nous avoir rappelé toute l’attention que nous devons porter aux personnes qui sont aujourd’hui dans les prisons pour leur dire qu’elles sont aimées de Dieu, aimées par Dieu, et que Dieu toujours espère en elles.
Mais quelle que soient nos missions, il y a toujours des formes de pauvreté, de vulnérabilité qui apparaissent au cœur de ces missions. Comment être attentif au plus petit de ces enfants ou de ces adultes complètement perdus dans le cadre de la catéchèse, dans la vie paroissiale, dans l’animation de nos mouvements,
Que se passe-t-il si nous ne nous recentrons plus sur l’essentiel ? Eh bien apparaissent alors des divisions, des rivalités, des jalousies, des querelles de pouvoir. Nous perdons alors énormément d’énergie à régler des conflits, des divergences internes plutôt que d’utiliser cette énergie pour faire vivre et développer la diversité de nos ministères et de nos charismes.
Faire confiance à Dieu pour l’avenir
Je formulerai un troisième et dernier vœu. Que vous puissiez vivre chaque jour de cette année 2025, tout au moins pour les jours qui restent (puisque nous sommes déjà le 9 janvier !) comme un jour nouveau, un jour où tout devient possible, Un jour où il est possible de créer, où il est possible d’innover, un jour où il est possible de se laisser surprendre par l’Esprit Saint.
Je vous invite à ne jamais vivre cette année 2025 de manière routinière, à ne jamais refaire exactement le lendemain ce que vous avez déjà fait la veille. Nous ne sommes pas une Église routinière. Du moins je l’espère ! Nous sommes une Église qui doit se laisse déranger, bousculer … chaque jour.
Je me permets de souligner ce vœu parce que, quelques fois, j’entends des regrets formulés par rapport au passé. Autrefois nous étions plus nombreux. Il y avait plus de prêtres. Il y avait plus de pratiquants, de baptisés, d’enfants catéchisés. Nous pouvons nous enfermer dans le passé, dans la nostalgie du passé, dans l’amertume des regrets. Tout cela débouchant dans la déprime !
Souvenons-nous du peuple hébreu. A peine libéré d’Egypte dans le désert il commence à regretter le temps de l’esclavage. Curieuse réaction alors que ce peuple vient d’être libéré ! Ne nous enfermons pas dans la nostalgie du passé.
Quelles que soient les situations et les événements vécus, ne vivons pas le passé de manière nostalgique, mais accueillons le passé comme lieu de la présence fidèle de Dieu qui, aujourd’hui encore, est fidèle.
Il y a ceux qui sont tentés de ne parler que du passé, et puis il y a ceux qui sont tentés de ne parler que d’eux-mêmes. Que serons-nous dans dix ans, dans cinquante ans ? Ce qui est certain, c’est que beaucoup de ceux qui sont là aujourd’hui seront tous auprès du Père Éternel !
Moi j’entends ce discours depuis que je suis prêtre. Ça fait 35 ans que je suis prêtre. Il y a 35 ans, j’entendais déjà ce genre de discours. Et pourtant l’Église est toujours là. Ne nous enfermons pas dans des discours alarmistes sur l’avenir, des discours qui nous enferment dans la crainte et dans la peur. Et qui nous condamnent surtout à l’inaction.
Je vous invite, entre les regrets du passé et la crainte de l’avenir, à vivre pleinement ce que Dieu nous offre aujourd’hui. À force de regretter le passé et de craindre ce qui pourrait nous arriver, nous devenons incapables d’accueillir les dons que Dieu nous fait aujourd’hui. Alors, s’il vous plaît, je vous souhaite tout au long de cette année 2025 d’accueillir les dons que Dieu nous fait. Les dons qu’il va nous faire, et non pas de rêver aux dons qu’il nous a fait dans le passé, même s’il est vrai qu’il peut les renouveler mais d’une toute autre manière. Puissiez-vous, puissions-nous innover, créer, désamorcer des conflits, célébrer joyeusement les sacrements… Ce que cela produira est entre les mains du Seigneur.
Nous ne sommes pas des entrepreneurs, des industriels qui connaissent d’avance ce que va produire une machine. Nous, notre mission, c’est d’essayer de proposer, de lancer des filets en remettant tout cela entre les mains de Dieu. Confiants dans la vie qu’il ouvre devant nous, en nous gardant bien de nous laisser enfermer par tous les discours pessimistes que nous pouvons entendre.
Je crains que notre Église ne tourne qu’à 60/80 % de ses capacités pour recevoir les dons de Dieu. Il est de notre responsabilité que nous soyons prêts, coopérateurs en pastorale, diacres et bien sûr évêques (je suis aussi directement concerné) à accueillir les dons de Dieu pour notre Église d’aujourd’hui.
Il est de notre responsabilité de permettre à chaque baptisé de connaître ses dons et de les valoriser pour le bien de tous. Et quand je dis le bien de tous, c’est le bien de l’Église, mais c’est aussi le mien. Mon combat.
Car il est une autre tentation à laquelle il nous faut résister quand on devient moins nombreux : la tentation du repli. C’est une erreur profonde. Les dons que Dieu dépose en chacun des baptisés, c’est pour le bien de l’Église, mais c’est aussi pour le bien du monde. Nous devons donc avoir aussi à cœur de valoriser l’engagement des baptisés, la présence des baptisés aujourd’hui dans le monde où ils sont. Eux qui répandent la bonne odeur de l’Évangile pour imprégner le monde du bon goût de l’Évangile.
Voilà, c’est ces trois vœux, parmi d’autres, que je voulais vous souhaiter ce matin en ce début de nouvelle année Pastorale. Soyez heureux dans la mission qui vous a été confiée en vous recentrant chaque jour sur l’essentiel, le Christ, qui nous invite chaque jour à accueillir le plus pauvre, le plus petit.
Et enfin, un peu chaque jour, comme un jour nouveau où tout est possible, de vous laisser surprendre par l’Esprit-Saint.
A tous donc, une très belle année 2025. Une année, cela a déjà été rappelé sous le thème de l’Espérance. Très bonne et très sainte année 2025 au service de notre diocèse. Merci encore pour votre engagement.
Mgr Pascal Delannoy
Archevêque de Strasbourg

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