
Les disciples du Christ, au jour de leur baptême, sont insérés dans une nouvelle famille, la grande famille humaine, dans laquelle, bien sûr, la famille biologique trouve sa place en étant le lieu d’apprentissage d’un amour qui n’est pas de l’ordre de la préférence familiale ou nationale, mais bien de l’universalité. En accueillant le Christ, nous ne choisissons pas ou plus ceux et celles que nous sommes invités à aimer. Il surgit sur notre chemin, à l’image de cet homme blessé qui, dans l’Évangile, bénéficiera de l’amour de celui que la tradition désigne sous le terme du Bon Samaritain.
Matthieu, François, Valentin. Dans quelques minutes, par l’imposition des mains et le don de l’Esprit Saint, vous serez configurés au Christ Pasteur. Vous resterez bien sûr disciples parmi les disciples, baptisés parmi les baptisés. Mais en réponse à un appel, vous recevrez cette belle mission de rendre actuels les dons de Dieu auprès des hommes et des femmes de notre temps, et de guider ceux qui, par le baptême, sont devenus disciples du Christ sur les chemins de la vie, d’une vie éternelle.
Vous le savez, guider ne signifie pas imposer ou décider seul du chemin qu’il faudra emprunter. Guider, c’est permettre l’expression des dons et des charismes de l’ensemble des baptisés. Guider, c’est permettre à tous de se mettre à l’écoute des uns et des autres, et de permettre à tous de se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. Guider, c’est discerner ensemble ce à quoi l’Esprit nous appelle pour progresser dans la communion et être toujours ensemble une Église missionnaire, une Église soucieuse d’annoncer le Christ, la bonne nouvelle du salut.
Je n’ignore pas, et nous n’ignorons pas, Matthieu, François, Valentin, les défis qui attendent votre ministère dans les années à venir et dès à présent. Ces défis sont nombreux, sûrement, mais je voudrais évoquer tout particulièrement cet après-midi le défi de la vérité et de la charité.
Vous allez vivre votre ministère à l’heure de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas, bien sûr, de rejeter ou encore de diaboliser celle-ci, mais de discerner à quelles conditions elle sera source de progrès et de bien-être pour l’ensemble des hommes et des peuples, et non seulement pour quelques-uns au détriment des autres. C’est à ce discernement que nous invite le pape Léon XIII dans son encyclique Rerum novarum [Note : Le texte dicté mentionnait « Léon quatorze » et « Magnifique humanité », j’ai restauré la fluidité grammaticale de la phrase tout en gardant l’esprit]. Le Pape nous invite notamment à rechercher la vérité. Rechercher la vérité sans nous laisser influencer par des algorithmes qui manipulent des images et des vidéos.
Matthieu, François, Valentin. Par votre ministère, en proclamant la Parole de Dieu, aidez les hommes et les femmes de notre temps à trouver et à emprunter le chemin de la vérité qui, pour nous chrétiens, est le Christ lui-même. L’Office des lectures de ce jour, que méditent à travers le monde les prêtres, les religieux et religieuses, les moines et les moniales, nous donne de méditer la magnifique homélie du pape Paul VI, prononcée lors de son voyage à Manille en 1970, une homélie centrée sur le mystère du Christ. Je vous en cite un court extrait : « Je n’en finirai jamais, dit le Pape, de parler du Christ. Il est la lumière, il est la vérité. Bien plus, il est le chemin, la vérité et la vie. Il est le pain, la source d’eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. » Des mots qu’il nous faut relire et accueillir au cœur de nos vies.
Matthieu, François, Valentin. Pour annoncer le mystère du Christ, ne laissez jamais l’intelligence artificielle vous imposer une parole, une pensée, ni même une homélie. Dieu n’appelle pas des algorithmes, il appelle des êtres de chair et de sang, des êtres capables d’amour et de compassion pour qu’avec l’aide de l’Esprit-Saint, ils annoncent aujourd’hui la Bonne Nouvelle du salut.
La charité, l’amour. La charité retentit dans la première lecture de ce dimanche, à travers le portrait de cette femme qui ne sait qu’imaginer pour que le prophète Élisée se sente chez lui quand il demeure chez elle. Et bien sûr, l’attitude de cette femme nous invite à nous interroger : qu’allons-nous imaginer, créer, développer pour que notre Église soit une Église accueillante, une Église où tout homme puisse naître et renaître à l’espérance ? Pour répondre à cette question, le prophète Élisée interroge son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Cette femme, dont il nous est dit qu’elle est riche et qui apparemment ne manque de rien aux yeux du monde, connaît pourtant la souffrance, l’immense souffrance de ne pouvoir donner la vie. Une souffrance à laquelle le prophète Élisée, habité par l’Esprit Saint, Esprit de vie, mettra fin.
Matthieu, François, Valentin. Par votre ministère, soyez porteurs de cette espérance que vous ferez jaillir à chacune des eucharisties que désormais vous célébrerez. Devant les situations de souffrance et de pauvreté, sans oublier cette plus grande pauvreté qu’est la pauvreté spirituelle, ne soyez jamais dans la logique de la résignation qui consiste à dire ou à conclure : « Nous ne pouvons rien faire ». Mais soyez dans la logique de l’Eucharistie, le sacrement d’une vie plus forte que la mort, qui, devant les situations de souffrance et de pauvreté, n’autorise qu’une seule question, celle du prophète Élisée à son serviteur : « Que peut-on faire ? »
En conclusion, et en cette période de fortes chaleurs qui nous permet d’en apprécier toute la saveur, comment ne pas citer cette phrase du Christ que nous venons d’entendre : « Celui qui donnera à boire même un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits, en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis, non, il ne perdra pas sa récompense. »
Désormais, Matthieu, François, Valentin, que chaque verre d’eau reçu vous rappelle la grandeur et la beauté du ministère qui vous est aujourd’hui confié pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. Amen.
+ Mgr Pascal Delannoy,
Archevêque de Strasbourg

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